V. L... à HAGER
Les rhumatismes du Roi de Prusse. Leur origine. Ce qu'il pense de la solution.
La guerre probable. La nouvelle loi militaire.
J'ai su par le comte de Reichenbach(l) que le Roi de Prusse souffrait de fièvres rhumatismales, que les contrariétés et les accès de colère ont rendues plus aiguës et plus violentes. Il a fait écrire à Berlin qu'il y serait le Jour de l'An. Il croit du reste qu'en fin de compte il faudra, pour en sortir, avoir recours aux armes. Il parait aussi que, dans Tespoir de prévenir ainsi la guerre, il a donné Tordre de mettre en vigueur la nouvelle loi militaire.
1034. Vienne, 10 décembre 1814 (F. 5. 4984 à 3565).
®® à HAGER (en français).
La question de Saxe. La disgrâce de Linden et la faveur de Wintzingerode. Ce qu'Alexandre a dit de l'Autriche au sujet de la Pologne. Hardenberg et Humboldt.Le Wurtemberg et les affaires d'Allemagne.
On m'a affirmé à la Légation de Wurtemberg sous le sceau du secret le plus absolu que la Saxe restera à son Roi, moins la Lusace et Wittemberg qu'elle cède à la Prusse.
J'y ai également appris que le baron Linden était en pleine disgrâce et que le Roi de Wurtemberg n'a plus confiance qu'en Wintzingerode.
1. Reichenbach (comte de, lieutenant-colonel prussien), attaché à la personne et A la chancellerie d'Hardenberg pendant le Congrès de Vienne.
On affirme qu'Alexandre aurait dit, il y a peu de jours, au Roide Wurtemberg qu'il avait résolu de s'entendre avec l'Autriche au sujet de la Pologne et qu'on allait par suite s'occuper sérieusement et vivement de TAUemagne. Alexandre croyait en conséquence qu'on pourrait quitter Vienne dans dix à douze jours. Mais le Roi^ qui avait déjà commencé ses préparatifs de départ, a donné contre-ordre ces jours derniers.
On m*a confirmé positivement le grave dissentiment qui existe entre Hardenberg et Humboldt et on m'a dit que le conseiller d'Etat prussien von Kûster était arrivé ici avec de nouveaux plans. Le grand-duc de Bade, de son côté, a envoyé une note très énergique sur la Constitution de l'Allemagne. Enfin le Wurtemberg, d'accord avec les autres Etats, a insisté au Comité sur l'impossibilité de confier, en raison de son importance comme clef de l'Allemagne, la garde de Mayence à une seule puissance et sur la nécessité d'e n faire une forteresse fédérale.
Le Comité attend avec impatience la note que Metternich a promis de lui soumettre.
HAGER à rEMPEREUR
Bordereau et rapport journalier du 13 décembre 1814 {F. "5. 4995 ad 3565).
Envoi de nombreux intercepta du 10 et du 11 décembre, la plupart sans grand intérêt, lettres d'invitations et notes, parmi lesquelles se trouve cependant une note de Castlereagh à Nesselrode (11 décembre) (Renvoi de la lettre de Marie-Louise à Alexandre et de la réponse d'Alexandre, que Nesselrode a dû lui envoyer par erreur, et transmission de propos inquiétants tenus par le comte Zichy Ferraris (1) et qui feraient croire que la guerre est inévitable),
1. Zichy-Ferrari8 (François, comte) (1777-1839), lieutenant-colonel en 1814, marié depuis 1799 à Marie- Wilhelmine, fille du feld-maréchal comte Ferrarii, le futur beau -père de Metternich, qui épousa en 1831 sa fille, la comtesse Mélanie, née en 1805.
1036. Vienne, 10 décembre 1814 (F. 5. 5004 ad 3565).
... à HAGER (en français).
Affaires de Pologne et de Saxe toujours en suspens. Froid entre les deux Empereurs. L'adresse des généraux prussiens au Roi de Prusse.
La nouvelle de la conclusion d'une entente au sujet de la Pologne et de la Saxe était dénuée de fondement.
Le baron Tûrkheim m'a af&rmé qu'il y avait eu une scène violente entre les deux Empereurs, qu'ils sont encore en froid ; que Castlereagh (l)a reçu un nouveau courrier, lui enjoignant de déclarer que l'Angleterre ne consentira jamais à la cession de la Saxe. Hacke et le comte Fûrstenstein (2) m'ont confirmé ces nouvelles.
Le comte Erwin Schônborù (3) croit savoir que la résistance du roi de Prusse a été causée surtout par une adresse des généraux et des hauts fonctionnaires de Berlin, apportée ici par courrier spécial, et le priant de ne pas céder sur la question de la Saxe.
1037. Vienne, 12 décembre 1814 (F. 5. 4995 ad 3565).
Rapport à HAGER
Le prince Eugène a fait, le 11, une longue visite à Marie- Louise, avec laquelle il est resté au moins trois heures.
1038. Vienne, 12tlécembre 1814 (F. 5. 5004 ad 3565).
Rapport à HAGER
Wrede a fait dans Taprès-midi du 10 une longue visite à M"** Ripp.
1. Cf. Tallcyrand au Roi. Dépêche n» 15. Vienne, 7 décembre 1814 (Pallain, Pages 167-168).
2. Fûrstenstein (comte), d'abord chambellan et grand-maître de la garderobe, puis ministre des Affaires Etrangères, l'un des ci-devant dignataire» de la cour de Westphalie.
3. Schônborn (François-Erwin, comte) (1775-1840) était à ce moment le chef de la branche Schônborn-Wiesentheid.
Lô wenhielm a noué une intrigue amoureuse avec la fille entretenue par WahrendorfF. Elle vient souvent chez lui en habits d'homme. Il se montre du reste avec elle et Ta menée au théâtre sous ces déguisements.
1089. Vienne, 12 décembre 1814 (P. 6. 6004 ad S665).
00 à HAGER (en français).
L'opinion de Nu^ent sur le Congrès. Ce qu'il ferait s'il était à la place de Mettemich.
J'ai dîné hier soir avec le général Nugent. Il doute beaucoup des résultats du Congrès. Il trouve que le Cabinet de Vienne a commis bien des fautes qui ont amené la situation actuelle^ si embarrassante des affaires. Il ajoute que s'il était à la place du prince de Metternich, l'affaire serait bien vite terminée. La conduite de la Russie lui parait abominable. « Il fauty disait-ily leur présenter un ultimatum, des conditions définitives d'une main, l'épée de l'autre et leur dire : Choisissez. »
1040. Vienne, 14 décembre 1814 (F. 5. 5014 ad 3565).
HAGER à TEMPEREUR
Bordereau et rapport journalier du 14 décembre 1814.
1041 • Vienne, 14 décembre 1814 (F. 5. 5014 ad 3565).
Rapport à HAGER
Envoi des intercepta du 12 et du 13 décembre, parmi lesquels il n'y a guère à signaler que les suivants :
Vienne, 12 décembre, Gagern au baron Plessen (Mecklembourg) (Envoi du projet des plénipotentiaires des princes allemands sur le rétablissement de la dignité Impériale).
Copenhague, 16-27 novembre, Lisakevitch à Nesselrode.
l'ouverture du congrès. — LÀ SAXE ET LA POLOGNE 671
(Sur le départ du priace Christian (1) se rendant près de la douarière d'Augustenburg et sur le bruit de son mariage avec une princesse de cette maison.)
Vienne, 13 décembre 18 14, Intercepta et papiers pris chez Stackelberg, La Tour du Pin, Noailles et Dalberg et rapport d'agent sur l'impossibilité de savoir ce que fait ou écrit le prince Repnin.
1042. Vienne, 13 décembre 1814 (F. 5. 5004 ad 3565).
Nesselrode et Metternich ont eu, l'un après l'autre, une longue conférence avec Hardenberg.
1043. Vienne, 13 décembre 1814 (F. 5. 5014 ad3565).
... à HAGER (en français).
La disgrâce de RazoumofTsky.
A la table du grand maréchal de la Cour, les aides de camp d'Alexandre se sont étonnés du crédit, dont jouit encore à Vienne Razoumoffsky, qui est en pleine disgrâce auprès d'Alexandre et cela, probablement, pour toujours. Ils ont, en revanche, fait un grand éloge de Stackelberg et vanté son influence.
1044. Vienne, 13 décembre 1814 (F. 5. 5014 ad 3506).
GŒHAUSEN à HAGER
La Bavière, le Wurtemberg, Bade et la Russie. Un mot du Roi de Bavière
4 propos du Roi de Saxe.
Le Roi de Saxe, cédant aux représentations de l'Empereur d^ Autriche et d'Alexandre» ne vient pas à Vienne. On lui
1. Ce bruit était fondé. Le prince royal Christian (1780-1845) épousa en effet, le 23 mai 1815, la princesse Caroline d'Aug^stenburg, sa petite-cousine, puisque sa mère était fille du roi Christian Vil, son grand-pére.
aurait affirmé du reste qu'on lui rendrait son royaume, chose sur laquelle l'Angleterre et la France insistent plus que jamais (1).
On dit maintenant que la Bavière gardera Salzbourg et Passau, mais cédera Tlnn-Viertel et le Ziller-Thal. Elle serait fort mécontente de l'attitude du Wurtemberg et de Bade qui se seraient ralliées à la Russie.
On raconte que le roi de Bavière a dit ces jours derniers à brûle-pourpointauroide Prusse, alors que les deux Empereurs parlaient devant eux de la Saxe : « Après tout, il faut bien convenir que, nous tous, nous avons sur la conscience les mêmes péchés que mon cher beau-frère (2). » Le roi de Prusse a fait semblant de n'avoir rien entendu et s*est éloigné en faisant la grimace.
1045. Vienne, 13 décembre 1814 (F. 5. 5014 ad 3565).
00 à HAGER (en français).
Nouvelles contradictoires. Le Roi de Prusse décidé à garder
la Saxe à tout prix.
Les nouvelles sont rares et contradictoires, mais on est plutôt à la guerre. On affirme cependant que le roi de Prusse aurait dit que dans le principe il ne tenait pas autrement à la Saxe ; qu'il s'était même prononcé contre roccupation provisoire ; mais que maintenant qu'elle avait eu lieu, il ne rendrait plus ce pays, même si ses Ministres le lui conseillaient.
1046. Vienne, 13 décembre 1814 (F. 5. 5014 ad 35tô).
... à HAGER (en français).
Offres de services de généraux français à Murât et les partisans qu'il a en
Italie. Les armements de la France.
Malczewski affirme que des maréchaux et des généraux
1. Cf. d'AMOBBBRO, p. 505-510. Note du prince de Metternich adressée le 10 décembre 1814 au prince de Hardenberg «... se refusante Tincorporation entière de la Saxe à la Prusse ».
3. Le roi de Saxe avait épousé la princesse Marie -Amélie de Deux-Ponts sœur du Roi de Bavière. '
l'ouverture du congrès. — LA SAXE ET LA POLOGNE 673
français ont offert leurs services à Murât (1) en cas de besoin et ont même promis de lui amener une quantité de vieux soldats. D'après lui, Murât peut compter sur les sympathies et le concours effectif d'une partie de Tltalie.
Dalberg n'a pas caché à Hacke que la France poussait activement ses armements et lui a annoncé que Soiit avait remplacé Dupont au ministère de la Guerre (1).
1047. Vienne, 15 décembre 1814 (F. 5. 5023 ad 3505).
HAGER à FEMPEREUR
Bordereau et rapport journalier du 15 décembre 1814.
Envoi d'iniercepta et de papiers pris chez Nesselrode, Dalberg, La Tour du Pin, Rechberg, Humboldt, Heilmann, Gentz, etc..
1048. Vienne, 14 décembre 1814 (F. 5. 5022 ad 3565).
N. N. à HAGER
Le recrutement en Pologne. Composition du corps d'armée polonais.
Le recrutement va son train en Pologne. Le corps d'armée polonais sera renforcé de IS.OOO hommes, sans compter 6 à 8.000 hommes, qu'enlèvera dans le Grand-Duché pour remplacer ceux qui ont été congédiés ou qui ont déserté.
1049. Vienne, 14 décembre 1814 (F. 5. 5022 ad 3565).
FREDDI à HAGER (Rapport de chez le Nonce) (en français). Le Congprès. La mort du prince de Lig^ne. Un mot du Nonce.
On garde le plus grand secret sur la marche des négociations du Congrès.
1. Correspondance de Jàaconrt avec Tàlleyrànd, pages 122, 123, 127, 132, 155, 150. Jaucourt à Talleyrand, 18 décembre, 24 décembre, 28 décembre 1814 «t 26 janvier 1815.
Le Nonce a pavéenraa présence un singulier tribut de regrets au prince de Ligne que la mort vient d'enlever (1).
€ Les francs-maçons de Vienne, a-i-il dit, ont perdu leur c plus ferme appui, leur zélé protecteur. »
1050* Vieone, 14 décembre 1814 (F. 5. 5032 ad 3565).
©Q à HAGER (en français).
La mort du prince de Li^ne. Regrets universels qu'elle cause. Ce qu*on a dit à la dernière soirée chez Arnstein.
La mort du prince de Ligne a fait une profonde impression à Vienne et sera ressentie dans toute l'Europe où il était connu, considéré et aimé. Il était foncièrement bon, et s'il avait assurément des travers et même des défauts, il avait un charme, une amabilité, une dignité, un esprit que nul ne possédait et ne possédera peut-être à un pareil degré.
Avant-hier^ comme tous les mardis, il y a eu chez Arnstein, une belle soirée de musique, à laquelle ont assisté environ cent cinquante personnes, parmi lesquelles la princesse Palm (2), la princesse Dietrichstein (3), les comtes Keller, Salmour, Schlitz- Goertz (4), Emmanuel Khevenhûller (5), le baron Linden, le baron Ulrich (6), etc., etc. On y a raconté que d'après des lettres reçues de Varsovie, le grand-duc Constantin passait tout son temps à faire manœuvrer les troupes et à avoir des conférences toutes relatives à la future Constitution du rovaume de Pologne.
1. Le prince de Li^e mourut le 19 décembre après quelques jours seulement de maladie.
2. 11 ne peut s'agir que de la baronne Marie-Caroline Gudenus, deuxième femme du prince Josepb-Charles Palm, qu'elle avait épousée en 1908 et qui mourut le Iv septembre 1815. Née en 1773, elle mourut en 1857.
3. Comtesse Alexandra, Alexéiwna Schouvaloff, née en 1775, mariée en 1797 au prince François-Joseph Dietrichstein (1767-1S5T) grand maréchal de la cour d'Autriche.
4. Cf. Plus loin une pièce du 36 février; d'après le rapport de cet agent, le comte Schlitz-Goertz serait le beau-frère et l'informateur du comte de Rechberg.
5. Khcvcnhiïller (Emmanuel, comte), chevalier de la Toison d'Or (1759-1847), venu à Milan vers ITTO avec l'archiduc Ferdinand, y épousa la comtesse Meszabarba et maria ses deux filles, l'une au duc Charles Visconti Modrone, l'autre, au marquis Phebus d'Adda. Cf. Gallavrbsi. L, Note page 84. Curieggio Confulonieri.