‹ Les dessous du Congrés de Vienne (volume 2)Chapitre 172 sur 816 · Propriété appartenant à Anstett · texte numérisé non relu

Propriété appartenant à Anstett

ner le change. En revanche, il avait été à Pulawy (l),ce qu'il savait déjà lors de son passage ici, mais dont il ne parla pas, afin d'éviter de provoquer ici des inquiétudes prématurées. Il ne me dissimula pas les velléités belliqueuses de son Empereur tout disposé à partir de suite en guerre et la peine qu'on avait eu à le retenir. Hier encore, il me disait combien il déplorait le rétablissement projeté de la Pologne sous le sceptre russe et reconnut l'impossibilité pour notre Cour de tolérer un voisinage aussi dangereux. « Que voulez-vous, ajouta-t-il, nous vous tenons déjà par la gorge, grâce à la prise de possession du cercle de Tarnopol. »

€ C'est précisément pour cette raison, répondis-je, que la Russie devrait nous restituer ce territoire que Napoléon nous a arraché par la violence et dont nous avons absolument besoin. »

— « En aucun cas, répliqua-t-il, et quoi qu'il arrive, nous ne vous en rendrons jamais le plus petit village. La possession de ce territoire est trop importante pour nous. De là, nous pouvons être en dix-huit heures à Lemberg. »

Nous parlâmes ensuite de la possibilité d'une invasion russe, et il affirma à ce propos à ma femme qui assistait à notre entretien que les troupes russes se conduiraient incomparablement mieux que les Français. Tel est le langage hostile qu'il ne cesse de tenir en me parlant avec la plus grande confiance et dans la plus stricte intimité.

Pour ce qui est de ses sentiments personnels, il ne fait pas un mystère de son antipathie pour la JRussie et le peuple russe. Pour rien au monde, il ne voudrait vivre en Russie. Il m'a avoué que, tant que la guerre a duré et tant que l'Empereur a été dans l'embarras et aux prises avec de sérieuses difficultés, il avait joui d'une faveur toute particulière, mais que depuis que tout marche mieux, on était singulièrement moins chaud envers lui. L'Empereur, malgré cela, continuait à lui donner des ordres directs, des instructions confidentielles et des témoignages assez fréquents de sa confiance et de son amitié. Il a été, me dit-il encore, très flatté de voir dimanche dernier, Alexandre, lorsqu'il passa par ses antichambres, venir droit à lui et lui parler à lui le premier. Il me raconta que l'Empereur s'était arrêté pendant plusieurs heures, chez lui,

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