Vienne, 22 oclobre 1814 (F. 2. 4129 ad
Rapport à HAGER
Bade et Coburg refusenl d'entrer pour le moment dans la Ligue des Princes imaginée par Gagern. Le déjeuner et la séance orageuse chez Gagern. Les résolutions du Duc de Brunswick.
Coburg et Bade ne se sont pas encore ralliés à la Ligue des Princes qui marchent sous la bannière de Gagern. On comp-
LES PRÉLIMINAIRES El LES AJOURNEMENTS DU CONGRÈS 365
tait fermement sur l'adhésion de Bade, parce qu^on ne savait pas que Hackcy dont les confidences à Gagern auraient été la base de ce faux-calcul, n y avait pas été autorisé par le grand-duc. La Ligue s'était adressée au conseiller d'Etat Sensburg (c'est du moins ce que celui-ci raconte confidentiellement) afin de le gagner à ce projet et par lui le grand-duc. Mais il répondit que, les Souverains n'étant pas venus à Vienne pour se liguer entre eux et que rien ne permettant jusqu'ici de douter de la bonne volonté des Grandes Puissances Alliées, il lui semblait utile d'attendre le résultat des conférences des Ministres des Quatre et que par conséquent il conseillerait au Grand-duc de ne pas entrer dans cette ligue. Coburg a suivi cet exemple.
La Harpe a donné des espérances aux députés des Médiatisés, en particulier à Gaertner^ et c*est pour cela qu'ils prétendent que l'empereur Alexandre leur a fait de belles promesses.
Hier (le 30), il y a eu de nouveau conférence, de 11 heures à 3 heures, chez Gagern. On était invité à un déjeuner, et Gagern y a tenu des propos des plus violents. « 11 est impossible, a-t-il dit, de laisser se perpétuer l'état de désordre dans lequel vivent les provinces que la conquête a rendues à l'Allemagne et l'incertitude dans laquelle on se plait à laisser leurs députés présents à Vienne. »
Plusieurs d'entre ces derniers, et, entre autres, ceux de Nassau-Weilburg et de Hesse-Darmstadt, approuvèrent ces déclarations et renchérirent encore en termes les plus vifs sur les paroles de Gagern, manifestement dirigées contre la Prusse. Mais le reste de l'Assemblée, qui se composait d'une vingtaine de personnes, désapprouva ce langage, conseilla la modération et la patience, et émit l'opinion qu'il convenait de faire crédit aux Grandes Puissances et d'avoir confiance en leur loyauté. 11 en résulta que, loin de les signer, on ne lut môme pas les notes préparées par les enragés et que la minorité seule se prononça en faveur de l'envoi du comte Keller auprès de Metternich (1). La majorité, au contraire, émit en chuchotant l'avis que Metternich accueillerait probablement assez mal cette démarche qui leur paraissait intempestive. Les députés des Maisons d'Anhalt,des deux Maisons de Schwarzburg et de Reuss se firent particulièrement remarquer au cours de cette séance
1. Les agents de Hager, propablement Bartsch, l'ami d'Anstett, rédacteur de Wiener-Zcitung, réussirent à intercepter les rapports que le comte Keller rédigea au sortir de ses deux entretiens avec Metternich.
par leur extrême modération. Le représentant de Coburg était également parmi les présents et ne cessa de protester contre les manifestations.
Le duc de Brunswick a dit hier au baron de Wolframsdorf, le député d'Anhalt, qu'il verserait jusqu'à la dernière goutte d& son sang et sacrifierait jusqu'à son dernier homme plutôt que de se laisser arracher la moindre parcelle de son territoire, la moindre partie de ses droits.