Vienne, 3 octobre 1811 (F. 1. 4087 ad
SIBER à HAGEll
Rapport sur les souverains. Le bal de la princesse Bagration. Le souper. Les visites d'Alexandre.
L'Empereur Alexandre, accompagné par un seul laquais, est allé, numéro 51, Schenkenstrasse où habitent dans la même maison la duchesse de Sagan et la princesse Bagration. Il n'est rentré qu'à minuit. Il paraît que cela lui arrive souvent.
L'Empereur est très content de son séjour à Vienne. Il dit qu*il n'a jamais été plus satisfait que depuis qu'il est ici. Cela le change un peu de ses Russes. Dans tous les pays qu'il a traversés au cours de la campagne, il n'a vu que de la misère et des mécontents. En Angleterre, il a trouvé trop de raideur. L'Autriche possède les éléments et les caractères qui procurent et engendrent la gaieté et le plaisir, parce qu'on sait y rester dans la vraie note et dans le juste milieu.
Deux cents personnes ont assisté au bal donné par la princesse Bagration le 1*' octobre ; le roi de Prusse est arrivé à dix heures ; TEmpereur de Russie à dix heures et demie. A minuit, on a servi le souper L'Empereur de Russie avait à sa droite la princesse Esterhazy, à sa gauche, la princesse Bagration ; le roi de Prusse, à sa droite la princesse Liechtenstein et à sa gauche la princesse CoUoredo. Il est parti peu de temps après, tandis que TEmpereur Alexandre est resté au bal jusqu'à quatre heures du matin.
Il est absolument certain qu'Alexandre est venu voir la
LES PHÉLIVlNAIRes ET LE9 AJOURNEMENTS DU CONGRES 201
princesse Bagration presque aussitôt après son arrivée et qu'il est revenu chez elle le 28 au soir.
Vienne, 4 octobre IH11(K. 1. IDHT ad 3SaS). © ® à HAGER (on iraoçaiB).
Les deux miUioDs que Brignole doit employer pour eu faire cadeau à Metternich sont arrivés. DâSinoQt(?) me dit d'Aldirt qu'il ne respire que l'indépendance et que, pendant qu'il nous dit les plus belles choses sur le compte de l'Autriche, il ne parle que du désir d'indépendance de la nation italienne. Il croit le priuce Eugène sans soutiens.
Guicciardi, député de la Valteline, est, selon lui, un homme piirfait sur lequel la Cour cl vous vous pouvez compter.
11 croit l'Angleterre toute dévouée à l'Autriche et prête à la soutenir en Italie et en Allemagne. Pour Murât, il est persuadé qu'il vise absolument au royaume d'Italie et croit que l'Angleterre lui fera bientôt la guerre et que tout cela se prépare, vuque Muratne paraît pas intentionné à entendre rai so
*4a. Vicuno, 3ooli>l)rû Isl I (l'. 1, iONl ad 3i6S).
Nota à tlAGl£R (en français).
Salîsracli.m caiisio dans certains milieux pqr l'altitude do Talleyrand et de Labi-adur, ii>ra do la conférence du 3U septembre. Le Nonce et la durée ilu (Jougri-5. Le cardinal Consalvi.
Ferez de Castro a longuement insisté Bur la satisfaction assez générale qu'on a éprouvée lorsqu'on a su que Talley-
1. Guicciarili (l>icgo, comte) (1T36~IN37|. né dans la Valteline, seconda en 1TX9 la réunion de ce pays A la Cisalpine. Consulteur sous la République cisalpine. Tait Bucueasivcmenl par Napoléon conseiller d'Ltat, comte et di' recteur Kéuéi-ul de la police du ro/aume d'Ilalie (IB0S<1B<19\ puis sénateur. Trop liédc e\. trtip modéré bu goùl de l'Empereur qui l'envoya au Sénat du royaumi'. il fui l'un des premiers A Iraraitlcr on 18Mon faveur de l'Autriche, ou tout nu moins eu faveur d'un royaume ayant A aa télé un prince autr.cliicii et devint un peu plus lard vice -pré aident du gouverueracal de la Lombardio.
i02 AUTOUm ou OOXGAÈS ME VIE»5B
land et Labrador ayaient remis Meltemich à sa place (i).
D m'a déclaré que les Espagnols s^enorgueillissent d'avoir dompté la cabale séditieuse et honteuse qu'on avait formée d'exclure les plénipotentiaires français et espagnols du Grand Sanhédrin où on prépare la matière qui doit être soumise à la discussion du Congrès et où enfin on décidç du destin de rUnivers. € M. de Labrador et M. de Tallejrand, m'a-t-il dit, ont coupé le nœud gordien. Le prince de Mettemich a voulu jouer le rôle d'un Mazarin, d'un Richelieu. Nous l'avons détrompé, et certes M. de Labrador, sans rien 6ter au prince de Talleyrand, a la principale gloire dans ce triomphe. »
J'ai vu le Nonce qui croit que le Congrès ne sera pas d'aussi courte durée que le pensait Metternicb à cause des tendances diverses des Ministres des Puissances. Le Nonce a insisté sur le rôle joué par le cardinal Consalvi et sur la grande place qu'il a déjà su se faire auprès des souverains.
ANSTETT au GÉNÉRAL JOMINI.
Intercepta sans date pris chez Anstett le 3 octobre 1814.
Je viens de prendre copie de la lettre ci-dessous d' Anstett au Général Jomini.
« Je restitue à Votre Excellence la quintessence du traité de Paris. Ce petit commentaire philosophico-véridico-politique est fait à merveille. L'appétit vient en mangeant. Vous m'avez promis un petit tableau dont je ne saurais vous tenir quitte. Je voudrais à mon tour avoir quelque chose d'intéressant à vous offrir, mais ma plume chaume (5tr) et ma table est vide. >►
1. Cf. Talleyrand au roi (dépêche n« 3), Vienne, 4 octobre 1814. (Pallain. Corretpondànce inédite^ p. 15-19.)
LES PRÉLIMINAIRES ET LES AJOURNEMENTS DU CONGRÈS 203 251. (F. 1. 4087 ad 3565).
GÉNÉRAL BARON JOMIM
Le dernier traité de Paris mis à la portée de tout le monde.
Les Hautes Puissances Alliées, qui n'ont fait la guerre à la France que pour son bonheur et pour lui procurer les bienfaits d'une paix solide et glorieuse, voulant prouver leur désintéressement à Sa Majesté Louis XVIII et traiter avec Elle plus favorablement qu'elles ne l'ont jamais fait avec Bonaparte, ont résolu le traité suivant :
!• Il y aura alliance éternelle entre la France et les puissances alliées, — sauf le cas où une guerre deviendrait nécessaire pour le bonheur et la commodité de Tune d'elles.
2* L'Empire de France conserve le titre de Royaume.
3^ En conséquence de la déclaration de Francfort, du 7 janvier, portant qu'une grande nation ne doit pas déchoir, les puissances alliées, jalouses de donner aux armées françaises une haute marque de leur estime, ne reprennent que les conquêtes faites depuis 1792.
4* La Belgique est remise à la Hollande pour récompenser le Prince d'Orange de la part qu'il a prise à la guerre et des sacrifices qu'il a faits pour recouvrer ses Etats.
5* En échange de la Belgique et conformément à la déclaration de Francfort, qui porte que la France sera plus grande que sous aucun de ses rois, S. M. Louis XVIII acquiert la préfecture d'Annecy dont la propriété lui est irrévocablement affectée jusqu'à nouvel ordre.
6* On ne rendra pas au roi les millions de dépenses affectés au port d'Anvers, mais il sera comblé de bénédictions et en considération de ce sacrifice, le roi de Sardaigne ne demandera à Sa Majesté aucune contribution de guerre.
7* Le roi de Sardaigne conserve à perpétuité ses titres de roi de Chypre et de Jérusalem et il pourra au besoin y joindre celui de marquis de l'Empire Ottoman.
8** Le Pape recouvre les Etats Romains. U abolit TEtat civil et ordonne à tous ses sujets nés depuis 1802 d'en faire la déclaration par devant l'autorité ecclésiastique.
9' L'Angleterre rend à la France toutes ses colonies, excepté Tabago, Sainte-Lucie, les Séchelles, l'île de France, etc., etc.
204 AUTOUR DU CONGRÈS DE VICNNc:
Quant aux autres, les Français seront tenus d'en faire la .conque te.
10* L'Angleterre donne la Norvège à la Suède et la Suède cède l?[Guadeloupe à la France. Sa Majesté Britannique abandonne tous ses^légitimes droits sur la Norvège et la Guadeloupe,
H* L'Angleterre consent à garder la flotte d* Anvers sous la condition expresse d'entretenir sur le Continent une armée de terre aux frais de la Hollande.
li" La Marine royale de France sera composée de 13 vaisseaux, 8 frégates, 3 corvettes, 5 avisos, dont la moitié seulement pourra être armée en guerre. Quant aux ofticiers de marine, le roi sera libre d'en porter le nombre à telle quantité qu'il jugera à propos.
13* S. M. rimpératrice et reine Marie-Louise sera élevée à la dignité de duchesse de Parme et de Plaisance par les soins de son Auguste Père François, empereur d'Autriche.
14° En conséquence de sa conduite noble, loyale et franche, le prince Eugène-Napoléon cessera d'être Vice-roi d'Italie et le trône de Naples restera occupé par le roi Joachim Napoléon, Tun des souverains les plus fidèles à Bonaparte, au Pape, à la France et aux Puissances alliées.
13" L'Angleterre consent à ce que la navigation française soil libre sur la Marne, la Saône, la Dordogne, l'Isère et une parlie de la Gironde. Les manufactures et le commerce reprendront leur état. Les négociants français seront libres de ne vendre que des marchandises anglaises.
16' Les troupes alliées sortiront de France le plus tôt possible en ayant soin de ne pas passer par les pays qu'elles ont parcourus — sous peine de mourir de faim.
17* Les traités antérieurs ainsi que les milliards dépensés pour les fortifications de Dantzig, Francfort, Mayence, Cassel, Mons, Luxembourg, Anvers, etc., etc..,, et le sang de cinq millions de Français versés pour la gloire et l'honneur de la France sont déclarés non avenus.
18' En attendant l'exécution du présent traité et pour prouver l'union qui existe entre toutes les Puissances européennes, il sera chanté un Te Deiim dans toutes les langues, a la suite duquel il sera donné des instructions pour fortifier les places et recruter les armées.