‹ Les dessous du Congrés de Vienne (volume 2)Chapitre 171 sur 816 · Vienne, 27 septembre 1814 (F. 1. 3972 ad · texte numérisé non relu

Vienne, 27 septembre 1814 (F. 1. 3972 ad

Rapport à HAGER

Dalberg et son oncle le prince-primat. La pension de ce dernier et la lettre de Mettemich à Gaulaincourt. Ses alliances, ses parentés à Vienne et en Italie. Sa situation personoelle, sa position par rapport à Talle3rrand. La valeur politique du baron PufTendorf. Les comtes Degenfeld et Sickingen.

Voici ce que Dalberg m'a dit : « On nous a calomniés, moi et mon oncle (le prince-primat) (1) et personne n*a agi plus loyalement et plus correctement que nous par rapport à l'Allemagne. Berlin a trahi et sacrifié TAUemagne moyennant la cession de Mayence et de la rive gauche du Rhin en échange de Venise qu'on laissait à rAutriche(2).Nous avons encore en mains ime lettre originale de la mi-mars de cette année dans laquelle Mettemich conjure Gaulaincourt de tout mettre en œuvre pour maintenir Napoléon sur son trône. Nous en ferons usage à Vienne et nous obtiendrons la pension qui est due au Primat (3). La Bavière nous l'a promis. »

Le duc de Dalberg, dont le père est le frère de la comtesse von der Leyen, mère de la comtesse Schœborn-Leyen (de Vienne), a par les Schoenborn-Leyen de Vienne, par les Schoenborn-Stadion, également de Vienne (dont la petite fille est M"* de Tascher à Paris), parle fief jadis immédiat d'Herrensheim près de Worms appartenant à la famille de Dalberg, par la seigneurie de Bliescastel (près de Trêves) sur la rive gauche du Rhin, appartenant aux comtes von der Leyen, par les créatures que le Primat a fourrées dans les bureaux de Tancienne chancellerie d'Empire et dans les couvents et chapitres qui jouissaient jadis de Timmédiateté, par les savants et les

1^ Dalberg (Charles prince de) (1744-1817). Entré dans les ordres, devenu en 1773 conseiller intime de l'électeur de Mayence, puis gouverneur d'Erfurt, coa^juteur de rarchevéque de Mayence auquel il succéda en 1802, nommé ensuite archi-chancelier de TEmpire, il dut se démettre de cette dignité en 1800 et fut en compensation nommé par Napoléon prince-primat de la Con- ' fédération du Rhin, prince souverain de Ratisbonne, grand duc de Fulde et de Hanau. Le prince-primat avait été nommé prince souverain d'ÂschafFenburg, Francfort et Wetzlar par l'Empereur au moment de la formation de la confédération du Rhin.

2. Il s'agit de la dépêche de Mettemich à Gaulaincourt du 18 mars 1814.

3. Le prince-primat obtint en effet une pension de 100.000 florins. (Cf. Acte final du Congrès.)

150 AUTOUR BU €0^'QltÈS DE YIEXXE

écrivains qui gravitent presque tous autour du primat, par les puissantes relations qu'il a à la cour de Berlin, avec le duc de Wurtemberg, avec Stein, avec toutes les Cours protestantes, par ses alliances avec les familles Elz, Pergen et même Metternich, une situation personnelle si particulièrement forte qu'il se flatte de pouvoir jouer tm grand rôle, d'exercer une influence considérable tant à la Cour de Vienne qu'au Congrès.. Si Ton se tourne du côté de Tltalie, on voit que Dalberg y a aussi, par la maison de Brignole et par Gênes, une situation il part. Dalberg est le premier espion, le premier agent de TaUeyrand, et c'est pour cela qu'on Ta gratifié du titre d'il mbassadeiir extraordinaire de France au Congrès de Vienne.

Dalberg m'a dit à moi-même : « TaUeyrand et moi, nous sommes collègues ; mais je suis le subordonné du prince qui, en sa qualité de ministre des Affaires étrangères, me donne des instructions par écrite et se prononce sur les rapports que je lui fais ou lui remets. »

J'ai cru utile et intéressant de vous exposer cette singulière situation de TaUeyrand et de Dalberg, telle qu'eUe m'a été décrite par ce dernier.

Dalberg a encore ajouté : « Nous attendons avec impatience Montgelas (l)^Nous n'aimons ni Humboldt, ni Metternich. Tout va bien pour l'Impératrice Marie-Louise au Congrès; mais on le doit uniquement à lord Castlereagh qui est un honune froid, raisonnant tranquillement, réfléchi, un homme tout à fait parfait. » C'efit ainsi que parla M. le duc de Dalberg.

Le comte Max Deg.eKiCeld, qui a été dans le temps Reichs- Hofrath à Vienne, dont la femme est née Teleki et qui a pour gendre le comte Sobns-Laaback, mari d'nne Degenféld, est arrivé avant4iier à Vienne et ne manque pas d'aller l'après-midi et le soir chez Puflendorf où se réunissent pour y préparer leur plans et leurs batteries tous les princes médiatisés ainsi que les mesdUres secondaires et inférieurs de Tancien Empii» aUemafyd et où l'on «oaspire contre les rois et souverains de la

1. Le comte de Montgelas ae tfiiiUa pae Munich et n'weivta à '»uoinie des séances du Congprès.

Mont«;ela8 (MaximiHen-Oermain, baron ^e) (179^1^58 }, oonaeiUer aulique de Bavièpe, 1799, mimstre îles Affaire* Etranges, puis des Finances M de l'Intérieur, 1806, fait comte en 1810, en opposition avec le roi dont il n'approuvait pas le projet de donner une Constitution à la Ba^-ière, il prit sa retraite en 1817, mais il n'en devint pas moins Viee-président des Chambres en 1831.

cû-devant Coofédération du Hhia, et contre les projets de la Prusse. Le comte Degeafeld est le bras droit et le porte-parole de Solms-Laubach. Toute cette coterie est aussi active que nombreuse. Elle a des espions dans toutes les cours, dans toutes les maisons.

C'est chez Puffeodorf qu'on a dit et qu'on répète : Que Talleyrand ne se gêne pas pour déclarer qu'il s'efforcera avant tout de semer la discorde entre la Russie, l'Autriche et la Prusse,

Le comte Sickingen (1) vient très fréquemment chez le baron Thugut, où l'on disait hier ; 1" que les rapports étaient très tendus et très aigus entre les souverains alliés, et que d'autre part les médiatisés étaient de plus en plus montés contre la Prusse et les souverains de l'ex-confédération du Rhin ; 2* qu'on se demandait quel était le but du Congrès, quels seraient les Etats qui auront le droit de vote, quel sera le Modus deliberandi et concludendi.

Tout est bien obscur et bien confus.

189. Saint-PÉtersbourg, 1% sapUmbrc 1814 (F. I. 3973 od SSflS).

WINTZINGERODE au ROI DE WURTËMBlîRG (intercepta en français).

Cause du Tiui bruiL <!« mi>bilisatio:i qu'on a tail courir à Sainl-Pitersbourg. Preuve» des întctitiond pacifiques d'Alcitndre. EpuisemcDl dca ressources du recrutement des cosaques.

Hier on a fait circuler le bruit que tous les généraux et officiers auraient reçu ordre de se rendre à leur poste. Cette nouvelle est entièrement fausse et ne peut avoir eu aucun autre fondement qu'un voyage de peu de jours que le général Wittgenstein se propose de faire à Mittau.

Si les dispositions pacifiques de l'Empereur Alexandre avaient Itesoio de preuves, on en trouverait de nouvelles dans l'engagement pris avec son peuple de ne point lever de recrues cette année et dans l'ordre donné à tous les Cosaques de rentrer dans leurs foyers où ils sont déjà en grande partie arrivéi. On m'assure qu'ils ont beaucoup perdu et ne pourront de longtemps renouveler l'effort qu'ils viennent de faire. Leurs peo-

1. Cbambollau, umi iiiLimc el conlUeu; de l'Empereur Françoii.

plades spnt moins nombreuses qu'on ne le croit et les derniers renforts qu'elles envoyèrent pendant la dernière guerre n'étaient composés que des pères de ceux qui y étaient déjà.

Rapport à HAGER

Sa connaissance avec Anstett. Ses sentiments autrefois et aujourd'hui. La question de Polog^ne. Le cercle de TarnopoL Son antipathie pour les Russes et la Russie. Ses rapports avec Alexandre Son jugement sur Nesselrode. Les sentiments et les déceptions d' Anstett. Comment on pourrait en tirer parti.

Nous avons souvent de longues conversations confidentielles et intimes sur la situation politique. J'avais naguère trouvé dans Anstett un ennemi déclaré de Napoléon et un chaud partisan et ami de la Maison d'Autriche. Il me fit lire plus d'une fois les rapports qu'il rédigeait dans ce sens et le revirement apparent de la politique russe ainsi que l'entrevue d'Erfurt le plongèrent dans un profond chagrin. Depuis le moment où il partit de Vienne en 1809 à Tapproche des Français, je ne le revis plus qu'au mois de juillet de cette année, lorsque, lors de mon retour d'Angleterre, il me fit plusieurs visites. Je ne tardai pas à remarquer qu'il avait complètement changé d'idées et d'opinions. Il me dit qu'il se rendait à Kock (1), pour y voir sa femme et s'acquitter d'une mission de son Empereur à Varsovie. Il ne me cacha pas que le rétablissement du royaume de Pologne sous la domination de la Russie ne faisait plus l'ombre d'un doute. € Ce sera là, me dit-il, la première proposition que nous ferons au Congrès. Si, de votre côté, on refuse de l'accepter, nous ferons nos paquets et le Congrès aura vécu. »

Depuis son i*etour à Vienne, je le vois plusieurs fois tous les jours. II me témoigne beaucoup de confiance et me parle volontiers de ses affaires. Pour ce qui est de la Pologne, il me donna à entendre que son Empereur n'avait en rien modifié ses idées. II n'avait pas été à Varsovie, uniquement parce qu'on avait pris le parti d'endormir notre Cour et de lui don-

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