Vienne, 26 septembre 1814 (F. 1. ad
SIBER à HAGER.
ïet produit par l'entrée des souverains. Surveillance spéciale de la correspondance de la Tour du Pin avec son gouvernement à Vienne et à Franc- Fort. Surveillance de Salmour et de Dalberg,
I L'éclat de l'entrée des souverains (le 25) et la pompe qu'on léployée ont produit un très grand effet sur les étrangers et |.r la population.
lUn de mes agents a appris que le ministre de France est jcidé à expédier en secret et par des voies détournées un rap- |rt quotidien sur les événements, qui sera porté à Francfort Ir des tiers et transmis de là à son Gouvernement.
|i.C. Pièce 183.
Siber a pris de suite les mesures qui lui ont paru les plus * propres à surveiller ces expéditions. 11 fait remarquer à Hager que le conseiller impérial Gœhausen a pensé qu'afin de surveiller utilement et de suivre cette correspondance à Francfort, il serait utile de s'aboucher et de s'entendre avec le directeur général des Postes, le baron von Vrints (1), actuellement présent à Vienne et tout dévoué à FAutriche.il faudrait surtout faire surveiller à Francfort les maisons de banque et de commerce qui ont de» sympathies pour la France et plus particulièrement la maison Gattoir, qui a des relations de^it commerce et des correspondances très suivies avec la Suisse.
Cette surveillance est d'autant plus indispensable que la correspondance du comte (Marquis) de la Tour de Pin est en-l tourée du plus profond mystère et des plus grandes précautions. On surveillera en conséquence le comte Salmour (2) qui vient d'arriver et le duc de Dalberg (3). Mais comme pour le moment, tout se borne à l'échange de visites et qu'il règne encore le plus grand désordre en tout, cette surveillance n'a encore rien produit.
1. Von Vrints Berberich, Conseiller intime et d'Etat du prince de Taxis.
2. Chambellan du roi de Saxe. « Une des personnes que j'ai le plus connues à Dresde en 1816, lit-on dans les Souvenirs du Chevalier de Ciissy, I, 358, est le comte de Salmour. Ce vieillard instruit, spirituel, aimable, quelque peu sarcastique... habita longtemps la France avant la Révolution et était, je crois, ministre de l'électeur de Saxe près de Louis XVI... »
Gabaléon de Salmour (Joseph-Chrétien-Antoine-Pierre-Jean-Quentiû comte), né à Turin le 22 février 1735, petit-lils d'un grand-maître de l'artillerie savoisienne, mort à Rome le 5 avril 1831, au service de la Saxe qu'il avait représentée comme Ministre à Paris sous le règne de Louis XVI, gouverneur de la Savoie de 1815 à 1830, neveu du lieutenant-général suisse de Besenval. (Félix-Bouvier. Bonaparte en Italie), 340, note 4.)
3. Dalberg (Emerik Joseph Wolfgang Héribert baron, puis duc de) (1773- 1833) neveu du prince Primat, au service duquel il entra. Ministre de Bade à Paris en 1803, il s'y lia avec Talleyrand. Ministre des Affaires étrangères de Bade en 1809, il n'abandonna pas sa situation à Paris et se fit naturaliser français la même année. Créé duc par Napoléon et conseiller d'Etat avec dotation de 4 millions, il devint en 1814 membre du Gouvernement provisoire, puis pair de France et ministre d'Etat en 1815. II était parent du comte Stadion.
« C'était un singulier personnage, moitié illuminé, moitié philosophe XVIII' siècle, en relation avec tous les gens les plus éclairés et les plus co promis d'Europe. Indépendante l'excès, il disait tout ce qui lui passait par \M la tète, ne ménageant personne, pas même Napoléon qu'il traitait de tyran et ii*l d'usurpateur (en mai 1807, à Varsovie) » (Comtesse Potocka, Mémoires, 142- \\l' 193).