Vienne, 6 septembre 1814 (F. 1. ad
GENTZ à KARADJA (1) {intercepta en français).
Mouvement d'un corps prussien dans i'électorat de Hesse. Tour joué à l'électeur par son fils. La Saxe et les manœuvres hostiles de la Prusse. Les refus du roi et sa conférence avec Hardenberg. La résistance, apparente seulement, de l'Autriche.
Il insiste d'abord sur l'alarme causée dans toute la région du Rhin et sur l'inquiétude provoquée à Vienne par la nouvelle de l'apparition d'un corps prussien dans I'électorat de Hesse Gassel.
1. Le dernier paragraphe de cette dépêche, depuis les mots « le roi dej Saxe. ..jusqu'à la fin, figure seul et en allemand dans Oesterreich's T/iei7/ia/imB, J p. 404.
Voici la clef de cet événement: L'électeur de Hesse (1), comme certains de ses voisins, a cru pouvoir retirer son contingent et le Gouvernement prussien, qui avait ce contingent sous ses ordres, a refusé d'y consentir. L'électeur a passé outre et il paraît que son fils (2), avec lequel il est brouillé, a excité la Cour de Berlin à agir avec sévérité contre lui. C'est là ce qui a donné lieu à ces mesures.
Il en est tout autrement de la Saxe, dont je crois le sort décidé sans retour. La perspective de voir cesser l'administration provisoire russe fait que ces projets sont vus avec moins d'horreur.
Quoique les Saxons n'aiment pas les Prussiens, ils leur tendraient les bras pour être débarrassés des Russes. De plus, le Gouvernement prussien a été assez habile pour leur montrer l'avenir sous un jour qui doit adoucir leurs regrets. Le roi de Prusse a fait insinuer qu'il ne se proposait pas de les amalgamer avec ses autres provinces, mais que la Saxe serait toujours gouvernée comme un royaume séparé, conservant sa constitution, ses lois, ses tribunaux, ses privilèges, son administration et même son armée. Ces promesses n'ont pas manqué leur elfet surtout auprès de la noblesse et des employés. Le commandant en chef de l'armée saxonne, le général von Thielmann (3) est tout à fait dans les intérêts prussiens...
Le roi de Saxe qui, quoique traité avec tous les égards ne s'en regarde pas moins comme une espèce de prisonnier d'Etat, n'a jamais voulu entrer dans aucune proposition.
Le 9 août, le prince de Hardenberg a eu une conférence avec lui ; mais le roi a persisté dans son refus. Cette persévérance
1. Guillaume IX, landgrave de Hesse Gassel (1743-1821), monté sur le trône le 81 octobre 1785, électeur sous le nom de Guillaume I" le 25 février 1803, chassé de ses Etats par l'Empereur en 1806, n'en reprit possession qu'en novembre 1813. Il ne fit qu'un court séjour à Vienne et en repartit le premier de tous les souverains dès le 25 octobre 1814.
2. Guillaume II succéda à son père en 1821, mais les conflits et le mécontentement général provoqué, surtout par l'influence de sa maîtresse, la comtesse de Reichenbach, l'obligèrent à octroyer une charte très libérale en janvier 1831, et à nommer peu après co-régent son fils, Frédéric-Guillaume qui dirigea seul les affaires jusqu'à sa mort survenue en 1847.
3.Thielmann (Jean-Adolphe, baron de) (1765-1824) lieutenant-général saxon, commandant de Torgau en 181?, refusa d'obéir à son roi lorsque celui-ci prit après Lutzen la résolution de rester fidèle à Napoléon, et passa dès ce moment dans les rangs des alliés. Chargé après la paix de Paris en 1815 du commandement du 8" corps d'armée prussien et des provinces prussiennes entre le Rhin «t le Weser, il mourut à Goblentz le 18 août 1824.
ne le sauvera pas, mais augmentera les embarras et le mauvais effet dans l'opinion. L'Autriche n'en désire pas moins le succès de ses projets, mais de graves considérations l'obligeront de leur (aux Prussiens) prêter la main. Il est de toute nécessité que l'amitié entre la Prusse et TAutriche soit conservée et cimentée à tout prix...
Vienne, 8 septembre.