Vienne, 2 octobre 1814 (F. 1. 4059 ad
Nota à HAGER (en français).
Visite d'Alexandre à la princesse Bagration (2). Alexandre reste pendant trois heures seul avec la princesse Bagration. Confidences qu'il lui fait. L'accord entre lui et la cour de Vienne est loin d'être parfait. La rivalité entre la princesse et la duchesse de Sagan. Leurs salons et leur influence sur la politique La correspondance de Metternich avec la princesse Ba^ation. Joie des ennemis de Metternich.
Tout le monde ne parle que de cela. Il est sûr qu'Alexandre avait fait dire à la Princesse Bagration qu'il se rendrait chez elle avant le Cercle (2), à 6 heures. Il lui envoya le général Ouvaroff la prévenir qu'il n'avait pu se débarrasser et qu'il y viendrait après le Cercle et qu'elle lui fit trouver du thé et personne.
En effet, à 9 h. 1/2, il y vint. 11 passa dans le cabinet de toilette et resta tout seul avec elle trois heures.
Ce matin à 10 heures M. Fontbrune (3) fut au lit de la Princesse pour savoir tout le sujet de la conférence. Mais la princesse avait été prévenue de ne pas se fier à Fonthrune, et il eut beau cajoler, il n'en tira rien. Elle garda le secret avec tout le monde ; mais il paraît cependant qu'elle n'a pas bonne idée de l'accord qu'on supposait parfait entre Alexandre et notre Cour.
1. Cf. Lrgestrb. Lettrée Inédites de Napoléon. Paris, 2b nov. 181S, n* 1109. Au prince Eugèn?, t. II. p. 300. « Vous recevrez un paquet contenant un million de papier de Vienne; faites-en l'usa^çe convenable. »
2. Cette visite eut lieu le vendredi 30 septembre, puisque le 29 septembre au soir, il y cul chez la princesse un grand souper auquel assistèrent entre autres le duc de Weimar, le prince Radziwill et tous les aides de camp d'Alexandre ainsi que Gentz. (Cf. Gbntz, Taffebûcher, t. I, page 312.)
3. Quoique logé chez la duchesse de Sagan, Fontbrune, dit le Voyageur, servait d'homme d'alTairesct d'intermédiaire à la princesse. (Cf. Ahnbxb XIII, une note curieuse de police {Archives Nationales, F. 7) sans date, mais présumée de l'an Vil sur ce personnage.)
J'en saurai peut-être davantage sous peu, mais^ pour le moment, la princesse est dans la joie de son cœur pour le triomphe qu'elle a remporté sur la souveraine de Ratiborsitz (1) et sa rivale heureuse vis-à-vis du prince ministre (Metternich) (2), ayant reçu la première une telle distinction par l'Empereur Alexandre. Ces deux bruyantes étrangères, rivales de goût et d'ambition, se trouvent par un curieux et fatal hasard logées dans le même hôtel (3) qui, à la honte de notre noblesse, est le seul ouvert aux illustres étrangers présents à Vienne.
Il me paraît très vraisemblable, que, vu la préférence du moment que Metternich a donnée à la Sagan et les fréquentes visites qu y fait Talleyrand, on établira le parti autrichien chez celle-ci et le parti russe chez la Bagration, de manière qu'à la droite siégera le parti ministériel et à la gauche l'Opposition.
Ce n'est pas la première fois que les intrigues de femmes ont influé sur la politique des Etats et des plus grands Etats. Voilà les hommes 1
J*espère cependant que la Providence nous aidera jusqu'à la fin, et si jamais (ce que je n'ai aucune raison de croire), la vengeance avait suggéré de mauvais projets à la princesse Bagration dans sa longue conversation, qui n'a pas roulé tout entière sur des niaiseries de jeunesse, j'espère qu'elles n'auront aucune influence sinistre sur les affaires.
Je me console que, si elle a même montré à son Empereur toute sa correspondance avec Metternichj il n'y a que des éloges pour lui et jamais une idée d'agrandissement de notre côté, mais toujours de justice et de libéralité (4).
Les ennemis de Metternich sont aux anges de cet événement. Ils sont tous à présent pour V Andromède russe et contre la Cléopâtre de Courlande, dont l'ascendant a plus de morgue et moins d'abandon et de prodigalité que celui de l'autre. Ils espèrent que l'empereur Alexandre ira souvent chez la leur et