‹ Les dessous du Congrès de Vienne; d'après les documents originaux des Archives du Ministère Impérial et Royal de l'Intérieur à VienneChapitre 786 sur 842 · Le Tugendbund · texte numérisé non relu

Le Tugendbund

2. Malczewski, major, officier d'ordonnance de Murât, l'un de ses serviteurs les plus fidèles et les plus dévoués.

l'ouverture du congrès. — LA SAXE ET LA POLOGNE 691 1075. Vienne, 16 décembre 1814 (F. 5. 4803 ad 3565).

GOLOVKINE au Baron de STEIN [inlercepta). Billet ramassé chez Stein (1), chez lequel Golovkine dîna le 16 décembre.

Le Soussigné, toujours animé du désir d'entretenir les rapports d'amitié et de confiance qui ont si heureusement subsisté jusqu'ici entre Son Excellence et lui, accepte avec empressement le nouveau mode de rapprochement que Son Excellence vient de lui proposer et il s'en rendra l'intermédiaire auprès M. de Ratk (?) pour le lui faire adopter.

Le comte Golovkine voudrait bien se permettre quelques observations sur le soin que Monsieur le Baron prend de lui épargner un tête à tête avec lui ; mais il réserve cet article pour ses promenades au bord de la Lahn. C'est là que je veux aller en pèlerinage, comme les Indiens vont se baigner dans le Gange. J'espère que vous m'épargnerez la queue de vache. J'en ai déjà bien assez de celle du Diable que j'ai beau tirer, mais qui me fait aller où je ne voudrais pas être.

Recevez l'expression de tous mes hommages.

Golovkine.

^076. Vienne, 13 décembre 1814 (F. 5. 4803 ad 3565).

Rapport à HAGER

Les soupers du grand-duc de Bade.

Le grand- duc de Bade soupe après le théâtre en compagnie grand écujer Geusau et de son médecin Schreckel avec le fille au service de Gaertner.

PÎ. L'agent ajoute que ce billet trouvé par lui chez Stein a dû tomber de la >che ou du bureau de Stein.

1077. Vienne, 17 décembre 1814 (F. 5. 4803 ad 3565).

ee à HAGER

Ce qui se dit chez Rechberg sur les procédés et la manière d'agir de Metternich et sur le désaccord existant entre lui et Hardenberg.

On a dit hier chez Rechberg qu'on n'avait pas encore reçu la réponse delà Russie et delà Prusse, (l)qui doit décider du sort du Congrès. On a encore dit que, si Metternich avait dès le nniois d'octobre agi comme il le fait maintenant, tout aurait marché autrement, tandis qu'à l'heure qu'il est, c'est trop tard. Actuellement la responsabilité, qu'il a assumée vis-à-vis de son Souverain, de l'Autriche et de l'Europe, est effrayante. On a encore reparlé d'un sérieux désaccord qui se serait élevé entre Hardenberg et Metternich.

Je n'ai pu encore me procurer des détails sur cette affaire. Rechberg m'a seulement dit : « C'est une infamie de Hardenberg (2). »

1078. Vienne, 17 décembre ÎS14 (F. 5. 4803 ad 3565).

e© à HAGER

Résumé de l'opinion du comte de Reichenbach sur la situation de la Prusse et la question de la Saxe.

1079. Vienne, 17 décembre 1814 (F. 5. 4803 ad 3565).

Campochiaro remet le 16 à Malczewski l'ordre qui le rappelle à Naples.

1. Cf. d'ANGEBERG (531-536). Note du prince de Hardenberg à l'Empereur de Russie en date du 16 décembre 1814, remise le 20 et transmise le même jour par ce Monarque à l'Empereur d'Autriche et par lord Castlerea^h au prince de Metternich, et Ibidem (1952-1S56). Note du prince de ilardenbcrj au prince de Metternich au sujet de la Pologne et de la Saxe.

2. Cf. Talleyrand au Roi. Vienne, 15 décembre 1814. Dépêche n» 16(Pallain^ p. 182). A propos de l'explication assez vive qui eut lieu le 12 entre Alexandre et Metternich au sujet d'un billet que Metternich avait adressé le 7 novembre au chancelier de Prusse, qui le communiqua à l'Empereur de Russiej ainsi que toute la correspondance échangée avec le cabinet de* Vienne.

l'ouverture du congrès. LA SAXE ET LA POLOGNE 693

1080. Vienne, 17 décembre 1814 (F. 5. 4803 ad 3565).

Nota à HAGER (en français).

Nouvelles contradictoires sur la marche des afîaires de Saxe et de Pologne. Un mot de Pozzo di Borgo.

A entendre les Prussiens, le Congrès va bien (l).Ils répandent cela depuis trois jours. Les Wurtembergeois disent de même et le baron von Linden a dit devant moi que tout s'arrangeait.

M"» d'Eskeles, qui se nourrit des nouvelles que lui donnent les intimes d'Hardenberg, est dans la joie parce qu'on lui a affirmé que les affaires avaient pris une bonne tournure, qu'on commençait à s'entendre et qu'Alexandre fléchissait tant soit peu.

Au milieu de ces bonnes nouvelles, on- m'assure que les Russes déclarent, qu'Alexandre est plus ferme que jamais et qu'il ne démordra en rien de ses prétentions. Et en effet, ayant rencontré avant-hier Pozzo di Borgo et lui ayant demandé comment allaient les affaires (il venait de voir son Empereur), il me dit : « Hélas ! Cahin-caha, plutôt mal. »

Notre conversation en resta là.

STACKELBERG à ITALINSKY (à Constantinople) [intercepla)

(en français).

Le départ des Souverains n'est pas fixé, sauf celui du roi de Wurtemberg. Marche lente des affaires du Congrès. Espoirs de développement et de solution. Les questions de Gênes, de la traite des nègres et de la navigation du Rhin et de l'Escaut. La commission des préséances.

Rien n'annonce que le départ des Souverains soit prochain, à celui du roi de Wurtemberg près, que l'on dit fixé au 21 de ce mois.

1. Cf. d'ANGEBEHG (531-536). Note de Hardenberg du 16 décembre 1814 et Ibidem (540-544), Lettre de Talleyrand à MeLtcrnich. Vienne, 19 décembre et Pallain, Talleyrand au Roi, Vienne, 15 décembre. Dépêche n» 16 (175-186) et Vienne, SO décembre, n" 17 (189-193),

S'il est vrai que les affaires du Congrès ne marchent que lentement, on n'en a pas moins lieu de croire que nous sommes à la veille de leur développement, bien que les séances des plénipotentiaires des puissances signataires du traité de Paris aient été rares, surtout dans ces derniers temps (1).

L'une des questions, étant traitée par des comités séparés, est déjà décidée, celle de Gênes (2) dont l'occupation provisoire a été accordée au Roi de Sardaigne. L'abolition de la titaite des nègres (3) devait être un autre objet de discussion d'un comité séparé de Ministres, mais les divergences d'opinion entre les Plénipotentiaires d'Angleterre et ceux d'Espagne et de Portugal ont empêché sa formation, les premiers ayant voulu que toutes les Puissances signataires du traité de Paris fussent admises à une négociation où, d'après le point de vue philanthropique dont ils partaient, il s'agissait de la cause de l'Humanité, et les derniers ayant prétendu exclure (sauf une seule indication et nommément de la Russie et de l'Autriche) celles qui ne possèdent pas de colonies, de cette transaction qu'ils ne considèrent que sous le côté mercantile.

D'un autre côté, il s'est fait une réunion de Ministres pour s'occuper de ce qui a trait à la navigation du Rhin et de l'Escaut (4) et pour rétablissement des péages sur les deux rivières.

Une commission de plus s'est, en exécution du traité de Paris, formée afin de fixer le rang voulu entre les couronnes et tout ce qui en dérive en fait de préséances, objet peu signifiant (sic) en lui-même, mais qui, faute d'être réglé, a eu souvent des conséquences fatales.

1. Les Huit s'étaient en effet réunis assez rarement, puisqu'on n'avait signé le 14 décembre que le sixième protocole.

2. Cf. d'ANGEBERG (501-505). Cinquième Protocole en date du 10 décembre. (516-519). Conditions mises à la réunion de Gênes à la Sardaigne. (536). Adhésion des Plénipotentiaires de Sardaigne, 17 décembre.

3. Cf. d'ANGEBERG (527). Séance du 14 décembre 1814. Ajournement de la; question de l'abolition de la traite des nègres.

4. Cf. d'ANGEBERG (503). Cinquième Protocole de la séance du 10 décembre 1S14 et (527) Sixième Protocole delà séance du 14 décembre 1814.

5. Cf. d'ANGEBERG (503). Cinquième Protocole de la séance du 10 décembre

l'ouverture du congrès. — LA SAXE ET LA POLOGNE 695 1082. Vienne, 19 décembre 1814 (F. 5. 5064 ad -3565).

HAGER à l'EMPEREUR Bordereau et rapport journalier du 19 décembre 1814.

1033. Vienne, 18 décembre 1814 (F. 5. 5064 ad 3565).

0© à HAGER

L'Angleterre et la Saxe. La Bavière et Mayence. Wessenberg et Metternich. Alexandre et Eugène. M""' de Brignole. Menées prussiennes des dames Arnstein et Eskeles.

L'Angleterre, qui dans le principe consentait à la cession de la Saxe à la Prusse, y est maintenant catégoriquement opposée.

Le gros point en litige entre la Prusse et la Bavière est Mayence.

Wessenberg a assez mal parlé de Metternich chez Fûrstenberg. Il a dit que Metternich aurait offert sa démission, mais que l'Empereur l'aurait refusée en disant : « C'est là ce que font tous les Ministres. Lorsqu'ils ont bien embrouillé les affaires, ils demandent à s'en aller. »

Je rencontre maintenant souvent l'Empereur Alexandre se promenant, bras dessus bras dessous avec le prince Eugène.

M"" de Brignole a dit ces jours-ci : « J'ai souvent des nouvelles de lîle d'Elbe. Napoléon a fait arrêter les travaux d'aménagement et d'ameublement de sa résidence. »

M"" Arnstein et M°" Eskeles tiennent toutes sortes de propos scandaleux rien que pour préparer l'opinion en faveur de la Prusse. Elles déblatèrent contre la Censure qui fait imprimer dans la Wiener Zeitung et dans le Beobacliter (1) des articles anglais relatifs à la Pologne et à la Saxe et permet la vente de la brochure : Sachsen und Preussen.

En un mot, ces dames sont scandaleusement prussiennes...

1. Cf. dans la Wiener Zeitung des 11 et 15 décembre, rapport des séances du Parlement et déclaration du chancelier de l'Echiquier, et dans VOesterreichischer Beobachter du 5, les discours des lords Landsdowne et Grenville.

1084. Vienne, 18 décembre 1814 (F. 5. 5064ad 3565).

.... à HAGER Les dettes du grand-duc de Bade.

Le grand duc de Bade a des dettes partout à Vienne.

1085. Vienne, 18 décembre;i814(F. 5.5064 ad 3565).

GŒHAUSEN à HAGER Mécontentement et protestations des Bavarois.

Les Bavarois protestent contre le projet qui rendrait à Nuremberg et à Augsbourg leurs privilèges et leur statut de ville libre.

La Bavière continue de protester, comme le prouve une note à la Maison de Nassau (interceptée par le confident von Leurs) contre la cession à l'Autriche de l'Inn-Viertel.

1086. Vienne, 18 décembre 1814 (F. 5. 5064 ad 3565).

Nota à HAGER (en français).

Libéralités et gracieusetés faites par les Polonais à Anstetl afin de le gagner à leur cause.

J'ai appris que pour gagner le conseiller d'Etat Anstett les Polonais vont lui faciliter l'acquittement d'une dette de 8. 000 roubles qu'il doit encore sur la terre de Kock, qui fait partie de la dot de sa femme, née Meissner, dont la plus grande partie est due à M""* Potocka (1), née Paris, (?), dont le frère est un

1. Peut-être bien la même que l'auteur des Mémoires. Ce serait dans ce cas la comtesse Alexandrine Potocka (1776 ou 1777-1867) née comtesse Anna Tyszkiewicz, mariée en 1802 au comte Alexandre Potocki, puis en deuxième noce au colonel comte VVonzowicz. Elle était la iille du comte Louis ïysz kiewicz et de Constance Poniatowska.

l'ouverture du congrès. LA SAXE ET LA POLOGNE 697

patriote enragé. C'est donc ce Paris (?) qui payera cette somme à sa sœur et lui-même eu sera dédommagé par les patriotes.

HAGER à l'EMPEREUR

Bordereau et rapport journalier du 20 décembre.

Il lui signale le départ pour Graz, sans passeport ni autorisation, du comte Bethusy. Il en a informé le comte Bissingen, gouverneur de cette ville.

1088. Vienne, 18-19 décembre 1814 (F. 5. 5074 ad 3565.

[Intercepta,, cabinet noir).

Roi de Wurtenberg au feld- maréchal lieutenant Hadik. (Il a transmis son affaire au ministre de la justice.)

Planta, secrétaire de Gastlereagh, à Saint-Marsan. (Sans intérêt.)

1089. Vienne, 19 décembre 1814 (F. 5. 5075 ad 3565).

FREDDI à HAGER (en français).

Marie-Louise se croit sûre d'avoir Parme. M""» de Brignolc se plaint de l'ouverture de ses lettres. 11 a été mis en rapport avec Marialva.

J'ai passé la soirée chez le comte de San Vitale. Il m'a appris qu'avant-hier, se trouvant au cercle chez l'Impératrice Marie- Louise, elle lui dit : « Je suis charmée de vous apprendre une bonne nouvelle. Nos affaires ont pris une très favorable tournure. Nous irons bientôt à Parme. »

Il me dit encore que M"" de Brignole s'était plainte à lui qu'on lui ouvrait toutes les lettres qu'elle reçoit.

Je suis heureux de vous annoncer que je viens d'être mis en rapport avec La Harpe par le marquis de Marialva, ministre de Portugal.

Nota à HAGER (en français).

Le roi de Wurtemberg et la question de la Saxe. Griefs des Prussiens contre Metterjîich. L'attitude probable selon eux du roi de Wurtemberg en cas de guerre.

Il est hors de doute que le roi de Wurtemberg a dit à qui voulait l'entendre et afin qu'on le répète, qu'on avait à tort fait courir le bruit qu'il avait sur la Saxe une autre manière de voir que l'Autriche, tandis qu'il n'avait jamais songé à se détacher de l'Autriche. Preuve de cela ; « En laissant son Plénipotentiaire au Congrès, il lui avait donné carte blanche et déclaré approuver d'avance tout ce que Sa Majesté Impériale et Royale apostolique jugerait bon de faire pour le bien et la paix de l'Allemagne. »

Les Prussiens jettent la pierre à Metternich, disant que le Congrès n'avance pas ; Que l'on ne peut ni s'entendre, ni prendre une résolution quelconque, parce que Metternich ne parle jamais clairement, ne dit jamais ce qu'il veut, ni ce qu'il accorde aux uns ou refuse aux autres ; Que pour cela la Prusse ne peut "rien risquer et doit se tenir au parti qu'elle a pris de suivre les Russes. Ea dépit de ce que dit le roi de Wurtemberg, ils croient qu'en cas de rupture, à cause du mariage de son fils avec la grande-duchesse d'Oldenburg, c^ roi serait pour eux et non pour l'Autriche.

1091. Vienne, 19 décembre 1814 (F. 6. ad 3565).

Rapport à HAGER |

Les sympathies autrichiennes qu'on prétait à la grande-duchesse Catherine et les causes de son changement d'attitude. Stein, le prince royal et le roi de Wurtemberg.

On affirmait tous ces derniers temps dans les cercles autrichiens que la grande-duchesse Catherine était animée de sentiments absoluments favorables à l'Autriche et que l'archiduc

Palatin mettait à contribution l'influence qu'elle exerce sur son frère. On allait jusqu'à dire que les etTets de cette action se faisaient déjà sentir, que l'Empereur Alexandre n'était plus aussi chaud pour la Prusse et même qu'il avait offert le cercle de Tarnopol à notre Empereur. Ces belles espérances ne se sont pas réalisées et l'horizon s'assombrit de nouveau.

On prétend maintenant que le prince royal de Wurtemberg est complètement sous la coupe de Stein, qui se sert de son influence sur lui pour agir sur l'esprit de la grande-duchesse. En tout cas, ce qui est hors de doute, c'est que le prince a de fréquentes conversations avec Stein et que le roi, son père, ne s'est pas caché pour dire que son fils était tout acquis à la Prusse, mais que lui, tant qu'il vivrait, il resterait fidèle à l'Autriche.

1092. Berlin, 12 décembre 1814 (F. 5. 5075 ad 3565).

Anonyme (1) au Prince RADZIWILL {intercepta) (en français).

A propos de la protestation du roi de Saxe. Difficulté de l'arrangement. Hommage involontaire rendu par le roi de Saxe au roi de Prusse.

Les gazettes de Paris nous donnent des nouvelles dont nous ne savions rien ici ; d'abord une déclaration du roi de Saxe (2) qui est une folie. Elle contient de justes réclamations, mais elle passe un peu légèrement sur ses torts.

J'ai bien vivement désiré que tout cela s'arrange. Mais en prenant les choses de cette façon, on risque fort de rendre Farrangement difficile. Au reste cette déclaration du roi de Saxe fait aussi l'éloge de la manière de penser libérale de notre Roi (de Prusse). Car je crois que le roi de Saxe, retenu dans les Etats de Napoléon, n'aurait assurément pas osé s'en permettre autant. 11 rend donc sans le vouloir hommage à son cœur et à son caractère.

1. Cette lettre a probablement, presque certainement même, été écrite par la princesse Radziwill.

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