‹ Les dessous du Congrès de Vienne; d'après les documents originaux des Archives du Ministère Impérial et Royal de l'Intérieur à VienneChapitre 240 sur 842 · GÉNÉRAL BARON JOMINI · texte numérisé non relu

GÉNÉRAL BARON JOMINI

Le dernier traité de Paris mis à la portée de tout le monde.

Les Hautes Puissances Alliées, qui n'ont fait la guerre à la France que pour son bonheur et pour lui procurer les bienfaits d'une paix solide et glorieuse, voulant prouver leur désintéressement à Sa Majesté Louis XVIII et traiter avec Elle plus favorablement qu'elles ne l'ont jamais fait avec Bonaparte, ont résolu le traité suivant :

1° 11 y aura alliance éternelle entre la France et les puissances alliées, — sauf le cas où une guerre deviendrait nécessaire pour le bonheur et la commodité de l'une d'elles.

2° L'Empire de France conserve le titre de Royaume.

3° En conséquence de la déclaration de Francfort, du 7 janvier, portant qu'une grande nation ne doit pas déchoir, les puissances alliées, jalouses de donner aux armées françaises une haute marque de leur estime, ne reprennent que les conquêtes faites depuis 1792.

4° La Belgique est remise à la Hollande pour récompenser le Prince d'Orange de la part qu'il a prise à la guerre et des sacrifices qu'il a faits pour recouvrer ses Etats.

5° En échange de la Belgique et conformément à la déclaration de Francfort, qui porte que la France sera plus grande que sous aucun de ses rois, S. M. Louis XVIII acquiert la préfecture d'Annecy dont la propriété lui est irrévocablement ^affectée jusqu'à nouvel ordre.

I 6° On ne rendra pas au roi les millions de dépenses affectés au port d'Anvers, mais il sera comblé de bénédictions et en considération de ce sacrifice, le roi de Sardaigne ne demandera |à Sa Majesté aucune contribution de guerre. i 7° Le roi de Sardaigne conserve à perpétuité ses titres de roi jde Chypre et de Jérusalem et il pourra au besoin y joindre I celui de marquis de l'Empire Ottoman.

8° Le Pape recouvre les Etats Romains. 11 abolit l'Etat civil et ordonne à tous ses sujets nés depuis 1802 d'en faire la déclaration par devant l'autorité ecclésiastique.

9° L'Angleterre rend à la France toutes ses colonies, excepté Tabago, Sainte-Lucie, les Séchelles, l'île de France, etc., etc.

Quant aux autres, les Français seront tenus d'en faire la conquête.

lO" L^ Angleterre donne la Norvège à la Suède et la Suède cède la^Guadeloupe à la France. Sa Majesté Britannique abandonne tous ses^légitimes droits sur la Norvège et la Guadeloupe.

11° L'Angleterre consent à garder la flotte d'Anvers sous Is condition expresse d'entretenir sur le Continent une armée de terre aux frais de la Hollande.

12° La Marine royale de France sera composée de 13 vaisseaux, 8 frégates, 3 corvettes, 5 avisos, dont la moitié seulement pourra être armée en guerre. Quant aux officiers de marine le roi sera libre d'en porter le nombre à telle quantité qu'i jugera à propos.

13° S. M. l'Impératrice et reine Marie-Louise sera élevée \ la dignité de duchesse de Parme et de Plaisance par les soin! de son Auguste Père François, empereur d'Autriche.

14° En conséquence de sa conduite noble, loyale et franche le prince Eugène-Napoléon cessera d'être Vice-roi d'Italie e le trône de Naples restera occvipé par le roi Joachim Napo' léon,run des souverains les plus fidèles à Bonaparte, au Pape à la France et aux Puissances alliées.

15° L'Angleterre consent à ce que la navigation françai» soit libre sur la Marne, la Saône, la Dordogne, l'Isère et un< partie de la Gironde. Les manufactures et le commerce repren dront leur état. Les négociants français seront libres de n vendre que des marchandises anglaises.

16° Les troupes alliées sortiront de France le plus tôt pos sible en ayant soin de ne pas passer par les pays qu'elles on parcourus — sous peine de mourir de faim.

17° Les traités antérieurs ainsi que les milliards dépensé pour les fortifications de Dantzig, Francfort, Mayence, Casse) Mons, Luxembourg, Anvers, etc., etc., et le sang de cinq mil lions de Français versés pour la gloire et l'honneur de la Franc sont déclarés non avenus.

18° En attendant l'exécution du présent traité et pour prou ver l'union qui existe entre toutes les Puissances européennes il sera chanté un Te Deum dans toutes les langues, à la suit duquel il sera donné des instructions pour fortifier les place et recruter les armées.

LES PRÉLIMINAIRES ET LES AJOURNEMENTS DU CONGRÈS 205 252. Vienne, 3 octobre 1814 (F. 1. 4087 ad 3565).

Nota à HAGER (en français).

Sur la visite faite par Alexandre à la princesse Bagration. Confidences qu'il lui a arrachées sur sa liaison et sa rupture avec Metternich. Tentatives faites pour faire tomber Alexandre dans les filets de la duchesse de Sagan. Opinion d'Alexandre sur certains généraux et hommes d'Etat autrichiens. Il est décidé à garder la Pologne. Son attitude au bal de la princesse Bagration. Le prince Eugène et l'archiduchesse Béatrice.

La princesse Bagration n'a pas pu s'empêcher de confier ce |m suit à une personne qui jouit de toute sa confiance (1). Reste savoir si tout est vrai ce qu'elle lui a dit, mais comme difféentes choses sont assez dans le caractère d'Alexandre, et onnues d'ailleurs pour telles qu'elle les a dites, j'ai grande dis- )osition à croire qu'elle ne les a pas forgées à son confident le qui je les tiens.

Parlant du prince de Metternich, Alexandre a voulu conlaître l'histoire de sa liaison avec la princesse et comment la hose s'était refroidie et à présent il avait l'air d'être tout dévoué la duchesse de Sagan.

Là-dessus Alexandre a dit à la princesse : « Metternich ne DUS a jamais aimée ni vous, ni la Sagan. C'est un homme roid, croyez-le. Il n'aime ni l'une ni l'autre. C'est un être à ang-froid. Ne le voyez- vous pas, avec cette figure de plâtre il l'aime personne. »

Parlant de la Sagan, l'Empereur a dit qu'on avait fait tout possible pour la lui faire agréer. « On me l'a même placée jête à tête dans la même voiture {N.-B. Le fait est vrai et hnnu), mais ils n'ont pas réussi. J'aime les sens, mais il me Ipiui aussi l'esprit. »

Il a passé ensuite en revue certains généraux. Il a dit de hwarzenberg qu'il l'aimait beaucoup, que c'est un bon milire qu'il avait une qualité unique, c'est que « dans une affaire ne pense qu'à la chose et s'oublie lui-même et il fait cela ujours ». Il a loué ensuite Blanchi (2) qui a du talent et est in officier distingué, puis Jérôme Colloredo (3) pour sa bravoure

[ 1. D'après les confidences faites par la princesse à une personne de son itourage, probablement à la comtesse i^urore de Marassé.

S.Le futur commandant en chef de l'armée autrichienne contre Murât qu'il lattit à Tolentino.

3. Né en 1775, mort en 1822, Jérôme Colloredo, deuxième fils du ministre

et sa franchise, et Louis Liechtenstein (1) aussi. Celui auquel après Schwarzenberg il a montré le plus d'estime est Stadion (2). « Mon bon Stadion, je l'ai revu avec bien du plaisir. Je l'aime tant, il est si bon, si franc, si loyal. »

En parlant de politique il a dit : « La Pologne est à nous* Elle doit nous rester. Je n'y renoncerai jamais. Je l'occupé avec 200.000 hommes. On verra qui me chassera. »

On a remarqué qu'au bal d'avant-hier chez la princesse, i l'a distinguée, elle plus que tout autre, et après elle la Sophie Zichy. Il a dansé la deuxième danse avec la duchesse de Sagan qu'il a ensuite négligée toute la soirée. Du reste il a été très poli avec tout le monde, gai, aimable, content. Il a eu une conférence d'un quart d'heure avec Hardenberg et, comme il faul crier avec lui, il s'est retiré pour parler avec lui dans h chambre de la princesse. On a remarqué qu'il n'a pas mêm< fait attention à Czartoryski et très peu à Metternich.

On raconte que le prince Eugène a fait visite à l'archiduchesse Béatrice (3) et ayant eu l'arrogance de lui parler d( Milan, elle, en réponse, n'a parlé que du roi de Bavière.

Au cercle il aborda le prince KhevenhûUer en lui disant « Comment vous va. Prince ? » L'autre lui répondit : « Com ment se porte Votre Excellence. » Ce dialogue n'alla pas plu loin.

Les Viennois souffrent de revoir ici ce drôle que les Milanais estiment comme militaire, mais que tout le monde mépria et déteste pour son hypocrisie, sa morale, ses mœurs et sur tout sa fourberie. Il faut entendre là-dessus les Italiens et l'ex sénateur Guicciardi et l'ex-Podestat de Venise Rénier (4 et tous ceux qui ont eu affaire à lui. En général, les Italien préféraient Napoléon à Eugène parce qu'ils disaient : « Napo léon est fier, cruel, vindicatif, mais il ne se cache pas, et l'autr est faux, traitre, fourbe et n'a jamais fait la fortune de per sonne. »

de Léopold, il avait pris une part des plus brillantes à la bataille de Kuln Il était de plus un adversaire déclaré de Metternich. Promu feldzeugmeiste en 1814, il était à ce moment commandant général en Bohême.

1. Liechtenstein (Louis, prince), feld-maréchal lieutenant, commandeul Tordre militaire de Marie-Thérèse.

2. Peut-être aussi parce qu'il était un ennemi avéré de Metternich.

3. Veuve de l'archiduc Ferdinand, ancien gouverneur de Milan et mèr l'Impératrice d'Autriche.

4. Renier (Daniel), Podestat de Venise depuis 1807, fut un des patrie qui se prononcèrent le plus hautement pour la réforme politique en 1797j

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