LE PLAN DE PAUL BERT ET LA SÉPARATION
L'article 7. -^ Adhésions des congrégations à la République sur la demande de Freycinet, — Elles sont aussitôt chassées. — Le rapport de Paul Bert, — Cest la charte de la troisième République. — La séparation de VEglise et de VEtat est décidée en France depuis i883. — Dès cette époque les procédés à mettre en œuvre sont arrêtés. — Graves mesures prises contre les catholiques. — Ferry, Waldeck, Combes^ Loubet, Briarid, Clemenceau n'eurent pas de politique propre. — Ils obéirent seulement aux ordres de la maçonnerie et de VAngleterre.
A la suite d'un déjeuner fameux dont parle Edouard Drumont dans la France juive, et qui fut négocié par un député dont les liens avec la juiverie sont fort étroits, Gambetta eut des relations suivies avec le prince de Galles, et le tribun prit des engagements visà-vis de l'Angleterre ; de son côté le prince fit bien les choses, la mort du prince Louis-Napoléon Bonaparte survenue chez les Zoulous d'une façon tragique,
encore inexpliquée^ fut le gage que donna l'Angleterre de son entente avec la République opportuniste.
De son côté, Gambetta le 4 mai 1877 déolarait la guerre au clergé par cette parole historique : « Le cléricalisme, voilà l'ennemi », et en même temps il expliquait à ses caudataires que, dans l'impossibilité de satisfaire aux exigences socialistes, le gouvernement devait chercher un dérivatif puissant dans l'anticléricalisme, et c'était la feinte pour tranquilliser la bourgeoisie voltairienne.
La guerre commença par le fameux article 7 et, le 29 mars 1880, par des décrets d'expulsion contre les moines ; pour la première fois nous nous trouvons en présence d'un piège tendu aux religieux avec un art infernal et dans lequel ils retomberont aux expulsions suivantes.
Le Pape ayant fait entendre une voix dolente sur les événements qui venaient de se passer, M. de Freycinet assura au Pontife qu'il serait sursis aux exécutions, si le Saint-Père obtenait des congrégations non encore frappées la déclaration écrite qu'elles n'étaient pas hostiles aux institutions politiques. Aussitôt les cardinaux Guibert et de Bonnechose rédigèrent en termes très nobles une déclaration que les congrégations sur l'ordre de Rome signèrent en hâte et les expulsions
recommencèrent de plus belle au ricanement de toute la presse gouvernementale.
De même plus tard, les ordres religieux qui, à l'instigation de M. Waldek-Rousseau et confiants dans ses engagements, sollicitèrent Vautorisation du gouvernement, furent chassés avec plus de brutalité que ceux qui se retirèrent sans rien vouloir accepter du pouvoir.
Après les congrégations, ce fut l'école chrétienne qui
fut attaquée. L'instruction doit être gratuite, laïque et obligatoire et l'Eglise sera chassée de renseignement ramené tout entier aux mains de TEtat. Deux années, 1881 et 1882, suffiront pour atteindre ce résultat, et M. Jaurès pourra s'écrier devant ces ruines :
« Vous avez voté des lois d'instruction, vous ayez voulu que l'instruction fût laïque... Ce que vous avez proclamé, c'est que la seule raison suffisait à tous les hommes pour la conduite de la vie. Vous avez définitivement arraché le peuple à la tutelle de l'Eglise et de ses dogmes. Vous (xoez interrompu la vieille chanson qui berçait la misère humaine, et la misère humaine s^est réveillée avec des cris, elle s'est dressée devant vous. Vous avez arrêté ce rayonnement religieux et vous avez concentré dans les revendications sociales tout le feu de la pensée, toute l'ardeur du désir. C'est vous qui avez élevé la température révolutionnaire du prolétariat, et si vous vous épouvantez aujourd'hui, c'est devant votre œuvre. »
Cette œuvre, diabolique en effet, était contenue tout entière dans le rapport que M. Paul Bert déposa le 31 mai 1883 sur le bureau de la Chambre, document capital de ce temps, car il contient le plan général de la guerre dirigée contre l'Eglise.
Voici les revendications de l'Etat contre l'Eglise qui y sont contenues : séparation de VEglise et de VEtat, dénonciation du Concordat, sécularisation des biens du clergé séculier et régulier, tel est le but à atteindre et qui doit être poursuivi patiemment.
« Le mouvement naturel des civilisations modernes, écrit Paul Bert, pousse les sociétés à la séparation. Un jour les Concordats iront rejoindre, dans l'oubli, les constitutions civiles du clergé et les religions. Mais les
conditions actuelles dans lesquelles l'Eglise vit et se meut s'opposent à la réalisation de ce principe logique. » Si on frappait en ce moment l'Eglise efle se relèverait plus puissante que jamais : « Avant trente ans cette Eglise, rayée du budget de l'Etat, chassée de ses presbytères et de ses temples, mais laissée libre à ellemême, aurait reconquis la situation dont on l'aurait dépouillée. » Agissons donc hypocritement et peu à peu : « Commençons par enlever à l'Eglise l'autorité factice qu'elle a prise sur ce pays. Exigeons d'elle l'obéissance aux prescriptions concordataires qu'elle a stipulées elle-même. Enfin, attendons le jour où l'éducation publique et particulièrement celle des femmes, ait préparé des esprits capables de supporter avec fermeté la période d'établissement de la liberté religieuse. »
En attendant donc la réalisation lointaine de la séparation, but précis, l'arme dont on devait se servir pour frapper sûrement l'Eglise, c'était le Concordat. Le procédé consistait à appliquer rigoureusement à l'Eglise tant les articles du pacte concordataire que les articles organiques et à l'étouffer dans ces liens devenus trop étroits.
Tout ce qui avait été fait en France en faveur de l'Eglise depuis le Concordat de 1801 devait être considéré comme anticoncordataire et supprimé.
Ce programme devait être appliqué graduelleme^at, sans secousses, en temps opportun, jusqu'au jour où on pourrait briser le Concordat.
Le rapport concluait ainsi : « Quand on aura ramené l'Eglise dans ces limites, il pourra être, selon nous, opportun ou expédient de prononcer la séparation de l'Etat dans la plénitude de son pouvoir d'avec l'Eglise réduite à ses propres forces. »
Le Concordat, disait encore Paul Bert, donne à VEtat une arme puissante s'il veut s'en servir, et cette arme c'est le choix des évéques et l'agrément donné à la nomination des curés.
Eh bien, ce programme hideux, préparé dans les loges et venu tout droit de Londres, a été suivi ponctuellement par tous les cabinets modérés ou non qui se sont succédé au pouvoir depuis cette époque.
Pendant vingt années le gouvernement français a été la personnification dîme doctrine opposée à la foi catholique. Cette doctrine a été appliquée avec rigueur et les personnes, les institutions et les intérêts ont été frappés énergiquement :
Abrogation de la loi sur les prières publiques et abrogation de la loi sur le repos dominical ; proscription du crucifix de l'école et du prétoire ; interdiction aux militaires de prendre part aux cérémonies religieuses ; restriction mise à la liberté des évêques dans les nominations ecclésiastiques ; jurisprudence nouvelle autorisant le mariage des prêtres ; suppression du traitement des chanoines et du plus grand nombre des vicaire» ; réduction progressive du budget des cultes ; pénalités frappant le clergé dans la subvention qui lui appartient ; administration civile des menses épisoopales durant la vacance des sièges ; expulsions des religieux ; lois fiscales contre les communautés frappées de deux charges d'exception ; radiation de la religion dans les programmes universitaires ; laïcisation des écoles primaires ; mesures contre la liberté de l'enseignement ; suppression des bourses d'études ecclésiastiques ; enrôlement des séminaristes ; rétablissement du divorce ; laïcisation des hôpitaux ; assujettissement des conseils de fabrique aux conseils municipaux ; retrait de la per-
sonne civile des diocèses ; difficultés croissantes entravant les libéralités aux œuvres pies. Et plus récemment poursuites contre les assomptionnistes, janvier 1900; discours Waldeck-Rousseau contre les ordres religieux, 11 avril ; suppression de la messe du Saint-Esprit, 1900; .suppression du cérémonial traditionnel du vendredi saint sur la flotte.
Projet sur les associations ; affirmation de Waldeck- Rousseau que les écoles libres possédées par des particuliers ou des sociétés civiles louant les services des congréganistes resteraient soumises à la loi de 1886; janvier 1902 ; avis contraire du Conseil d'Etat considérant ces écoles comme des établissements nouveaux qui doivent être autorisés.
Décret du 27 juin fermant 120 écoles postérieures à 1901. Fermeture par décret de 2,500 écoles antérieures à 1901. Laïcisation en masse des écoles congréganistes. Le 4 décembre 1902 nouvelle loi aggravant celle de 1901. Loi du 7 juillet 1904 interdisant l'enseignement à toute congrégation même autorisée.
Fermeture de 2,388 établissements congréganisites. Expulsion de 23 séminaires des prêtres de Saint-Sulpice.
Refus en bloc des autorisations aux congrégations enseignantes et prédicantes qui avaient, conformément à la loi, demandé cette autorisation.
Mai 1903, expulsion de 54 congrégations d'hommes ; et en juin, de 81 congrégations de femmes. Fermetures nouvelles de chapelles et d'écoles.
Avril 1904, le vendredi saint, enlèvement dos crucifix des prétoires. Voyage de M. Loubet à Rome. Rappel de l'ambassadeur auprès du Vatican.
Loi du 29 décembre 1904 enlevant aux fabriques le
monopole des inhumations. 29 juillet rupture avec Rome.
Voilà, l'œuvre maçonnique, voilà les mesures préparatoires de la séparation accomplies par la secte avec la persévérance, la ténacité et l'énergie diaboliques que l'on sait.
Ainsi donc voici qu'avec une persistance acharnée, après avoir suivi mathénlatiquement avec l'exactitude la plus minutieuse le plan général indiqué par Paul . Bert, l'heure semblait venue de briser les derniers liens qui attachaient l'Eglise à la France.
Lia rupture avec Rome, la séparation, la façon de briser le Concordat, tout cela était donc prémédité depuis vingt-trois années, préparé machiavéliquement, exécuté graduellement, systématiquement, avec un art et une hypocrisie infmis.
Et c'est pourtant le Pape, aux dires de nos Tartufes . rouges, qui a voulu la séparation, et ce mensonge s'étale sur les murs de toutes les communes de France! ,
« Le Pape se refuse à toute transaction, il veut la guerre, ce n'est pas nous qui reculerons. Force restera à la loi! ))
Bluff honteux! Mensonge répugnant, pantalonnade j de queue rouge exécutée sur les tréteaux du Palais- Bourbon.
Le plan de Paul Bert est là ! La pièce à conviction du crime est entre nos mains, Ferry, Waldeck, Combes, Loubet, Briand, Clemenceau, n'ont eu aucune politique personnelle, ce sont d'ignobles valets qui ont passivement exécuté les ordres qu'ils ont reçus et ils se sont mus docilement dans les limites exactes qui leur étaient concédées. Chaque ministre a eu une partie du plan à mettre en œuvre, et il a fait sa besogne avec plus ou
moins d'habileté et de doigté, mais il n'a fait qu'avancer à Tordre.
Les modérés eux-mêmes, les Méline, les Ribot, les Deschanel, qui, aujourd'hui, semblent déplorer les conséquences désastreuses de cette politique, l'ont fort bien servie au début. Ce qui les sépare aujourd'hui des partisans du Bloc, ce n'est pas la question de principes, c'est la question d'application. Ils trouvent simplement qu'on va trop vite, et que la solution proposée par Paul Bert est périlleuse, parce que nous ne sommes pas mûrs pour cette réforme d'ailleurs excellente en ellemême.
Quant au fameux plan tous lui sont acquis, et peu ou prou tous ont contribué à sa réalisation.
Ce plan, c'est la véritable charte de la troisième république. Puisque socialistes, radicaux, opportunistes et modérés communient dans la doctrine anticathoUque qui y est contenue et rejettent, comme traîtres à la république, tous ceux-là qui n'admettent pas entièrement et complètement l'œuvre scolaire et anticléricale accomplie depuis 1877.
Donc l'œuvre capitale, l'œuvre unique de la troisième république, c'est le plan de Paul Bert, y compris la séparation.
Le critérium du républicanisme, la pierre de touche à laquelle on reconnaît seulement un républicain, c'est l'œuvre anticléricale, hors de là vous êtes un adversaire.
Il est donc indispensable de faire profession de foi
d'athéïsme, de protestantisme, ou de judaïsme, ou de
haine contre l'Eglise romaine pour être accepté dans le
giron de la république maçonnique.
On ne pouvait jadis pénétrer dans l'empire du Japon
qu'en marchant délibérément sur l'image de Jésus crucifié ; depuis vingt années, on ne peut servir la France dans les emplois civils et militaires, si Ton n'a foulé ostensiblement aux pieds tous ses devoirs de chrétien, et si l'on n'a donné des preuves déterminées de son hostilité absolue contre le culte de la majorité des Français.
Cette haine féroce, satanique, contre tout ce qui touche, au catholicisme, cette œuvre de la nouvelle internationale maçonnique et juive a tout primé chez nous, et les rares hommes d'Etat, comme Gambetta, qui, à un moment, ont voulu résister, ont été brisés, ou, comme Félix Faure, ont péri misérablement.
Il fallut ce vase d'élection de Clemenceau, ce bas hypocrite de Loubet, pour exécuter au sifflet la manœuvre anglaise : pour aller à Rome insulter le Pape.
Ce que n'avait pas fait la République de 48, Napoléon III, Thiers, Gambetta, Grévy, Carnot, Faure, l'homme de Montélimar l'accompUt sans murmurer ; il alla inconscient de sa honte, prostituer, devant rusurpateur, la France des Croisades, la France de saint Louis, la France du protectorat d'Orient.
Et ce peuple de France devant cette trahison évidente, devant ce gouvernement oublieux de toute la politique française, vautré dans la fange anglaise, n'a pas eu un sursaut, n'a pas senti d'instinct qu'on le trompait, qu'on le vendait, qu'on lui préparait encore en Allemagne une nouvelle boucherie comme en 1870.