G. Pièce
Siber a pris de suite les mesures qui lui ont paru les plus propres à surveiller ces expéditions. Il fait remarquer à Hager que le conseiller impérial Gœhausen a pensé qu'afin de surveiller utilement et de suivre cette correspondance à Francfort, il serait utile de s'aboucher et de s'entendre avec le directeur général des Postes, le baron von Vrints (i), actuellement présent à Vienne et tout dévoué à TAutriche. Il faudrait surtout faire surveiller à Francfort les maisons de banque et de commerce qui ont des sympathies pour la France et plus particulièrement la maison Cattoir, qui a des relations de commerce et des correspondances très suivies avec la Suisse.
Cette surveillance est d'autant plus indispensable que la correspondance du comte (Marquis) de la Tour de Pin est entourée du plus profond mystère et des plus grandes précautions. On surveillera en conséquence le comte Salmour (2) qui vient d'arriver et le duc de Dalberg (3). Mais comme pour le moment, tout se borne à l'échange de visites et qu'il règne encore le plus grand désordre en tout, cette surveillance n'a encore rien produit.
1. Von Vrints Berberich, Conseiller intime et d'Etat du prince de Taxis.
2. Chambellan du roi de Saxe. « Une des personnes que j'ai le plus connues à Dresde en 1816, lit-on dans les Souvenirs du Chevalier de Cussy, I, 358, est le comte de Salmour. Ce vieillard instruit, spirituel, aimable, quelque peu sarcastique... habita longtemps la France avant la Révolution et était, je crois, ministre de l'électeur de Saxe près de Louis XVI... »
Gabaléon de Salmour (Joseph-Chrétien-Antoinc-Pierrc-Jcan-Quentin comte), né à Turin le 22 février 1735, petit-iils d'un grand-maître de l'artillerie savoisienne, mort à Rome le 5 avril 1831, au service de la Saxe qu'il avait représentée comme Ministre à Paris sous le règne de Louis XVI, gouverneur de la Savoie de 1815 à 1830, neveu du lieutenant-général suisse de Besenval. (FiLix-Bouvisn. Bonaparte en Italie), 340, note 4.)
3. Dalberg (Emerik Joseph vC^olfgang Héribert baron, puis duc de) (1773- 1833) neveu du prince Primat, au service duquel il entra. Ministre de Bade à Paris en 1803, il s'y lia avec Talleyrand. Ministre des Affaires étrangères de Bade en 1809, il n'abandonna pas sa situation à Paris et se fît naturaliser français la même année. Créé duc par Napoléon et conseiller d'Ëtat avec dotation de 4 millions, il devint en 1814 membre du Gouvernement provisoire, puis pair de France et ministre d'Etat en 1815. Il était parent du comte Stadion.
« C'était un singulier personnage, moitié illuminé, moitié philosophe du XVIII* siècle, en relation avec tous les gens les plus éclairés et les plus compromis d'Europe. Indépendant à l'excès, il disait tout ce qui lui passait par la tète, ne ménageant personne, pas même Napoléon qu'il traitait de tyran et d'usurpateur (en mai 1807, à Varsovie) » (Comtesse Potocka, Mémoires^ 142- 193).