‹ Les dessous du Congrès de Vienne; d'après les documents originaux des Archives du Ministère Impérial et Royal de l'Intérieur à VienneChapitre 802 sur 842 · La Bagration et la comtesse Aurore de Marassé · texte numérisé non relu

La Bagration et la comtesse Aurore de Marassé

se soutenir longtemps encore. M. de Hacke, le ministre de Bade, disait encore hier qu'il faudrait appeler Stadion aux Affaires étrangères, envoyer Bellegarde à Paris, Metternich à Milan et mettre Wessenberg aux Finances,

On sait dans le public qu'Alexandre ne veut plus traiter avec Metternich et qu'il a chargé Razoumoiîsky d'être le porteparoles entre eux. C'est à cause de cette mésintelligence générale, que l'on voit régner, que le prince de Metternich n'est plus en faveur auprès du public comme il l'était avant le Congrès.

Les diplomates attendent aujourd'hui et avec la plus grande impatience la réponse de Metternich (1) à la note Prussienne. On espère qu'elle sera claire et décisive.

Le sort de la Suisse et de la Valteline est décidé. Les Constitutions sont faites. La Suisse aura vingt-trois cantons et la Valteline formera la quatrième ligue grise. Mais je crois que ni les Suisses, ni les Valtelins n'accepteront les plans qu'on a formés pour eux (2). Il paraît au contraire qu'on a réussi à les mettre d'accord en cela, que tous à l'unisson refuseront d'accéder au nouveau pacte fédéral. Zerleder (3) me disait : « Est-ce aux barbares du nord, à des esclaves russes à venir en Suisse donner des leçons de philanthropie et de liberté aux descendants de Guillaume Tell ? Nous n'avons pas envie d'apprendre par de tels maîtres. Ils sont venus nous donner la discorde. Voilà leur présent. Ils n'ont qu'à s'en retourner chez eux. Nous avons appris à lire avant eux et nous nous arrangerons nous-mêmes entre nous et n'avons nul besoin, ni de leurs lumières ni de leur zèle. Croyez-moi, leur plan n'est pas encore accepté en Suisse, et je parierais qu'il ne le sera pas. »

1. Cf. d'ANGEBERG, (1863). Notc de Metternich du 28 décembre 1814 et Ibidem, (1874-1877). Conférence du 3 janvier 1815 et contre-projet de convention autrichien.

2. Cf. d'ANGEOERG, (p. 544-553) neuvième protocole du comité chargé des affaires de la Suisse du 9 décembre 1814. Mémoire présenté par la lé^^ation Suisse et notes des Députés du cantou des Grisons du 28 décembre 1814.

3. Zerleder (Louis) (1772-1840), membre du Grand Conseil dans le Canton de Berne après l'acte de médiation. Ministre à Saint-Pétersbourg en 1814 et plénipotentiaire au Congrès de Vienne. Mal accueilli à son retour à Berne, il se démit de ses fonctions en 1815,

1191. Vienne, 31 décembre 1814 (F. 5141 ad 3565).

HAGER à L'EMPEREUR

Bordereau et rapport journali r du 3i décembre 1814.

Intercepta (Cabinet noir) du 29 et du 30 décembre 1814.

Humboldt à Staegemann et au comte de Solms-Laubach (Réponse à la question de savoir si la France et la Hollande feront partie de l'Office Central de la navigation du Rhin (1). Pour la Hollande, la chose paraît désirable. Non, pour la France, parce que la portion du cours du Bas-Rhin qu'elle possède est trop insignifiante).

Addington à Canning (Copie de la réponse de Talfeyrand à la note de la Diète helvétique relative à un traité de commerce entre la France et la Suisse).

GŒHAUSEN à HAGER

Questions relatives à la surveillance de Marie-Louise et aux gens suspect qui rôdent autour de ï^chœnbrunn.

Après lui avoir demandé si l'agent Wilhelm Thorruter, employé par lui à Schœnbrunn, doit être envoyé à Baden ou à Schlosshof si Marie-Louise y va (2), il mande à Hager qu'on a déjà vu apparaître à Schlosshof des gens qui doivent appartenir à la police et que le domestique du prince de Parme (le roi de Rome) affirme en avoir déjà vu à Schœnbrunn et a signalé le fait à M"" de Brignole, qui en a informé Marie-Louise en présence de Neipperg.

1193. Vienne, 31 décembre 1814 (3) (F. 6. 3895 ad 3565).

HAGER à L'EMPEREUR (Analyse).

11 lui rend compte que l'on a vu rôder à Schœnbrunn autour

1. Cf. d'Angebbro, (814-828). Séance du 24 février 1815. Procès-verbal de la Cinquième conférence de la Commission pour la libre navigation des rivières

2. En marge,au crayon, la réponse « Allerdings » {certainement).

3. J'ai cru utile de placer cette pièce ici, bien qu'ea raison de sa date elia eût dû figurer au rapport du lendemain.

de Marie-Louise des policiers qui ne sont pas de son service. Il a tout lieu de croire que ce sont des agents au service d'une puissance étrangère. Il propose de prendre des mesures pour les arrêter et les expulser.

1194. Vienne, 30 décorabre 1814 (F, 6. 4903 ad 3565).

.... à HAGER

Surveillance de Marie-Louise.

Marie-Louise a reçu le 28 le marquis Cornacchia, gouverneur de Parme et le comte Guicciardi (1), gouverneur de Plaisance.

1195. Vienne, 31 décembre 1814 (2) (F. 6, 3896 ad 3565).

.... à HAGER Rectification du bulletin précédent.

Ce n'était pas le comte Guicciardi, mais le comte Stampa (3) qui était venu rendre visite le 28 à Marie-Louise avec Cornacchia. Neipperg, venu à dîner le 30, est resté jusqu'à 11 heures du soir.

1196. Vienne, 30 décembre 1814 (F. 6. 4903 ad 3565).

.... à HAGER

Le Prince Hardenberg et l'actrice Jubille.

Rapport relatif à la liaison du prince de Hardenberg avec l'actrice française Jubille qu'il vient de faire venir de Paris. Il y a eu le 29 concert et souper chez lui.

1. Guicciardi n'était pas gouverneur de Plaisance, mais sénateur milanais. Envoyé à Vienne, il fut un des plus ardents à demander l'annexion à l'Autriche de la Valteline, Sun pays. Quant à Cornacchia, il était gouverneur de Plaisance et non de Parme.

2. Ici encore par une raison facile à comprendre j'ai cru devoir violer l'ordre chronologique.

3. Girolamo Stampa, de Chiavenna, envoyé à Vienne pour chauffer avec Guicciardi l'annexion de la Valteline à la Lombardie.

1197. Vienne, 30 décembre 1814 (F. 6. 4903 ad 3565).

Précautions prises par Hardeaberg lors de l'envoi d'une lettre à Gaertner.

Hardenberg a fait porter le 28 une lettre au baron Gaertner ; mais pour être sûr de sa remise immédiate, il a fait suivre le domestique par un de ses hommes de confiance.

1198. Vienne, 30 décembre 1814 (F. 6, 4903 ad 3565).

Rapport à HAGER

Les menus plaisirs et les parties fines du Grand-Duc de Bade et du princehi'rilier de Hesse-Darmstadt.

Le prince héritier de Hesse-Darmstadt et le grand-duc de | Bade ont fait encore une partie carrée le 27 chez Geusau. La fête a duré jusqu'à 3 heures du matin.

Le prince de Hesse va en outre très souvent chez une M"' Délia Porta, veuve d'un officier, qui a une très jolie fille, reçoit beaucoup de monde et habite Kdrntnerstrasse 4025, au. deuxième étage.

1199. Vienne, 30 décembre 1814 (F. 6. 4903 ad 3565).

.... à HAGER

Durée probable du séjour de Wrode. Ses idées sur le Congre».

Wrede a dit hier à son propriétaire le comte Clarj (1), qui lui demandait combien il garderait encore son appartement : « En tout cas, jusqu'à la fin de mars. »

Il a dit toutefois au comte Clary qu'il espérait néanmoins que le Congrès prendrait fin avant la fin de février, mais que s'il n'en était pas ainsi à la fin de mars, il faudrait alors s'attendre à de très fâcheux événements.

1. Probablement le comte Charles-Joseph Clary (1777-1831), Chambellan^ «^ marié en 1802 à la comtesse Aloyse Chotek (1777-1864). i

l'ouverture du congrès. — LA SAXE ET LA POLOGNE 761

1200. Vienne, 29 décembre 1814 (F. 6. 5161 ad 35B5>.

FREDDI A HAGER (en français).

Le prince Eugèneet ses chances d'oStenir un établissement en Italie. Talleyrand et la marche des affaires au Congrès.

Le prince Eugène nourrit toujours l'espérance d'un établissement en Italie, et précisément dans les Légations. M. d'Arnay vient de me dire qu'on a promis à son maître que dans dix jours on s'occuperait de son sort et que Talleyrand lui a affirmé, à lui, d'Arnay, que pour les premiers jours de l'année, les affaires les plus importantes du Congrès seront définitivement arrangées.

Aldini croit au contraire que les Légations reviendront au pape, mais probablement avec des conditions favorables pour leurs habitants.

1201. Vienne, 30 décembre 18U (F. 6. 5161 ad 3535).

Nota à HAGER (en français).

Le Congrès n'a réellement commencé que la veille.

On dit bien haut que le Congrès n'a à proprement parler commencé que d'hier (1), parce que c'est ce jour-là qu'on a renoncé au système infructueux et traînant des communations confidentielles et qu'on s'est décidé à tenir de véritables séances entre les intéressés.

1202. Vienne, 30 décembre 1814 (F. 6. 5161 ad. 3565),

.... à HAGER

Importance de la conférence chez Hardenberg. On dit que la Prusse cède. Inquiétudes causées par la conspiration de Milan.

Aujourd'hui, conférence chez Hardenberg qu'on dit devoir être décisive. L'opinion générale est que tout finira par un accord.

1. Cf. d'ANGFBERG, (1858), ConfércncB (n» 1) des Plénipotentiaires des Quatre Cours. Communications mutuelles pour l'ouverturî^ des Conférencessur les affaires de la Pologne et de la Saxe, 29 décembre 1814.

Le comte Pappenheim vient de me dire à l'instant que la Prusse cède sur la Saxe, mais il m'a recommandé de n'en rien dire encore.

La conspiration d'Italie préoccupe beaucoup ici. Les uns disent qu'elle a été découverte par un maître de poste ; les autres que Murai en a informé l'Autriche (1).

Le Général Lechi est arrêté.

1203. Vienne, 30 décembre 1814 (F. 6. ad 3565).

FREDDI à HAGER (en français).

Le dîner chez Miranda et la question des préséances, La bonne humeur d'Alexandre. Le tableau d'isabey.

Au dîner chez Miranda, on a souvent parlé de la question des préséances, au sujet de laquelle il doit y avoir ce soir séance chez Labrador avec les ministres des huit puissances.

On a remarqué la gaieté et le ton badin d'Alexandre. On veut y voir le pronostic d'une heureuse solution des affaires.

Les ministres espagnols et portugais ont été chez Isabey qui est en train de travailler à son grand tableau du Congrès et les a dessinés.

1204. Paris, 13 décembre 1814 (F. 6. 5161 ad 3565).

BOUTIAGUINE A NESSELRODE {Intercepta du 30 décembre).

Monsieur le Comte, le lieutenant général Exelmans a été destitué à la suite de la correspondance interceptée sur le médecin du roi Joachim. Il jouissait de la réputation d'un militaire distingué et était connu par Textrême effervescence de sa tête. Sa lettre au roi Joachim en porte, dit-on, tout le caractère. Il l'assurait d'avoir à sa disposition 20.000 hommes.

Le roi, n'écoutant que sa générosité, a voulu le pardonner, mais on prétend que le duc de Dalmatie a insisté sur la destitution de ce général et proposé même de l'exiler.

1. Cf. pour la conspiration militaire et le rôle attribué à Murât, Commandant Weil, La dernière nnnée da règne de Joachim Murât. Tome II, 49-108 et 474-530.

l'ouverture du congrès. — LA SAXE ET LA POLOGNE 703

Les formes du Gouvernement s'opposant à pareille mesure de rigueur avant que la loi ne l'ait condamné, on le laisse jusqu^à présent tranquille.

Je rends compte de cet événement à Votre Excellence tel qu'on le raconte dans le public (1).

1205. Paris, 17 décembre 1814 (F. 6. 5161 ad 3565).

BOUTIAGUINE à NESSELRODE {intercepta du 30 décembre).

Monsieur le Comte, le nouveau ministre de la Guerre s'occupe beaucoup à organiser l'armée sur le pied de paix. Elle sera portée à 250.000 hommes.

Le comte Daru est de nouveau employé comme intendant de l'armée.

Le choix du chancelier de la Légion d'honneur balance entre le maréchal Macdonald et M. de Chateaubriand. Ce dernier a un grand parti à la Cour.

Le crédit de M. le comte de Blacas s'accroît de jour en jour davantage. Les uns disent qu'il aura encore un autre ministère, d'autres que c'est la place de Grand Chambellan qui lui sera confiée.

Toutes les Nouvelles de Gand vont pour la paix. Le courrier du duc de Wellington expédié jeudi dernier en porte la communication à Lord Castlereagh (2).

1206. Paris, 19 décembre 1814 (F. 6. 5161 ad 3565).

GROTE à MUNSTER {intercepla) (en allemand).

Effet produit par la nomination de Soult au ministère de la Guerre. Par les autre» remaniements ministériels projetés.

La nomination de Soult au ministère de la Guerre a causé une surprise générale. 11 passait pour peu favorable aux Bour-

1. Dépêche citée en entier par Polovtsoff, Tome 1, n» !22, P. 126.

2. Dépêche citée en entier par Polovtsoff, t. I, n» 123, p. 126. J'ai cru néanmoins devoir reproduire ces deux dépêches pour mieux montrer quels services la Polizei Hoffstelle rendit pendant la durée du Congrès.

bons et on se rappelait sa virulente proclamation contre le duc d'Angoulême qu'il traitait daventurier. Sa nomination et celle d'André (1) ont cependant un peu rassuré les inquiétudes. On s'attend d'ailleurs à d'autres changements dans le sein du ministère. On parle du remplacement du baron Louis (2) par le duc de Gaëte {'A) qui serait favorable à l'affaire des liquidations, dont le baron Louis est l'adversaire le plus déclaré et le plus redoutable. Malgré cela, le maintien aux Finances du baron Louis serait cependant fort désirable, parce qu'il y règne un tel désordre qu'il faudra, d'après les dires des gens entendus et bien au courant, au moins un an ou un an et demi pour les remettre à peu près d'aplomb. Ce n'est du reste pas un mal, puisque cela calmera forcément les têtes chaudes qui ne rêvent rien autre que de reconquérir la Belgique et les départements du Rhin et rendra bien difficiles les tentatives qu'on fera pour pousser le gouvernementà la guerre. On dit que Tabbé de Montesquiou (4), ministre de l'Intérieur, va, lui aussi, s'en aller. Il aurait pour successeur un certain Grosbois (5), mais cela me paraît peu douteux.

1. D'André (Antoine-Balthazar-Joseph d'André) (1759-1825). Conseiller au parlement d'Aix, député aux Etats-Généraux, émigra en 1792 et passa en Angleterre.

2. Louis (Joseph-Dominique, baron) (1755-1837). Ami et protégé de Talleyrand qui l'appela au ministère des Finances (3 mai 1814). Louis XVIII, qu'il avait suivi à Gand, lui rendit son portefeuille après les Cent. jours.

3. Gaudin (Martin-Michel-Charles, duc de Gaëte) (1756-1841). Ministre des Finances après le 18 brumaire, comte de l'Empire en 1808, et duc de Gaëte en 1809. Redevenu ministre des Finances pendant les Cent jours, élu député de l'Aisne en août 1815, il fut en 1324 nommé gouverneur de la Banque de France, poste qu'il garda jusqu'en 1834.

4. Montesquiou-Fezensac (François-Xavier-Marc-Antoine, duc de) (1756- 1832). Abbé de Beaulieu. près de Langres. Emigré en 1792. Ministre de l'Intérieur (13 mai 1814-17 mars 1815), réfugié en Angleterre pendant les Cent jours.

5. Conseiller d'Etat honoraire, ancien premier président au parlement de Besançon.

l'ouverture du congrès. — LA SAXE ET LA POLOGNE 765 1207. Londres, 12 décembre 1814 (F. 6. 5161 ad 3565).

GREUHxM (l)à HARDENBERG {intercepta du 30 décembre)

(Analyse).

La situation politique en Angleterre. Ses causes, ses conséquences. Avantages que la Prusse retirera de l'attitude de la trance et de la Bavière.

Après avoir commencé par lui exposer les raisons pour lesquelles le retour prochain de Castlereagh lui semble indispensable, il continue ainsi :

« La gêne, les inquiétudes, la tension, qui régnent même dans les milieux diplomatiques, sont arrivés à un tel degré qu'on ne cherche même plus à dissimuler les craintes qu'inspire la situation. Les inquiétudes sont dues en partie à la tactique des journaux français pour tout ce qui a trait aux nouvelles du Congrès. On est arrivé par là, d'abord à isoler les diplomates, puis à les dresser les uns contre les autres. Quant à nous, nous n'avons peut-être pas beaucoup à regretter les conséquences de cette méthode. En raison du courant actuel de l'opinion des gouvernements et des peuples, l'opposition que fait la France à l'accroissement de la puissance de la Prusse paraît plutôt de nature à prouver que cet accroissement est une nécessité pour le bien-être général.

L'attitude de la Bavière, attitude qui ne lui portera pas bonheur en fin de compte, si elle est telle que nous la dépeignent les journaux et qui fait d'elle le second de la France, ne saurait non plus nous nuire.

1208. Londres, 16 décembre 1814 (F. 6. 5161 ad 3565).

GREUHM à HARDENBERG {intercepta du 30 décembre), (sous couvert Munster).

Etat des négociations avec les Etats-Unis. Mécontentement causé en Amérique par la situation financière.

Suivant différents journaux américains, les membres qui ont le plus d'influence dans le Sénat et la Chambre des Re-

Page 1