à HAGER (en français
Les espérances des Polonais encouragées par les procédés du grand-duc Constantin, mais contredites par les velléités de concession d'Alexandre.
Le comte de Skarbek me dit que les lettres nouvellement arrivées de Varsovie annoncent qu'au milieu d'une fluctuation de diverses opinions la majorité est toujours soutenue par l'espoir de voir enfin couronnés les souhaits des patriotes. Cet espoir est soutenu tant par les procédés du grand-duc, qui en tout ce qu'il fait agit dans l'esprit des patriotes, que par les différentes ordonnances du gouvernement provisoire et des règlements qui s'accordent moins avec leur possession momentanée qu'ils ne visent à un gouvernement stable et affermi. On y règle pour l'avenir la manière du recrutement et des prestations ; le Ministère de toutes les branches est mis en nouvelle activité ; on procède à la liquidation de la dette publique et les places vacantes des employés, qui s'étaient absentés à l'entrée des troupes russes, doivent être incessamment conférées.
Les espérances que continuent à avoir les patriotes polonais ne s'accordent cependant guère avec ce que j'ai appris hier par des personnes de l'Ambassade Russe. On m'y a dit que l'Empereur de Russie était définitivement décidé à ne plus soutenir les prétentions de la Prusse sur la Saxe et à se départir lui-même des siennes sur tout le duché de Varsovie. 11 aurait dit à ses Ministres : « Je pourrais bien, comme l'a fait Napoléon, décider l'affaire en faisant marcher 500.000 hommes ; mais comme je ne suis pas ici pour la guerre, mais pour consolider la tranquillité de l'Europe, j'abandonne mes préten-
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tions et veux me contenter d'une indemnisation par une partie du Duché. »
Les Polonais, qui ont appris cette même nouvelle, ont peine à y ajouter foi et Skarbek, en parlant de cette circonstance, me dit que cela ne peut s'accorder avec ce qu'on écrit de Varsovie, où Ton assure que l'Empereur Alexandre doit être proclamé et couronné Roi de Pologne dans le courant de février...
1119. Vienne, 22 décembre 1814 (F. «, 5106 ad 3565).
® 0 à HAGER (en français).
Les nouveaux feld-maréchaux autrichiens. Le prince d'Orange et l'archiduchesse Léopoldine. Le changement d'attitude de lord Gastlereagh et de l'Anglaterre. L'Autriche. Consalvi et las Légations. Le Concordat avec l'Allemagne. Les Médiatisés et la Prusse.
On a dit hier chez Sidney Smith, où il y a tous les mercredis deux fois plus de monde que ne peut en contenir l'appartement, que le Prince Régent d'Angleterre, le duc d'York (1) et le prince d'Orange ont été faits feld-maréchaux autrichiens; qu'on a donné au prince d'Orange le régiment Hohenlohe (2) et que ce prince allait épouser l'archiduchesse Léopoldine (3).
Le colonel comte Latour (4) m'a dit hier : « Je sais de façon positive que lord Gastlereagh est dans le plus grand embarras. Arrivé à Vienne avec l'ordre de laisser la Prusse annexer la Saxe pourvu qu'on consente à arrondir le Hanovre, il a, il y a peu de temps, reçu, évidemment sous la pression de l'Opposition, des instructions diamétralement opposées et lui pres-
1. York et Aibany (Frédéric, duc d') (1769-1837), frère du Prince Régent, celui-là même qui commanda en 1793 les troupes anglaises qui opérèrent de concert avec le prince de Cobourg. Nommé en 1811 par le Prince-Régent feld-maréchal et commandant en chef de l'armée de terre, il fut, après la mort de la princesse Charlotte en 1817, proclamé héritier présomptif de la couronne,
2. Ce régiment est aujourd'hui le 26* régiment d'infanterie hongroise Schreiber.
3. L'archiduchesse Léopoldine épousa un peu plus tard l'Empereur du Brésil Don Pedro et le prince d'Orange, la grande-duchesse Anna Pavlovna, sœur de l'Empereur Alexandre.
4. Attaché à la personne et au ssrvicc du prince royal de Wurtemberg pondant son séjour à Vienne.
crivant de s'opposer à tout prix à la cession de la Saxe à la Prusse. Lord Castlereagh s'est conformé aux ordres qu'il a reçus, et c'est là ce qui arrête la marche du Congrès.
Le comte Antonelli me raconta que l'Empereur d'Autriche a répondu au cardinal Consalvi, qu'il n'avait pas élevé de prétentions sur les Légations, mais que d'autre part on avait fait valoir que le retour des Légations au Saint-Siège lui semblait douteux.
Bildt, Tiirkheim, Gagern, Plessen (i) se plaignent vivement des idées ultramontaines émises par Consalvi et soutenues par l'Autriche à propos du Concordat avec l'Allemagne.
L'animosité des Médiatisés contre la Prusse ne diminue pas et tous ces Princes réclament le rétablissement de l'Empire germanique et la restitution de la couronne impériale à l'Empereur d'Autriche.
1120. Vienne, 21 décembre 1814 (F. 6. 5106 ad 3565).
ROI de PRUSSE au Général Lieutenant V. KIRKNITZ (?) (i; (à Berlin) (analyse) [inlercepta).
Le Roi est entièrement rétabli, mais il a des craintes pour l'avenir. En lui accordant sa mise à la retraite, le Roi ajoute « Je suis, Dieu Merci, entièrement rétabli. Mais les grandes affaires n'avancent que bien lentement. Pourvu seulement que tout finisse bien, on n'aura pas le droit de se plaindre. »
1121. Vienne, 22 décembre 1814 (F. 6. 5106 ad 3565).
LINDEN au ROI de WURTEMBERG [mlercepUi) (fragment d'un chiffon).
L'Autriche, sur le point de rompre avec la Prusse et la Rus-| sie, a le plus grand intérêt à s'assurer le concours des forcer
1. Plessen (Léopold, baron de), Ministre d'Etat et plénipotentiaii-c de Meck j lembourg-Schewrin.
2. Je n'ai pu trouver trace d'un général de ce nom. Peut-être s'agit-il le du général de Minkwitz.
l'ouverture du COiNGRÈS. — L> SAXE ET LA POLOGNE 717
de toute l'Allemagne, ou au moins des états de... et cela le plus tôt possible.
1122. Vienne, 22 décembre 1814 (F. 6. 4901 ad 3565)
HAGER à l'EMPEREUR
(Bordereau et rapport journalier du 24 décembre 1814).
Liste des intercepta des 22 et 23 décembre.
En outre de ceux qu'il a paru intéressant de reproduire plus loin, les uns in-extenso, les autres en résumé, Hager appelait l'attention de l'Empereur sur :
1° Deux billets de Stein, l'un à Capo d'Istria, l'autre à Kliiber.
2» Une note de Craufurd (1) à Canning (sir Stratford) (l'invitant à faire remettre à une date postérieure au 14 février la réunion primitivement fixée au 5 janvier, parce que le Gomité des affaires suisses n'aura pas terminé son travail avant cette date. Mais il ne faut pas qu'on s'inquiète pour cela).
3° Hacke à Bernstorff (envoi de la copie d'une lettre confidentielle du prince de Metternich au prince de Hardenberg en date de Vienne le 22 octobre 1814) (2).
4" Addington à Ganning (Deux envois de pièces relatives au Valais et au Tessin).
1. 11 s'agit ici de Quintin Craufurd, délégué à ce moment à Paris pour fixer avec le gouvernement français le mode de paiement des arrérages de rente perpétuelle ou de rentes viagères dus aux créanciers anglais. Le même qui transmit le 29 avril 1815 à lord Gastlereagh une curieuse lettre de M"» de Staël en date du 23.
Né en 1743, mort en 1819, venu à Paris en 1780, très dévoué à la famille royale il prit une part active à la préparation de la fuite à Varenne et de toutes les tentatives d'évasion. Rentré à Paris en 1792, il en repartit après le 10 août et n'y revint qu'après la paix d'Amiens et grâce à ses relations avec Talleyrand il fut le seul Anglais autorisé à y rester (Cf. Mémoires de M"" du Hausset et Mémoires de M°" de Mottevitle). « Un Anglais, dit de lui Frédéric Masson à Napoléon et sa famille. X, p. 321 et suivantes, qui avait fait fortune au service de la Compagnie des Indes, mari d'une ancienne danseuse qui prétendait que ses enfants étaient les fils d'un duc de Wurtemberg..,, grand coli-Sî lectionneur de tableaux et de meubles rares qu'on vendit en 1820 après sa mort. Il acheta pour 800.000 francs l'hôtel de Pauline Borghèse, y compris les meubles qu'il mit à part pour 300.000 francs. Peu de temps après l'hôtel,
•ujourd'hui l'Ambassade d'Angleterre, fut acheté le 14 octobre 1814 par le iC de Wellington pour le gouvernement anglais. Cf. d'ANGEBERG, 1939-1941.
lis-
1123. Vienne, ?3 décembre 1814 (F. 6. 4901 ad £565 .
SICGART à HAGER
Marie-Louise, les portraits de Napoléon et les armoiries de ses voitures.
Avant d'aller le 'i'i au Palais à Vienne, Marie-Louise a tiré de son armoire deux portraits de Napoléon, dont elle a fait cadeau à M"" de Brignole qui les a emportés chez elle, les a embrassés en pleurant et en sanglotant même si fort que tout le monde l'a entendue. Puis elle a raconté la chose à Bausset qui s'est mis dans une rage telle qu'aucun domestique n'a osé entrer chez lui bien qu'il ait sonné plusieurs fois.
La gaieté et la bonne humeur de Marie-Louise ont été remarquées par tout le monde. Elle a donné Tordre de changer les armoiries de ses voitures.
Méneval écrit au baron Finot, préfet du Mont-Blanc, sous le couvert de Crages (?).
(A ce rapport était joint un chiffon insignifiant signé Thérèse et trouvé chez M"^* da Brignole.)
1124. Vienne, 23 décembre 1814 (F. 6. 4901 ad 3565).
GQEHAUSEN à HAGER
Fontanelli a recule 20 la visite de Tascher et de Battaglia (1 avec lesquels il a travaillé et écrit une partie de la journée.
1125. Vienne, 22 décembre 1814 (F. 6. 4900 ad £565).
à HAGER La conspiration de Milan et les projets de Murât.
Guicciardi m'a parlé de la conspiration de Milan et de l'ar restation de Rasori qu'on croit être en correspondance ave<
1.11 s'agit là ou d'Antonio Battaglia, avocat au Conseil d'Etat (du royaume d'Italie^ ou plus probablement du baron Bataille, aide de camp du prince Eu gène.
l'ouverture du congrès. — LA SAXE ET LA POLOGNE 719
de hauts personnages àNaples. On se proposaitde faire éclater une révolution, dès que Joachim viendrait soutenir par les armes la cause des Italiens et les aider à secouer le joug des Autrichiens.
1126. Vienne, 23 décembre 1814 (K. 6. 4901 ad 3565).
.... à HAGER
Nouvelles relatives à l'organisation de la Suisse.
L'organisation de la^Suisse avance (1). Le pacte fédéral, qui doit sanctionner la réunion des treize cantons, est fixé et les puissances sont d'accord sur ce point. Les Ligues Grises récupèrent la Valteline,Ghiavenna et Bormio, que Bonaparte avaient jadis réunis à la Cisalpine.
1127. Vienne, 23 décembre 1814 (F. 6. 4901 ad 3565).
GŒHAUSEN à HAGER
Renseignements sur Veith, homme de confiance d'Hardenberg, et ce que l'on a réussi à en tirer.
Hardenberg a à son service un nommé Veith, d'Ansbach un ancien soldat, agent secret depuis 1806, homme de confiance et garçon de chancellerie de Hardenberg et qui a 1.000 thalers d'appointements. Il a dit dernièrement à un de mes agents, qui a pu gagne- sa confiance en se faisant passer pour un ancien officier prussien, que la Prusse ne poussera pas à l'extrême l'affaire de Saxe. « Nous ne saurions, a-t-il dit, soutedr une nouvelle guerre, vu que l'Angleterre ne nous donne lus de subsides. Nous demandons beaucoup, c'est fort natuîl, mais nous sommes tout prêts à négocier et à en rabattre. » On affirme d'autre part que Jordan aurait reconnu que la Crusse était poussée par la Russie, qu'on ne se dissimulait pas 'injustice à laquelle on était obligé de se prêter. Il a ajouté le tout s'arrangerait parce que la Prusse n'était pas en état supporter une nouvelle guerre.