Vienne, 16 novembre
© ® à HAGER (en français).
Conversation du prince de Ligne avec Alexandre sur la Saxe et la Pologne.
Le prince de Ligne s'est ménagé une conversation avec Tempereur de Russie relativement à la Pologne et à la Saxe. Sa Majesté lui fît observer que, quant à la Pologne occupée par ses troupes, cela entrait tout à fait dans le système d^arrondissement, comme on pourrait s'en convaincre en jetant les yeux sur les caries.
Le prince voulut alors présenter ses objections contre la réunion de la Saxe à la Prusse. Sur cela, Sa Majesté lui dit : « Je ne peux continuer la conversation, car on m'attend », et il quitta ainsi le prince.
Ce que Dalberg a dit le 14 sur le Roi de Prusse; la Saxe, la Pologne, la Prusse, l'Autriche. Ce qui résultera de l'attitude de Metternich. Question que Dalberg lui pose sur la police, sur Hager, sur Sickingen. Ses réponses. Dalberg n'a pas de soupçons sur lui. Le prince Eugène et la Bigottini,
Voici en quelques mots ce que Dalberg a dit la veille devant moi : € 11 nous est absolument impossible d'avoir confiance dans les Russes, les Prussiens et les Autrichiens. »
Le roi de Prusse est évidemment à la discrétion d'Alexandre, et bien plus que cela ne convient à ses Ministres et que cela ne correspond à l'intérêt même de la Prusse.
Après m'avoir montré la proclamation de Repnin à Dresde du 31 octobre, Dalberg m'avoua que l'affaire de la Saxe semblait décidée. Les Russes disent : « Nous avons la Pologne. Nous verrons bien qui nous la prendra >, et les Prussiens disent la même chose pour la Saxe.
La Bavière déclare de son côté qu'elle ne signera rien qui ait rapport au Corps Germanique, avant qu'on n'ait rendu la Saxe à son roi. La nouvelle Confédération allemande ne peut
pourtant pas garantir à la Prusse la possession de la Saxe volée à son roi. Les affaires de Pologne et de Saxe arrêtent les affaires d*Allemagne. La Bavière a fait au mois de mai une grosse faute à Paris, celle de ne pas apposer sa signature sur le traité. La Bavière siégerait maintenant au Congrès, et bien des choses marcheraient autrement.
Dalberg alla même plus loin et me dit : € Ce qui manque au cabinet autrichien, c'est un système^ de la suitej du caractère et des principes. Si Metternich marche avec nous, la Prusse devra céder, se contenter du tiers de ses prétentions, et nous rétablirons le roi de Saxe en lui restituant les deux tiers de son royaume. Si non, on va droit à la guerre. Cet état de choses et la mise sur pied de guerre de Tarmée française nous coûtent déjà 40 millions. Nous avons tenu quatre séances au Comité des Huit. Nous avons donné Gênes au Piémont. Nous allons maintenant nous occuper de la dotation de Marie- Louise. »
lime faut maintenant appeler l'attention de Votre Excellence sur ce que je vais avoir Thonneur de lui communiquer. Depuis la réception de Tavis confidentiel de Votre Excellence du 17 octobre, me faisant savoir que T Ambassade de France m'avait démasqué et m'induisait volontairement en erreur, je m'étais rigoureusement tenu à l'écart. Or, le 30 octobre, Dalberg me rechercha chez Stackelberg, puis vint à moi dans le jardin chez Metternich et me fit de telles avances que je Tallai voir hier matin et qu'il me retint avec lui pendant deux grandes heures. Au cours de cette longue conversation, il me demanda, entre autres, sur quel pied le comte Sickingen(l) était avec l'empereur d'Autriche et avec Metternich. Le comte Sickingen est-il un des agents de la police secrète autrichienne? La police secrète de Vienne a-t-elle, comme celle de Paris, des Agents et des affiliés dans le grand monde, qui sont reçus partout et fréquentent la haute Société? Qui est le chef de la police secrète de Vienne? Quelle espèce d'homme est le baron de Hager ? Peut-on vivre avec sa famille à Vienne avec 50.000 francs de rente?
Je lui ai répondu : « D'après ce que j'en sais, le comte Si-
1. Sickingren (comte de), de la famille du célèbre capitaine allemand Franz de Sickinpen (1481-1533). Cf. à propos de son rôle auprès de l'Empereur et de Metternich, Talleyrand au roi, Vienne 31 octobre, dépêche n* 9 et Vienne 17 novembre, dépêche n* 13(PALLAi:f, Correspondance inédite. Pages 88 et 139).
l'ouverture du congrès. — LA SAXE ET LA POLOGNE 543
ckingen est très en gr&ce auprès de TEmpereur et de Metternich et jouit de leur confiance. Il n'est pas un agent de la police secrète de Vienne et je ne l'ai jamais entendu dire. Je n'ai pas davantage entendu dire que cette police ait des agents dans la haute Société. On ignore quel est le chef de la police secrète. Il n'en est fait aucune mention sur le Staaùs Kalender. Le baron Hager est le chef de la police et de la censure de la Cour, et figure comme tel dans l'Annuaire. Je ne connais le baron Hager que de vue, parce que je le rencontre dans le monde et le vois dans les salons ; mais il se montre très rarement dans la haute Société. Il jouit d'une excellente réputation dans le public, passe pour im homme foncièrement loyal et honnête, et je n'ai jamais entendu dire qu'il s'occupe d'espionnage, etc., etc. »
« Je comprends fort bien, mV dit Dalberg, que vous n'ayez pas à Vienne ces choses dont nous ne pouvons nous passer à Paris. Vous n'en avez pas besoin avec vos braves Autrichiens. Vous n'avez pas, comme nous à Paris, à craindre à toute minute une révolution. »
Nous nous séparâmes dans de telles conditions qu'il m'est impossible de croire que Dalberg puisse avoir l'ombre d'un soupçon sur mon compte.
Hier soir, grande et nombreuse assemblée chez Arnstein. Il y avait le comte Bernstorflf, le baron Kaiserstein, M""* de Bildt, le prince de Mecklemburg, lord Stewart, le baron Sinclair (1), le comte Capo d'Istria, le vieux prince Metternich, des Russes, des Prussiens, RufTo, Medici, le duc d'Acerenza-Pignatelli, le comte Solms, le comte Degenfeld, les Dietrichstein. On y a dit qu'Alexis de Noailles était un homme d/une rare piété, un visiteur assidu des églises.
Le prince Eugène a, à l'occasion de la représentation à son bénéiice, donné une magniGque bague à la Bigottini,qui avant son mariage, a été sa maîtresse à Paris.