Vienne, 3 août 1814 (F. 1. ad
COMTE DE HARDENBERG à MUNSTER (2) (à Londres) (intercepta en français).
Ce qu'il a fait à Francfort. Sa réconciliation avec Stein. Solms-Laubach, Les affaires d'Allemagne. Alexandre et les princes allemands. Metternich invisible. L'importance de Gentz.
Il commence par lui rappeler qu'il lui a écrit quatre lettres de Douvres, Calais et Paris ; qu'il est parti le 19 juillet de Paris et qu'il est arrivé le 28 à Vienne, venant de Francfort.
« Les deux jours que j'ai passés à Francfort n'ont pas été absolument perdus, puisque j'y ai fait complètement ma paix avec Stein, et après tout, j'aime mieux être bien que mal avec lui. Mais aussi il n'a guère été question du passé entre nous,
1. Comte Etienne Zichy ministre d'Autriche à Berlin (Cf. Haus, Hof,und Slaais Archiv. Metternich à Zichy, Vienne, 1" août 1814). Zichy de Vasonykeo (Etienne, comte) (1780-1853), entré fort jeune dans la diplomatie, ministre à Di'esde en 1805, à Berlin de 1810 à 1827, assista aux Congrès d'Aixla-Chapelle, Troppau, Laibach et Vérone. Très lié avec Hardenberg et Bliicher et fort apprécié par Frédéric-Guillaume III, ambassadeur à Pétersbourg de 1827 à 1839, époque à laquelle il prit sa retraite et quitta la carrière.
2. Miinster (Ernest-Frédéric-Hubert, comte de) né à Osnabriick en 1766, mort en 1839, contribua puissamment, comme envoyé de l'électeur de Hanovre, roi d'Angleterre, à former plusieurs coalitions contre la France. Représentant du Hanovre au Congrès de Vienne,ilenfut ensuite le véritable régent. Il épousa le 7 novembre 1814 Wilhelmine-Charlotte, comtesse de la Lippe (sœur du duc de Lippe-Schaumburg) née en 17S3.
mais uniquement de l'Allemagne. Stein avait vu l'empereur Alexandre à Bruchsal et lui avait remis sur cet objet une lettre qu'il m'a communiquée et qu'il m'a dit avoir été fort bien reçue. En général, il donne beaucoup d'espoir de ce côté-là.
J'aurais beaucoup désiré trouver Solms (1) à Francfort; mais il était à Laubach et je ne le verrai qu'ici où il se rendra en même temps que Stein. Celui-ci y viendra dans la première moitié de septembre et il s'est beaucoup enquis du temps où vous y viendrez. Il prêche beaucoup de fermeté dans les affaires de l'Allemagne et compte se faire escorter par une phalange entière d'élèves pour qu'on y crie contre les abus actuels. Annoncez, je vous prie, le grand événement de la pacification entre Stein et moi à sa protectrice, M"" Orlofî (2), en me mettant à ses pieds.
Comme preuve que les petits souverains allemands ne sont pas trop appuyés par l'Empereur de Russie, Stein m'a confié que l'Impératrice douairière de Russie (3) s'était plainte à lui, que l'Empereur s'en tenait toujours aux promesses sans jamais rien articuler de positif.
Le prince de Metternich est tellement absorbé par tout ce qu'il a sur les bras depuis son retour qu'il est impossible de le fixer longtemps. Aussi, je me propose principalement de travailler Gentz, qui aura de l'influence dans les affaires d'Allemagne et sera vraisemblablement chargé de les traiter au Congrès (4).
Je ne puis assez réitérer combien cet homme pourra être utile à l'avenir. Surtout comme Binder (5) ne restera probable-
1. Solms-Laubach (comte de) un des médiatisés, ci-devaut membre du Reichshofrat, collaborateur et satellite de Stein.
2. Orlofî (Anna Ivanowna comtesse) (1777-1824), née comtesse SoltykolT, femme du comte Grégoire Wadimirovitch Orlofî, sénateur, auteur d'une histoire du royaume de Naples, mort en 1826. (Cf. pour la comtesse Orlofî et Stein. Arndt. Meine Wanderungen und Wandliingen mil Freiherrn von Stein, pages 72 et suivantes.)
3. Marie Feodorowna, Impératrice douairière de Russie, veuve de Paul I", née princesse Dorothée de Wurtemberg, fille du duc Frédéric-Eugène de Wurtemberg, prince de Montbéliard et de Fredericke-Dorothée-Sophie de Brandenburg-Schwedt, née en 1759, morte en 1828.
4. Ce fut Wessenberg et non pas Gentz qui fut chargé des affaires de l'Allemagne.
5. Binder von Kriegelstein (François, baron) (1775-1855), ministre d'Autriche à Stuttgart, un des favoris de Metternich qui l'appela à Vienne dans l'intention d'en faire un de ses collaborateurs intimes pendant la durée du Congrès.
ment pas à la Chancellerie d'Etat, je vous prie de prendre cela en mûre considération. »