‹ Les dessous du Congrès de Vienne; d'après les documents originaux des Archives du Ministère Impérial et Royal de l'Intérieur à VienneChapitre 12 sur 842 · AVANT-PROPOS XXI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XXI

srâce à celte activité, constamment stimulée du reste par la curiosité qui était le propre de l'Empereur François, l'organisation de la police secrète, de la politique autrichienne, ne laissait presque plus rien à désirer au moment où les Empereurs et les Rois, les ministres des Grandes Puissances, les représentants des différents Etats et la plupart des princes allemands se donnèrent rendez-vous à Vienne, les uns pour procéder au remaniement de la carte de l'Europe, les autres pour tâcher de faire valoir et accepter leurs droits à des compensations ou à des indemnités.

On conçoit que, dans de si graves conjonctures, le Gouvernement autrichien ait éprouvé plus que jamais le besoin de savoir exactement, presque heure par heure, ce que faisaient, ce que disaient, ce qu'écrivaient tous ces personnages, tous ces hommes d'Etat réunis dans la capitale. 11 avait le plus grand intérêt à connaître non seulement la teneur des instructions et des dépêches qu'ils recevaient de leurs Cours, mais encore leur état d'esprit, leurs conversations privées, les confidences et les opinions contenues dans leur correspondance particulière.

Heureusement pour Metternich, le Cabinet Noir de Vienne rivalisait avec celui qui avait rendu tant de services à Napoléon. Ce Cabinet Noir était du reste puissamment aidé par les Loges (1) annexes et succursales du Cabinet Noir établies à Linz, Salzburg, Trieste, Prague, Graz et Brûnn, et l'habileté professionnelle des fonctionnaires chargés de ce qu'on était convenu d'appeler la Manipulation était à la hauteur de leur zèle et de leur patriotisme.

Le service du Cabinet du Chiffre ne chôma en effet pas, pendant les longs mois que dura le Congrès. Un coup d'œil jeté sur n'importe lequel des bordereaux présentés ou envoyés tous les jours à l'Empereur par Hager donnera une idée du nombre considérable de pièces ouvertes, déchiffrées, traduites, toujours analysées, et la plupart du temps copiées, même, par le personnel de choix entre les mains duquel passaient non seulement les lettres et les dépêches confiées à la

1. Cabinets noirs établis sur certains points en province. Cf. Annexes II et III. Rapport de Sumeraw, du 12 mars 1804 et du 2 février 1806.

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poste, mais toutes les correspondances arrivant ou partant par d'autres voies, réputées plus sûres et qu'on parvenait cependant à intercepter. Le service était si bien monté que le Cabinet Noir put maintes fois prendre connaissance et copie de lettres qu'expédiaient ou que recevaient les membres mêmes de la famille impériale, les rois et les princes présents à Vienne, les représentants des puissances au Congrès, et les nombreux personnages dont on surveillait les faits et gestes (1). La correspondance même de Gentz avec Karadja, l'hospodar de Valachie, correspondance que Metternich n'avait pas seulement autorisée, mais qui se faisait par son ordre, n'échappait pas à cette surveillance générale. On travaillait jour et nuit sans trêve ni répit au Cabinet du Chiffre et cependant, loin de se ralentir, le zèle désintéressé (2) des employés et des fonctionnaires était si grand qu'afîn de prévenir le retour de réclamations désagréables et gênantes provoquées par certaines négligences ou maladresses, conséquences inévitables d'un tel surcroît de besogne, on avait été en haut lieu amené à envisager la possibilité de la saisie définitive des papiers interceptés (3).

1. Correspondance de Marie-Louise, de l'Impératrice d'Autriche elle-même de l'archiduc Charles, des rois do Prusse, de Bavière et de Wurtemberg, des grandes-duchesses Marie et Catherine, du prince Eugène, de la reine Hortense, d'Elisa Bacciochi, de la reine de Naples, Caroline Murât, du prince Jérôme et de sa femme, l'ex-reine Catherine, de Castlereagh, de Nesselrode, de Talleyrand, de Dalberg, d'Hardenberg, de Humboldt, de Lieven, du prince Antoine Radziwill et de sa femme, la princesse Louise de Prusse, de M"' de Talleyrand, de Czartoryski, de Noailles, de la Tour du Pin, de Stackelberg, de Miinster, de Gagern, de Clancarty, de Stewart, de Wellington, d'Anstett, de Stein, du roi Louis XVIII, de Joseph de Maistre, de Montgelas, de M""" de Montesquieu, du prince d'Orange, du duc d'Orléans, des princes de Bavière, de Prusse, de Wurtemberg, des grands-ducs de Bade, de Hesse-Darmstadt, de Saxe-Weimar, du roi de Saxe et de son frère le prince Antoine, de la princesse de la Tour et Taxis, etc..

2. Pour s'en convaincre, il suffit de voir à l'article 80 (cf. annexe VIII) des dépenses secrètes de police pour l'année 1815 qu'à la lin du Congrès on alloua au « personnel du Cabinet du Chiffre » (rémunération autorisée) une somme de 2.000 florins (A. M. J. Wiener Kongress, Polizei Hofstelle 1815, XX, ad. 126).

3. Ce fut, comme on le verra au cours de ce travail, à l'occasion de la saisie de deux pièces adressées au prince Eugène, apportées de Paris par un courrier anglais, interceptées chez lord Castlereagh, mais envoyées ensuite

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