‹ Les dessous du Congrés de Vienne (volume 2)Chapitre 226 sur 816 · Vienne, 3 octobre 1S14 (F. 1. 4Dfi'7 ad 35eS · texte numérisé non relu

Vienne, 3 octobre 1S14 (F. 1. 4Dfi'7 ad 35eS

Nota ù HAGKH (en français).

Sur la visite fnilc par Alexandre à le princesse Bagralion. Confluences qu'il lui n arraclifes sur sa liaison et an rupture avec Metleniicli. Tenlativea faites pour Taire tomber Alexandre dans les lllcta de la duchesse de Sagan . Upinion d'Alexandre aur certains généraux et hommes d'Etat autrichiens. Il csl décidé i garder la Pologne , Son attitude au bal de lu priuccsse Itagration. Le prince Eugène et l'archiduchesse Béatrice.

La princesse Bagration n'a pas pu s'empêcher de confier ce qui suit à une personne qui jouit de toute sa confiance (1). Reste k savoir si tout est vrai ce qu'elle lui a dit, mais comme différentes choses sont assez dans le caractère d'Alexandre, et connues d'ailleurs pour telles qu'elle les a dites, j'ai grande disposition à croire qu'elle ne les a pas forgées à son confident de qui je les tiens.

Parlant du prince de Metlernich, Alexandre a voulu eonnaitre l'histoire de sa liaison avec la princesse et comment la chose s'était refroidie et à présent il avait l'air d'être tout dévoué h la duchesse de Sagan.

Là-dessus Alexandre a dit à la princesse : « Metternich ne vous a jamais aimée ni vous, ni la Sagan. C'est un homme froid, croyez-le. Il n'aime ni l'une ni l'autre. C'est un être îi sang-froid. \e le voyG7.-v<iui pa's, avec cette ligure de plâtre il n'aime personne. »

Parlant de la Sagan, l'Empereur a dit qu'on avait fait tout le possihle pour lu lui faire agréer. « On me l'a même placée tète à tête dans la même voiture (N.-B. Le fait est irai et connu), mais ils n'ont pas réussi. J'aime les sens, mais il me faut aussi l'esprit. »

Il a passé ensuite en revue certains généraux. Il a dit de Schwarzonberg qu'il l'aimait beaucoup, que c'est un bon mi itairc (|u'il avait une qualité unique, c'est que « dans une alTaire il ne pense qu'à la chose et s'oublie lui-même et il fait cela toujours ». 11 a loué ensuite Bianchi (2) qui a du talent et est un officier distingué, puis Jéritme CoUoredo (3) pour sa bravoure

t. D'a|>r6s les conlldences faites par la princesse A une personne de son entourage, pruhablemcnt A la comtesse Aurore de MarassA.

3. Le futur commandant eu chef de l'armée autrichienne contre Murât qu'il battit A Tolentino.

3. Né eu 1775. mort en IRll, JfrAme Colloredo, deuxième flls du minisire

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et sa franchise^ et Louis Liechtenstein (1) aussi. Celui auquel après Schwarzenberg il a montré le plus d'estime est Stadion (i). « Mon bon Stadion, je Tai revu avec bien du plaisir. Je Taime tant, il est si bon, si franc, si loyal. »

En parlant de politique il a dit : « La Pologne est à nous. Elle doit nous rester. Je nV renoncerai jamais. Je Toccupe avec 200.000 hommes. On verra qui me chassera. »

On a remarqué qu'au bal d'avant-hier chez la princesse, il Ta distinguée, elle plus que tout autre, et après elle la Sophie Zichy. Il a dansé la deuxième danse avec la duchesse de Sagan qu'il a ensuite négligée toute la soirée. Du reste il a été très poli avec tout le monde, gai, aimable, content. Il a eu une conférence d'un quart d'heure avec Hardenberg et, comme il faut crier avec lui, il s'est retiré pour parler avec lui dans la chambre de la princesse. On a remarqué qu'il n'a pas même fait attention à Czartoryski et très peu à Metternich.

On raconte que le prince Eugène a fait visite à l'archiduchesse Béatrice (3) et ayant eu l'arrogance de lui parler de Milan, elle, en réponse, n'a parlé que du roi de Bavière.

Au cercle il aborda le prince Khevenhûller en lui disant : « Comment vous va, Prince ? » L'autre lui répondit : « Comment se porte Votre Excellence. » Ce dialogue n'alla pas plus loin.

Les Viennois souffrent de revoir ici ce drôle que les Milanais estiment comme militaire, mais que tout le monde méprise et déteste pour son hypocrisie, sa morale, ses mœurs et surtout sa fourberie. Il faut entendre là-dessus les Italiens et Texsénateur Guicciardi et l'ex-Podestat de Venise Rénier (4) et tous ceux qui ont eu affaire à lui. En général, les Italiens préféraient Napoléon à Eugène parce qu'ils disaient : « Napoléon est fier, cruel, vindicatif, mais il ne se cache pas, et l'autre est faux, traitre, fourbe et n'a jamais fait la fortune de personne. >

de Léopold, il avait pris une part des plus brillantes à la bataille de Kulm. Il était de plus un adversaire déclaré de Metternich. Promu feldzeugmeister en 1814, il était à ce moment commandant général en Bohême.

1. Liechtenstein (Louis, prince), feld-maréchal lieutenant, commandeur de l'ordre militaire de Marie-Thérèse.

2. Peut-être aussi parce qu'il était un ennemi avéré de Metternich.

3. Veuve de l'archiduc Ferdinand, ancien gouverneur de Milan et mère de l'Impératrice d'Autriche.

4. Renier (Daniel), Podestat de Venise depuis 1807, fut un des patriciens qui se prononcèrent le plus hautement pour la réforme politique en 1797.

LES PRÉLIMINAIRES ET LES AJOURNEMENTS DU CONGRÈS 207 253. Vienne, 28 octobre 1814 (F. 1. 4087 ad 3565).

Nota à HAGER (en français.

Les souverains étrangers et l'opinion publigae, et leur séjour à Vienne.

Tous les Autrichiens sont enchantés du rôle digniteux(sic) et ma^ilique que joue notre Cour en cette occasion à jamais mémorable et sans exemple. On est surpris et charmé de la magnificence impériale et qui a un air si solide. On dit ouver. tement que notre Cour n'est plus à reconnaître. L'élégance des équipages, le bon goût, le bon ton de ses gens, etc., etc.. tout a une physionomie si différente de Tancienne qu'on serait tenté de crier au miracle, car tout ceci s*est fait tout d'un coup. Mais ce qui flatte davantage Tamour-propre national, c'est de voir comment les souverains étrangers se conduisent tous envers notre empereur qu'ils ont tous l'air de regarder comme le premier d'entre eux et qui, de son côté, montre tant de bonhomie et de véritable grandeur, sans orgueil et avec ce ton paternel qui lui gagne tous les cœurs, même des étrangers, desquels j'ai entendu moi-même ses éloges, surtout des Italiens et des Allemands.

Celui qui plait davantage décidément parmi les princes étrangers, c'est le roi de Prusse. Son maintien sage et modeste avec dignité, son air militaire et jusqu'à son corps et sa figure ont obtenu la préférence, m^me auprès des dames, à ce roi sur Alexandre.

On trouve à celui-ci tour à tour un ton affecté, mêlé de russe et de français, et personne ne se fie à ses extrêmes politesses de commande. Il passe pour grec, léger, inconstant, et en même temps boutonné, altier, mais surtout plus loin de nous que n'était un Prussien au temps de Frédéric le Grand. Bref, il ne plaît pas et on ne s'y fie pas.

On dit encore du bien du roi de Danemark, et on est enchanté de voir ici le roi de Bavière qui plaît par ses manières ouvertes.

Tout le monde préfère l'impératrice de Russie, qui a un air si aimable et si bon, aux deux grandes duchesses, dont celle d'Oldenbourg passe pour une intrigante de première espèce et fausse au dernier point dans le temps qu'on lui reconnaît beaucoup d'esprit et d'érudition politique et grande envie

de plaire et de faire effet. Le bruit de son mariage avec Tarchiduc Charles commence à se refroidir. Les Italiens en étaient enchantés ; je veux dire les Milanais, dans Tespoir que l'archiduc serait gouverneur du Royaume de Lombardie et tiendrait avec elle une Cour brillante à Milan, de quoi ce grand et beau pays ne peut pas se passer.

Du roi de Wurtemberg, personne n'en parle. Il y a une forte cabale contre lui en Allemagne. Les savants, les philosophes, les Constitutionnistes (sic) jettent les hauts cris sur son despotisme et sa fierté. Cette aversion s'est propagée jusqu'à Vienne. Le Prince héréditaire, qu'on dit chef du parti contre le gouvernement actuel de son père, platt généralement à tout le monde, de même que celui de Bavière qui passe pour autrichien dans Tâme.

On parle peu ou rien des autres princes des maisons souveraines. Les grandes têtes couronnées absorbent toute Tatt*» "»tion et la curiosité du public.

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