‹ Les dessous du Congrès de Vienne; d'après les documents originaux des Archives du Ministère Impérial et Royal de l'Intérieur à VienneChapitre 39 sur 842 · Vienne, 13 juillet 1814 (F. 1. ad · texte numérisé non relu

Vienne, 13 juillet 1814 (F. 1. ad

BERNSTORFF au'MINISTÈRE DANOIS (m/erce/j^a en français)

Les causes de la remise du Congrès au 10 septembre. Les embarras de Met ternich et de lord Castlereagh. La Pologne et la frontière de Galicie. Difficultés de la situation de l'Autriche. L'opinion publique à Vienne et les nouvelles répandues en ville par le Gouvernement.

Les informations les plus exactes que j'ai été à même de recueillir servent à confirmer la partie la plus essentielle des notions que j'ai eu l'honneur de soumettre à Votre Excellence dans mon précédent rapport.

Il est très vrai que le prince de Metternich s*est trouvé dans les plus grands embarras pour ne pas avoir obtenu de la part de lord Castlereagh tout l'appui sur lequel il avait compté. Il se plaignit de ce que le ministre anglais, aux dispositions duquel il rend du reste toujours la même justice, n'a que faiblement appuyé ses démarches et réclamations, et il attribue la nécessité, où il s'est trouvé de proposer Tajournement du Congrès, à la difficulté inattendue que lord Castlereagh a fait de quitter l'Angleterre assez promptement pour pouvoir être rendu à Vienne au terme fixé pour l'ouverture des négociations. Il paraît du reste, d'après les dernières nouvelles de Londres, qu'avant le départ des souverains les esprits se sont de toute part un peu radoucis. On a fini par convenir, à ce qu'on m'assure, que les plénipotentiaires des souverains alliés se trouveraient réunis à Vienne au plus tard le 10 septembre et l'Empereur de Russie a promis d'y être rendu entre le 20 et le 30 du même mois. On doute cependant toujours que cette promesse se réalisera à moins qu'on ne trouve jusque là moyen d'en écarter les principaux points de vexation.

On continue à regarder la question de la frontière de Pologne du côté de la Galicie comme la plus difficile à résoudre. Quelle que soit cependant l'importance que la Cour d'ici attache à l'acquisition de Cracovie, les personnes les plus à portée d'apprécier ses dispositions et d'approfondir ses vues semblent s'accorder dans l'opinion qu'elle cédera sur ce point plutôt que de braver les dernières extrémités et elle finira par abandonner toutes les prétentions qu'elle ne réussira pas à faire

valoir au moyen de rintervention de l'Angleterre. L'humeur pacifique de l'Empereur, le caractère de son ministre, auquel on connaît plus de souplesse que de vigilance, la désorganisation de l'armée et la pénurie des finances, tout semble concourir à donner du poids à cette opinion.

En attendant, le cabinet de Vienne met tous ses soins à dérober ses embarras et ses alarmes à la connaissance du public et à pallier Taffront qu'il vient d'essuyer. C'est à cette lin qu'on continue à faire entendre qu'il se manifeste en Russie même une opinion très prononcée contre l'idée d'un rétablissement d'un Royaume de Pologne, que des représentations très fortes là-dessus ont été adressées à l'Empereur Alexandre et qu'en effet ce Souverain a été vivement pressé par les premières autorités de son Empire d'accélérer son retour en Russie, où la prolongation de son absence a fait accroître et multiplier de plus en plus les inconvénients les plus graves.

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