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Nota à HAGER (Rapport en français).
Jugement du g^rifral Schostcr sur Alexandre el le roi de Prusse. Coûtes des sentiments du roi pour l'empereur. L'esprit public en Prusse et ses fcriers contre In liiiasie. Jugements sur Alesaiiiire 1". Dangers résultant de ion caractèi-e. Son entourage. Origine de se» projets sur la Polob'ne. Ce qu'il fera. Causes de son aveuglement. Le gAairal Orurk. La garnison de Vienne, Scliwanenberg et Molternich.
Le général Scliœler, ministre de Prusse à la cour de Russie, est arrivé de Saint-Pétersboui^ il y a trois jours. Cet officier est placé auprès de l'Empereur depuis la guerre de 1800 en qualité d'aide de camp du Roi. Il était chargé de communications directes qui ne passaient par aucun des deux ministères. Pendant la guerre de 1812, il resta en Russie comme particulier. Ses relations se tinrent sous main. En 1813 et 1814, il fut de nouveau placé près de l'Empereur comme militaire et à la paix comme ministre. Il a un jugement froid et des notions très justes sur la situation des affaires et la manière de penser de l'Empereur.
Après lui avoir laissé le temps de se mettre au courant, j'ai été le voir hier. Voici à peu près le résumé de notre conversation.
« Le roi de Prusse, me dit-il, sans étreun homme de beaucoup d'esprit a un sens droit. Il n'est rien moins que l'admirateur constant do tout ce que fait l'empereur Alexandre. 11 n'y a pas même hien longtemps que son opioioD sur sa conduite ne lui était nullement favorable ; mais il se croit lié à lui par la reconnaissance. Il croit avoir la conviction qu'il doit le rang qu'il
a repris entre les souverains uniquement à Tempereur, et sans calculer que, s'il ne s'était pas joint à lui, le théâtre de la guerre de 1813 eût été le Duché de Varsovie et la position de la Russie bien précaire, il ne laisse passer aucune occasion de dire et de témoigner à son ami la reconnaissance qu'il croit lui devoir, et Tempereur ne profite que trop bien d'une amitié qui, de sa part, n'est point désintéressée.
Quant à l'esprit de la nation, il est comme celui de toute r Allemagne contre la Russie. Il règne même en Prusse une haine fortement prononcée et très motivée malgré tous les cordons dont il nous a décorés. La conduite du Gouvernement russe a été telle que l'aurait pu être celle de Napoléon. Qui ne sait pas que la Prusse avait mis la plus grande partie de ses capitaux dans sa part de Pologne /... Aucun des avantages promis par la dernière alliance, aucune des prétentions si justes n'a été reconnue ; la Prusse en est sur cet article au même point qu'en 1810. Pas même la caisse des veuves des officiers, objet qui serait sacré pour tout autre gouvernement, que le roi de Saxe par un sentiment de justice avait cherché à arranger à Paris et que Napoléon avait refusé par haine pour le militaire prussien, n'a fait exception. Aucune réclamation, ni du Gouvernement, ni des particuliers, n'a reçu la moindre réponse, et cela, dans le temps même où l'armée prussienne méritait l'estime de l'Europe, où toute la nation rivalisait d'enthousiasme et de sacrifices. Le retour des troupes russes a été un nouveau fléau. Ils ont épuisé jusqu'au dernier sou les provinces où ils ont passé ; les prétentions les plus exorbitantes, la plus grande arrogance les a (sic) accompagnés partout. Ils ont traité la Prusse orientale comme un pays conquis qu'ils étaient assez généreux de ne pas garder.
Quant à l'Empereur Alexandre, je le regarde comme plus dangereux qu'on ne le pense. Depuis cinq ans, à une époque où l'opinion de sa faiblesse existait encore généralement, il ne s'est entouré que de gens dont la médiocrité est reconnue et lui laissait une marche entièrement libre. Ses projets actuels sur la Pologne ne sont pas une suite de circonstances. C'est une idée nourrie par lui, un but vers lequel tendent toutes ses démarches depuis deux ans. La première proclamation, lors de l'alliance avec la Prusse, contient la promesse de rendre à la monarchie prussienne tout le lustre et la puissance dont elle jouissait sous Frédéric II. Pendant le temps de la guerre.
LES PRÉLDftNAlRES ET LES AJOURNEMENTS DU CONGRÈS 173
toutes les questions sur cet objet ont été écartées par la déclaration que tout s'arrangerait à 1 amiable. A Paris^ sous prétexte de laisser jouir la France des bienfaits de la paix et d'un gouyernement légitime^les troupes russes quittent le pays à marche forcée et vont se placer sur les frontières de la Pologne dans le temps que toute Tarmée prussienne reste pour occuper les pays conquis au delà du Rhin et que l'Autriche est forcée d'occuper ritalie avec des forces considérables.
€ La résolution de rétablir le royaume de Pologne n'est qu'un bâton qu'il nous jette dans les jambes pour obtenir plus facilement la part qu'il en veut. Il connaît et craint trop les suites que cela aurait en Russie pour j penser sérieusement. Mais je suis persuadé que s'il trouve une résistance trop forte contre ses desseins, si on lui montre la volonté de s'y opposer par la force, il cherchera à vous prévenir et il y est tout préparé. L'armée russe est placée en échelons depuis Cracovie qu^occupe le général Yermoloif avec l'avant-garde jusqu'à Kovno où se trouve le corps du comte Wittgenstein. Les Russes parlent de 700.000 hommes sous les armes ; mais ils en ont sûrement 300.000. La garde est à Pétersbourg et ses bataillons sont de mille hommes. Les milices n'ont pas été licenciées, ce qui a causé du mécontentement et prouve assez que les hommes manquent. Du reste, la noblesse est humiliée d'avoir vu les armées russes sous des chefs autrichiens et voudraient avec plaisir effacer cette humiliation. La formation de Tarmée polonaise avance lentement. Outte la pénurie d'argent, le Tiers-État et le peuple n'y prennent aucun intérêt. Les nobles qui espèrent beaucoup du nouvel ordre des choses recrutent et ont placé leurs bannières ; mais personne veut s'enrôler. Dans la partie qu'on nous rendra probablement, je suppose jusqu'à la Wartha, ce qui avait été rassemblé, s*est de nouveau débandé. »
Lui ayant demandé quelle impression faisaient sur l'Empereur, qui était il y a im an Tidole de l'Europe, l'opposition et le mécontentement général qu'il trouvait maintenant contre ses projets, le général répondit que « le mal venait de ce que l'encens et Tadmiration qu'on lui avait prodigués l'avaient tellement fasciné qu'il ne voyait pas encore ce mécontentement, que tout ce qui l'entourait le retenait dans cette illusion, les Polonais, pour l'espoir de voir réussir leur régénération, Stein et La Harpe pour des motifs personnels. »
Le comte Orurk^ lieutenant-général msse, est ici avec l'empereur. Il n'a jamais été employé auparavant auprès de sa personne. Il commandait une division de cavalerie en Pologne, lorsque l'Empereur^ à son passage, lui ordonna de le suivre. Cet officier a joué un grand rôle dans les relations de la Russie avec la Serbie. Il serait possible que son séjour ici ne soit pas sans motif sous ce rapport.
La tenue de la garnison a fait une très bonne impression sur les étrangers, surtout sur les Russes. Ils ont été aussi très étonnés de l'accueil si distingué que l'Empereur fait au prince de Schwarzenberg, mais n'ont d'abord, selon leur manière trouvé aucune raison. Ils assurent maintenant que la mésintelligence s'est mise entre Schwarzenberg et Metlernich et que l'Empereur, pour Tentretenir, traite l'un avec tant de distinction et est très froid avec l'autre.