Vienne, 15 octobre 1814 (F. 2. 4309 ad
BELLIO au Prince de VALACHIE (en français).
Dépôche saisie lors de la perquisition faite chez lui dans la nuit du 17 au 18. La situation. La Russie et la Pologne. L'Autriche et la Prusse. L'attitude de Taiieyrand (?)... La politique do TAutriche.
Rien de changé dans la situation des affaires relativement aux résultats que les négociations actuelles devront amener. La Russie continuant à témoigner la ferme volonté de ne pas se dessaisir delà Pologne, lord Castlereagh écrivit avant-hier (1)
1. Cf. d'ANGBOBRO, 280-288. Lettre do Lord Castlereagh à l'Empereur Alexandre, au sujet de la Pologne. Vienne, 12 octobre 1814 et mémorandum annexé à la lettre précédente et Ibidem^ 291-293. Mémorandum de lord Castlereagh au sujet de la situation do l'Autriche et de la Prusse en présence des prétentions de la Uussie sur la Pologne. Vienne, 14 octobre 1814.
à l'Empereur de Russie une lettre pour lui offrir la médiation de l'Angleterre dans les négociations qui doivent terminer cette lutte entre TAutriche et la Russie et amener une issue qui puisse convenir aux deux parties. L'Empereur se rendit en personne chez lord Castlereagh (1) et témoigna dans une ré*ponse verbale la résolution de ne rien restituer et de rester en possession définitive du duché de Varsovie. Il espère cependant pouvoir, à la fin, effectuer quelque chose et voir abandonné une partie du plan d'agrandissement que la Russie s'était fait.
Pour détacher la Prusse de la Russie et la lier à sa cause et à la modération, TAutriche s'est décidée à consentir que la Prusse ait une partie de la Saxe, et cela en tout cas.
Le Plénipotentiaire de France ne s'est pas encore déclaré catégoriquement sur cette cession d'une partie de la Saxe ; mais à en juger par ses discours, il y donnera son assentiment.
Si la Russie persistait dans la résolution d'acquérir le duché de Varsovie en entier, sans laisser quelque partie de la Pologne à la Prusse et à l'Autriche, on paraît fixé d'abandonner en entier la Saxe à la Prusse et de s'opposer de tous les moyens à la Russie, ce qui pourrait amener des scènes sanglantes.
Si la Russie rentrait dans les limites de l'équité et de la modération, le tout se terminerait de suite à l'amiable, supposé même que la France s'y opposât.
On a choisi de la part de FAutriche entre deux maux le moindre, et on a préféré voir une partie de la Saxe entre les mains de la Prusse que consentir à l'envahissement de toute la Pologne par la Russie.
Dieu veuille qu'on ne se trompe pas et que la Prusse ne tienne pas toujours en secret plus à la Russie, qui lui offrait de gré toute la Saxe, qu'à l'Autriche, qui ne consent qu'à regret, et au pis aller à ce sacrifice (2).
1. L'Empereur Alexandre se rendit chez lord Castlereagh, le jeudi 13 octobre. (Cf. Gbktz. Tagebûeher, 318). Pour les détails relatifs à cette visite d'Alexandre et au mémorandum que lord Castlereagh lui remit, Cf. Talleyrand au roi. Vienne, 17 octobre 1814. (Dépèche n* 6 dans Pallain, Correspondance inédite^ 50-60).
3. Le professeur Fournier ayant publié in extenso la dépêche que Genls adressa à Kara^ja pour lui rendre compte de ce qui venait d'arriver à Bellio, j'ai jugé inutile de reproduire ici cette dépêche qu'on trouvera (traduite en allemand) dans la Deutsche Revue de septembre 1913, p. 325-337 et à la fin du court, mais fort intéressant, article que le savant écrivain a consacré à Gentz et à Bellio.
LES PRÉLIMi:<AlRES ET LES AJOURNEMENTS DU CONGRÈS 333
En réponse à la lettre du 24 septembre par rapport aux vues de la Russie sur la Moldavie et la Valachie, j'ai Thonneur d'assurer Votre Altesse que la Russie n'a pas manifesté le désir d'avoir ces provinces, et qu'ici, comme ailleurs et en tout temps, elle sera contre-balancée dans ses projets par l'Autriche qui soutiendra toujours la Porte Ottomane. Il n'est cependant pas douteux que la Russie convoite avec ardeur ces pays, et qu'à la première occasion elle ne manquera pas de suivre son plan pour s'en rendre maîtresse, ce que toute Tacquisition en Pologne ne peut que faciliter. Ces différends politiques ne troublent cependant nullement l'accord personnel qui règne entre les souverains assemblés ici.
Le départ des souverains est toujours fixé au 5 novembre. Si on est convenu sur les articles qui concernent la Pologne et la Saxe avant ce terme, les autres affaires se termineront avec rapidité et sans difficulté.