Vienne, 2 et 3 novembre 1814 (F. 3. 4523 ad
0© à HAGER
La campagne contre Metternich. La situation de l'Autriche. Les délégués suisses mécontents de l'intervention d'Alexandre dans leurs afl'aires. Ce qu'on raconte dans les salons sur l'Empereur François, Metternich, Stadion et Talleyrand.
D'après ce qu'on dit chez Starhemberg, on néglige complètement les intérêts que l'Autriche a en Saxe, en Pologne et en Allemagne, et l'Autriche se compromet avec les Médiatisés. Ceux-ci cherchent par tous les moyens en leur pouvoir à provoquer une crise ministérielle et à ramener le comte Stadion au pouvoir, parce qu'ils le savent tout acquis à leur cause, bien vu par la Russie et en opposition d'idées complète avec Metternich. Wessenberg, quoique très estimé et protégé pa^. Metternich et très avant dans sa confiance, tient lui aussi poi Stadion.
A en croire les Médiatisés, Metternich ne peut manquer
1. Allusion à la scène qui eut lieu le 24 octobre au matin avant le dépa d'Alexandre pour la Hongrie.
l'ouverture du congrès. — LA SAXE ET LA POLOGNE 459
perdre son poste. Le rôle que l'Autriche joue au Congrès, l'état des affaires en Pologne, en Saxe, en Bavière, en Italie, la nature des relations avec la France et les Médiatisés, tout cela doit ouvrir les yeux de l'Empereur et lui montrer que, même en 1809, la situation de la monarchie était moins précaire qu'aujourd'hui.
Quel spectacle plus singulier que celui qu'on voit aujourd'hui ! On va conserver leurs possessions aux princes d'Isenburg- Birstein et de Neuwied et détrôner le Roi de Saxe I I La plupart des députés suisses sont fort peut satisfaits de Ivoir que c'est en somme l'Empereur de Russie qui va régler les affaires de la Confédération Helvétique. Grâce à l'influence Iqu'exercent sur lui Stein et La Harpe, il va évidemment favojriser le parti démocratique.
On a raconté chez Puffendorf que l'Empereur François a été dernièrement chez la Grande-duchesse Catherine pour lui demander conseil ; qu'il confère secrètement avec Stadion et ^ue Metternich a raconté à tous les archiducs, et jusque dans ses moindresdétails, la fameuse scène qu'il a eue avec Alexandre .
La note sur la Déclaration du 8 octobre que Talleyrand a ait insérer au Moniteur du 22 a fort déplu à Metternich. Il s'en est plaint à Paris, mais Louis XVIII n'a pas osé faire des représentations à Talleyrand qui a rempli de ses créatures le Ministère des Affaires Etrangères.
Le baron de Linden, le porte-paroles de Humboldt, dit que K le Congrès est une mauvaise pièce dont l'auteur est sifflé ». ;i ajoute que « si on lui donnait son congé, il ne l'aurait îertes pas volé ; mais que si on met Stadion à sa place, la confusion ne fera que croître parce que Stadion n'a autre ïhose en tête que les Médiatisés. >
Comme on demandait à Talleyrand ce à quoi il s'était oc- !Upé depuis le passage du Rhin jusqu'à l'abdication de Napoéon, il répondit « J'ai boité. »
>60. Vienne, 3 novembre 1814 (F. 3. 4523 ad 3565 .
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Découragement d'Anstett.
Anstett m'a déclaré qu'à cause de l'entêtement plus grand ~|[ue jamais d'Alexandre, il devenait absolument impossible de
croire à une heureuse issue du Congrès. Il a vainement essayé S de le convaincre, il a tout mis en jeu, même sa carrière, et m^a déclaré sur son honneur qu'il avait, il y a deux jours, remis sa démission écrite à son Empereur qui n'en tint aucun compte et l'accabla plus que jamais de besogne.
J'ai vainement essayé de savoir par lui quelles étaient les intentions de la Prusse. Il s'est borné à me répondre : « Ce sont là des Seigneurs d'un tout autre acabit ». Et il a aussitôt ajouté : « Si seulement Metternich voulait me laisser en paix. Hier encore il m'a fait dire, par un de ses hommes de confiance, « qu^il rendait pleinement justice à tout ce que je| faisais pour la bonne cause ». Je lui ai fait dire que je ne prenais conseil que de ma conscience et me souciais fort peu d'agir dans un sens qui pût lui être agréable, à lui qui n'a rien fait pour moi, si ce n'est de me payer de belles promesses qu'il n'a jamais tenues. »