Vienne, 9 octobre 1814 (F. 2. 4188 ad
Rapport à HAGER (en français).
L'attitude de la légation de France. Deux mots dits, l'un par Castlereagh, l'autre par Talleyrand. Les Pajs-Bas, les places du Rhin et Mayence. Concentration et renforcement de l'armée française. L'Angleterre et la Belgique. Tension des rapports entre la Bavière et le Wurtemberg. Altercation entre les deux princes royaux.
La Légation de France est décidée à prendre au Congrès une attitude des plus énergiques. Elle a préparé trois notes qu'elle remettra à la première séance du Congrès. Dans Tune, la France proteste contre la réunion des Pays-Bas à la Hollande, dans la seconde elle expose ses vues sur la Constitution de r Allemagne, dont le Sud serait placé sous la protection de l'Autriche et le Nord sous celle de la Prusse. La troisième note a trait à la Pologne.
On colporte dans Vienne le mot de lord Castlereagh qui aurait dit : « Qu'on n'a pas réuni un Congrès pour provoquer une nouvelle guerre », et la réponse faite par Talleyrand à une dame qui lui avait dit : « Vous êtes pourtant déjà venu à Vienne, mon Prince », et lui de riposter : € Je fais tous mes efforts pour l'oublier. »
Talleyrand veut qu'on rende les Pays-Bas à l'Autriche, ou qu'on en fasse im Etat libre. La France ne veut pas que les places du Rhin, et surtout Mayence, soient aux mains de l'Autriche ou de la Prusse.
La France concentre, dit-on, et renforce son armée sur la frontière pour soutenir l'action et l'attitude de ses ministres au Congrès. On est cependant porté à croire que Talleyrand ne grossit la voix que pour relever le prestige de son roi et de son pays, mais qu'il ne songe pas plus que son souverain à l'emploi de la force qui ne promettrait rien de bon. L'armée n'est pas attaché au nouveau régime et il y a dans ses rangs un grand nombre de partisans de Napoléon.
L'Angleterre est au contraire très en faveur de la cession des Pays-Bas à la Hollande. Elle envoie des troupes en Hollande et agit sans relâche sur le terrain diplomatique.
Les rapports entre les cours de Bavière et de Wurtemberg sont très tendus. Les deux peuples se détestent si fort qu'on doit tout redouter.
A une soirée donnée par la princesse de la Tour et Taxis, il y eut entre le Prince royal de Bavière et celui de Wurtemberg (dont tout le monde vante Tamabilité) un échange de paroles tellement vives que ce dernier a provoqué Tautre en duel et que la rencontre devait avoir lieu au Prater (1). Mais le prince royal de Bavière ne vint pas et envoya Wrede qui arrangea la chose.
HAGER à L EMPEREUR (Bordereau du 11 octobre 1814).
Résumé des surveillances du 10. Les visites faites et rendues par Talleyrand. Lettre interceptée.
Le bordereau ne contient pour la journée du 10 rien de neuf sur Hardenberg, Wrede, le prince royal de Wurtemberg, von Oertzen (ministre d'Etat de Mecklemburg-Strelitz), Maltzahn (ministre d'Oldenbourg), le comte Bentinck (2), La Harpe, Czartoryski, Radziwill, Cariati, le prince Eugène, d'Arenberg (qui ne fait que jouer aux échecs) et le comte Salmour.
On y trouve la liste des visites faites le 8 et reçues le 9 par Talleyrand ainsi qu'une lettre interceptée de Leykam à Relier (ministre de la Hesse électorale), de Francfort, en date du 2 octobre et confiée à Bentinck.