Copenhague, 18 juin 1814 (F. 1. ad S
KOSENGRANZ (1) à BERNSTORFF (2) {intercepta en français).
Hoaues dispositions de l'Autriche et de l'Angleterre, peut-être même de la Russie en faveur du Danemark.
Je crois de mon devoir de rassurer Votre Excellence à Tégard (le notre situation qui, toute critique qu'elle est, nous offre encore la possibilité de sortir d'affaire.
J'ai lieu d'être convaincu que les cabinets de Vienne et de Londres ne demandent pas mieux que de nous voir sortir d'embarras de la meilleure manière possible pourvu qu'ils puissent eux-mêmes sortir des leurs.
Je puis dire à Votre Excellence que le langage de M. le Général de Steigentesch (3) me donne la même conviction. Si je
1. Rosencranz (baron), ministre d'Etat et des AfYaires étrangères du Roi de Danemark. Cf. Annexe IX.
2. Bernstorlî (Christian, comte de) (1769-1835) ambassadeur du Danemark à Berlin et à Stockholm, ministre des Affaires étrangères en 1797, démissionnaire en 1810, ambassadeur à Paris en 1811, représentant du Danemark au Congrès de Vienne, passé en 1818 au service du Roi de Prusse qui le nomma ministre des Affaires étrangères et qu'il représenta aux divers Congrès de la Sainte Alliance à Aix-la-Chapelle, Karlsbad, Troppau, Laibach et Vérone. Il prit sa retraite en 1831 et mourut à Berlin en 1835.
3. Steigentesch (Auguste, baron de) (1774-1826), général autrichien envoyé en 1814 en qualité de commissaire en Norvège, ministre d'Autriche à Copenhague en 1815. Chargé plus tard d'une mission à Saint-Pétersbourg, il n'occupa que pendant pou de temps le poste de ministre d'Autriche à Turin. Steigentesch avait acquis en outre une assez grande notoriété comme auteur dramatique.
juge les quelques propos de celui-ci, sa cour et celle de Londres inclinent à former un système auquel le Danemark appartiendrait. Ces deux puissances voudraient par conséquent relever la monarchie danoise le plus tôt possible. Je me serai fort trompé, ou la Russie regarde aussi la conservation de la monarchie comme essentielle à son système.
Je ne m'attends pas cependant à ce que de ces combinaisons d'intérêt il résultât pour le roi une extension de territoire, à quoi trop d'intérêts, et surtout celui de la Prusse, s'opposent. Mais, comme il nous importe par-dessus tout, à ce qu'il me semble, de reprendre notre considération parmi les puissances de l'Europe, «ya/?/ que de nouvelles secousses viennent à faire éprouver à l'Europe de nouveaux désastres, tous nos efforts devront tendre vers ce but...
Vienne, 26 juin 1814 10. Vienne, 25 juin 1814. (F. 1. 3365).
HEGARDT(l) au MINISTÈRE (à Stockholm) {intercepta en français).
Le projet de reconstitution du royaume de Pologne. Causes du mécontentement de la noblesse russe, augmenté par la crainte de l'abolition du servage. Causes du mécontentement qui se manifeste en Autriche et en Allemagne à l'égard d'Alexandre. La Saxe.
Il doit être décidé que la Pologne formera un royaume uni à l'Empire Russe, projet dont les Russes semblaient être fort peu contents. Ils ne conçoivent pas pourquoi leur Empereur, par ce simulacre d'un Royaume de Pologne, voudrait rappeler aux Polonais qu'ils avaient une patrie indépendante, et ils pensent que, le nom existant, la chose pourra venir avec le temps et à l'occasion. J'ai vu que les seigneurs russes appréhendent que l'Empereur ne nourrisse le dessein d'abolir la servitude de leurs paysans et d'établir une constitution plus libre en Russie. L'Empereur, malgré la reconnaissance que les Allemands lui doivent et lui portent encore, a cependant perdu dans leur opinion depuis la grande catastrophe en France.
1. Hegardt, conseiller de Légation de Suède, était à ce moment chargé d'affaires et remplit ces fonctions jusqu'à l'arrivée de Lœwenhielm.
En Autriche au moins, on est assez mécontent de ce qu'il n'a pas voulu agir en dictateur à Paris, qu'il permet aux Français une constitution libérale, et en général qu'il n'ait pas exigé à la paix des conditions plus dures, surtout des contributions à [)ayer à ses alliés. Au reste, on aperçoit déjà en Allemagne moins d'enthousiasme pour les Cosaques et des symptômes de la peur de l'influence des Russes. Leur conduite en Saxe (1), leur projet supposé d'en détrôner le souverain légitime et de démembrer le pays ont excité des murmures et des plaintes, parmi les Allemands et particulièrement les Saxons.
Vienne, 27 juin 1814.