AVANT-PROPOS XXIII
Si précieuses que fussent les informations que le dépouillement des correspondances fournissait journellement au Gouvernement autrichien, il lui était cependant impossible de s'en contenter. Il avait un intérêt majeur à être au courant, de la façon la plus exacte et à la fois la plus rapide, des moindres incidents et des menus faits journaliers de la vie que menaient à Vienne tous ces hôtes illustres que le Congrès y avait rassemblés, et surtout des opinions qu'ils émettaient, des critiques qu'ils se permettaient, des jugements qu'ils portaient dans l'intimité sur les hommes et sur les choses, des confidences qu'ils faisaient à leurs collaborateurs, des instructions, des ordres qu'ils donnaient lorsqu'ils se croyaient à l'abri de toute indiscrétion.
Hager n'avait du reste pas été pris au dépourvu. Il avait tout prévu et, à côté des agents ordinaires et subalternes (1) dont se servent les polices de tous les pays et qu'il n'eut pas grand'peine à faire entrer à des titres divers au service des personnages fraîchement arrivés dans la capitale de l'Empire, il avait la bonne fortune de disposer de personnes recrutées dans les plus hautes classes de la société. Les unes, les auxiliaires, percevaient de ce chef des rémunérations en général peu élevées ou même de simples indemnités, tan-
à leur destinataire que le baron Hager demanda le 6 février 1815 (F. 2. 497. 917 ad. 2) si, dans certains cas, graves et intéressants, on ne pourrait pas l'autoriser à arrêter et à garder ces documents.
Le 23 février, l'Empereur, tout en se rendant aux raisons invoquées par Hager, lui faisait connaître qu' « il ne permettait la saisie des originaux que dans des cas exceptionnellement graves et qu'après avoir pris, au préalable, l'avis du ministre des Affaires étrangères ».
1. Dès le 27 septembre, Hager s'était adressé au prince Trauttmansdorff grand-maître des Cérémonies (cf. F. 1 3728 ad. 3565) pour le prier de faire donner au personnel de service dans les appartements des souverains et de leur suite à la i3ur(jr l'ordre de « fournir des renseignements sur ce que font ces personnages, chose d'autant plus nécessaire que, par exemple, l'Empereur de Russie a déjà refusé tout service d'honneur ».
Le 24 septembre (F. l. 3636 ad. 3565), Hager avait adressé à l'agent qu'il chargeait de le renseigner sur tout ce qui se passera, se fera et se dira dans les hautes sphères et dans le monde diplomatique des instructions que nous avons eu soin de reproduire et qu'on trouvera plus loin, jointes à l'envoi fait par Hager dans son bordereau du 25 septembre.