Vienne sans date (F. 2. 4188 au
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Les déclarations de Talleyrand relatives à l'Allemagne rapportées par le comte Keller. Le salon politique du comte Pries. Un mot attribué à l'empereur François. Les deux plus jolies femmes de Vienne d'après Alexandre.
Le comte Keller, ministre d'Etat de la Hesse Electorale, le même qui représentait la Prusse à Vienne, il y a douze ans, a été frappé par les déclarations suivantes que Talleyrand a faites en sa présence.
Le prince considère comme illégal tout ce qui s'est fait en x\llemagne depuis 1803. Toujours d'après lui, tous les princes, qui n'ont pas formellement abdiqué, qui n'ont pas délié leurs sujets de leur serment, reprennent et récupèrent tous les droits. Il en résulte pour lui que l'électeur de la Hesse-Electorale qui n'a jamais abdiqué, qui n'a jamais relevé ses sujets de leur
1. Los Rios (comte de), fils naturel du duc de San Fernando, attaché à l'Ambassade d'Espagne à Vienne, chargé d'affaires, puis ministre dans plusieurs cours, « homme très spirituel, très amusant, de très bonne et très mauvaise compagnie, excessivement libertin et disant tout ce qui lui passe par^ la tête et notamment qu'il ne répondait pas de la vertu d'aucune femme q^ a passé une heui^eentète à tète avec lui voii-e même en voiture... l'insolentlf Baronne du Montet (Souvenirs).
•2. Keller (Louis-Christophe, comte de) (1737-1827), d'abord chambellan conseiller d'ambassade du roi Frédéric II, ministre de Prusse à Stockholm,| Saint-Pétersbourg, puisa Vienne, devint en 1811 ministre du Grand-Duc de Francfort à Paris et représenta à Vienne l'électorat de Hesse aveclebarc de Turkheim.
LES PRÉLIMINAIRES ET LES AJOURNEMENTS DU CONGllÈS 263
serment, auquel on a arraché Hanau par laforce, qui n'a jamais fait partie de la Confédération, est bien et dûment en possession du Hanau et que c'est à bon droit qu'on lui a restitué ses anciens Etats.
D'après Talleyrand, le roi de Saxe n'abdiquera jamais et ne relèvera jamais ses sujets de leur serment.
Quant au Primat (1), il a, il est vrai, écrit la stupide lettre que l'on sait au roi de Bavière et a renoncé à son grand duché sub clausula in favorem du prince Eugène, mais en réalité le grand duc de Francfort n'a jamais abdiqué, n'a jamais délié ses sujets de leurs devoirs envers lui. Tant qu'un prince n'a pas donné les lettres-patentes qui relèvent ses sujets, il ne peut y avoir de prise de possession légitime pour qui que ce soit. L'annexion du grand duché d'Aschaffenburg, la cession qu'en a faite le baron Hûgel (2) au roi de Bavière, est nulle et non avenue.
Toujours d'après Talleyrand, les traités d'Alliance entre l'Autriche, le Wurtemberg, Bade, etc., etc., quoique inconsidérément et maladroitement rédigés, renferment cependant malgré leurs lacunes [Videantiir tractalus concernentes) des clauses d'obligations réciproques qui permettront au Congrès de leur donner une nouvelle [iaterpretatio aulhentica) et de mettre le nouveau statut de l'Allemagne, en tenant compte des stipulations résultant des actes constitutifs de la Confédération du Rhin en 1805, en harmonie et d'accord avec les principes généraux des constitutions allemandes. Talleyrand, loin de faire un mystère de sa manière de voir, exprime bien haut ses idées et autorise ses interlocuteurs à les répéter partout sous sa propre responsabilité.
Castlereagh a dîné avant-hier avec Floret chez le comte Pries, chez lequel Dalberg, le comte Solms et Stein soupent presque tous les jours. C'est chez Pries qu'on est le mieux renseigné sur tout ce qui se passe en politique.
La comtesse Callenberg a dit hier chez Puffendorf : « Votre Empereur est d'excellente humeur. 11 a cependant déjà assez
1. Le prince primat grand duc de Francfort et oncle de Dalberg.
2. Le prince primat avait renoncé à Aschaffenburg en favem' du duc, son neveu Talleyrand fait allusion à la négociation conduite par le baron Hiigel et qui avait abouti à la cession faite par l'Autriche à la Bavière de ce duché en échange du Tyrol. Hiigcl représenta l'Autriche, d'abord à Ratisbonne, puis à Francfort.
de cette perpétuelle représentation. » Et pour prouver que le souverain est réellement de fort belle humeur, on lui prête cette plaisanterie ; « Si cela doit continuer ainsi, je demanderai ma retraite. Je ne suis pas de taille à mener longtemps une pareille vie. »
On a vanté hier chez Puffendorf l'énergie et la décision dont Metternich fit preuve dans ses rapports avec Talleyrand. On reconnaît qu'on était loin de s'y attendre.
Alexandre a, paraît-il, dit que la comtesse Esterhazy-Roizin et Sophie Zichy étaient les plus jolies femmes de Vienne.