‹ Les dessous du Congrés de Vienne (volume 2)Chapitre 8 sur 816 · XX AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XX AVANT-PROPOS

d'abord avec un personnel singulièrement restreint (1) et pendant un certain temps, avec des ressources bien maigres (2), mais dont, grAce au zèle inlassable des hommes d'Etat chargés de le diriger et aussi gr&ce à la pression, à la gravité et à la multiplicité des événements, l'importance ne cessa d'aller en croissant depuis 1793 jusqu'au moment où se réunit à l'autonme de 1814 le Congrès de Vienne.

J'aurais voulu pouvoir suivre d'un peu plus près le développement des différents organes de ce Département ; mais j'ai dû y renoncer parce qu'un pareil exposé m'aurait entraîné par trop loin. J'ai cru plus sage de placer aux Annexes et à titre de simples indications, quelques pièces qui permettront à mes lecteurs de se faire une idée un peu plus exacte de la façon dont s'est peu à peu constitué, élargi, agrandi, modifié et transformé le service conçu et inauguré par Joseph II (3). Je me bornerai donc à leur faire remarquer ici en passant que, dès l'année 1800, on rattacha la Censure à la Polizei Hofstelle et qu'on établit à partir de ce moment une entente et une collaboration des plus intimes et des plus complètes avec le Cabinet Noir^ dont on ne cessa d'étendre le rayon d'action et de perfectionner le fonctionnement.

Grâce à l'activité toujours en éveil de Sumeraw et de Hager,

à 1848, que quatre personnages qui remplirent ces importantes fonctions à savoir :

Le comte Pergon de 1792 à 1803;

Le baron Sumeraw de 1803 à 1807 ;

Le baron Ilager, vice-président de 1807 à 1812 et président de 1813 au mois d'août 1816;

Et enfin le comte Sedlnitsky, vice-président de 1815 au 15 mai 1817 et président depuis cette époque jusqu'à la suppression du ministère en 1848.

1. Au début vers 1790, Pergen n'eut en fait de collaborateurs directs que le conseiller aulique von Béer, directeur supérieur de la police de Vienne et les deux secrétaires auliques. Schilling et Mœhrenthal.

2. En 1793, comme du reste pendant plusieurs années encore, le budget spécial de la police ne s'élevait qu'à la somme totale de 10.000 florins, somme que la cassette de l'Empereur versait directement au ministre en quatre payements trimestriels.

3. Cf. Annexe I. Rapport du comte Pergen, du 18 février 1793. Annexe II. Rapport de Sumeraw, du 12 mars 1804. Annexe III. Rapport du même, du 2 février 1806. Annexe IV. Décision impériale du 27 février 1806. Annexe V. Rapport de Ilagcr à l'Empereur du 5 août 1808 et décision impériale en réponse à ce rapport.

AVAKT-PBOPOS XXI

grâce à celte activité, coDsIamment stimulée du reste par la curiosité qui était le propre de l'Empereur François, l'orga- □isation de la police secrète, de la politique autrichienne, ne laissait presque plus rien à désirer au moment où les Empereurs et les Rois, les ministres des Grandes Puissances, les représentants des différents Etals et la plupart des princes allemands se donnèrent rendez-vous à Vienne, les uns pour procéder au remaniement de la carte de l'Europe, les autres pour tAcher de faire valoir et accepter leurs droits à des compensations ou à des indemnités.

On conçoit que, dans de si graves conjonctures, le Gouvernement autrichien ait éprouvé plus que jamais le besoin de savoir exactement, presque heure par heure, ce que faisaient, ce que disaient, ce qu'écrivaient tous ces personnages, tous ces hommes d'Etat réunis dans ta capitale. Il avait le plus grand intérêt à connaître non seulement la teneur des instructions et des dépéchesqu'ils recevaient de leurs Gours,mais encore leur état d'esprit, leurs conversations privées, les confidences et les opinions contenues dans leur correspondance particulière.

Heureusement pour Motternich, le Cabinet Noir de Vienne rivalisait avec celui qui avait rendu tant de services à Napoléon. Ce Cabinet Noir était do reste puissamment aidé par les Loges (1) annexes et succursales du Cabinet Noir établies i Linz, Salzburg, Trieste, Prague, Graz et BrQnn, et l'habileté professionnelle des fonctionnaires chargés de ce qu'on était convenu d'appeler la Manipulation était k la hauteur de leur zèle et de leur patriotisme.

Le service du Cabinet du Chiffre ne chAma en effet pas, pendant les longs mois que dura le Congrès. Un coup d'œil jeté sur n'importe lequel des bordereaux présentés ou envoyés tous les jours & l'Empereur par Hager donnera une idée du nombre considérable de pièces ouvertes, déchiffrées, traduites, toujours analysées, et la plupart du temps copiées, même, par le personnel de choix entre les mains duquel passaient non seiûement les lettres et les dépèches confiées à la

i. Cabinets noir* iUblii sur certainB points en province. Cf. Annexes II et 111. R«ppoH de Sumerow, du lï mars tSDi et du î février 1808.

XXIT AVANT-PROPOS

poste, mais toutes les correspondances arrivant ou partant par d'autres voies, réputées plus sûres et qu'on parvenait cependant à intercepter. Le service était si bien monté que le Cabinet Noir put maintes fois prendre connaissance et copie de lettres qu'expédiaient ou que recevaient les membres mêmes de la famille impériale, les rois et les princes présents à Vienne, les représentants des puissances au Congrès, et les nombreux personnages dont on surveillait les faits et gestes (1). La correspondance même de Gentz avec Karadja, Fhospodar de Valachie, correspondance que Metternich n'avait pas seulement autorisée, mais qui se faisait par son ordre, n'échappait pas à cette surveillance générale. On travaillait jour et nuit sans trêve ni répit au Cabinet du Chiffre et cependant, loin de se ralentir, le zèle désintéressé (2) des employés et des fonctionnaires était si grand qu'aBn de prévenir le retour de réclamations désagréables et gênantes provoquées par certaines négligences ou maladresses, conséquences inévitables d'un tel surcroit de besogne, on avait été en haut lieu amené à envisager la possibilité de la saisie définitive des papiers interceptés (3).

1. Correspondance de Marie-Louise, de rimpératrice d'Autriche elle-même de l'archiduc Charles, des rois de Prusse, de Bavière et de Wurtemberg, des gprandes-duchesses Marie et Catherine, du prince Eugène, de la reine Hortense, d'Elisa Bacciochi, de la reine de Naples, Caroline Murât, du prince Jérôme et de sa femme, l'cx-reine Catherine, de Castlereagh, de Nesseirode, de Talleyrand, de Dalberg, d'Hardenberg,dc Humboldt, de Lieven, du prince Antoine Radziwill et de sa femme, la princesse Louise de Prusse, de M~* de Talleyrand, de Czartoryski, de Noailles, de la Tour du Pin, do Stackelbcrg, de Munster, de Gagcrn, de Clancarty, de Stewart, de Wellington, d'Ansteii, de Stein, du roi Louis XVIII, de Joseph de Maistre, de Montgelas, de M">« de Montesquiou, du prince d'Orange, du duc d'Orléans, des princes de Bavière, de Prusse, de Wurtemberg, des grands-ducs de Bade, de Hesse-Darmsladt, de Saxe-Weimar, du roi de Saxe et de son frère le prince Antoine, de la princesse de la Tour et Taxis, etc..

2. Pour s'en convaincre, il suffit de voir à l'article 80 (cf. annexe VUl) des dépenses secrètes de police pour l'année 1815 qu'à la fin du Congrès on alloua au « personnel du Cabinet du Chiffre >» (rémunération autorisée) une somme de 2.000 florins (A. M. J. Wiener Kongress, Polizei Hofsielie 1815, XX, ad. 126).

3. Ce fut, comme on le verra au cours de ce travail, à l'occasion de la saisie de deux pièces adressées au prince Eugène, apportées de Paris par un courrier anglais, interceptées chez lord Castlereagh, mais envoyées ensuite

AVANT-raopO!) xim

Si précieuses qae fassent les informatioDS que le dépouillement des correspondaDcen fournissait joamcllement au Gouvernement autrichien, il loi était cependant impossible de s'en contenter. Il avait un intérêt majeur à 6tre an courant, de la façon la plus exacte et à la fois la plus rapide, des moindres incidents et dos menus faits journaliers de la vie que menaient i Vienne tous ces hôtes illustres que le Congrès y avait rassemblés, et surtout des opinions qu'ils émettaient, des critiques qu'ils se permettaient, des jugements qu'ils portaient dans l'intimité sur les hommes et sur les choses, des confidences qu'ils faisaient à leurs collaborateurs, des instructions, des ordres qu'ils donnaient lorsqu'ils se croyaient à l'abri de toute indiscrétion.

Hager n'avait du reste pas été pris au dépourvu. 11 avait tout prétii et, à côté des agents ordinaires et subalternes (1) dont se servent les polices de tous les pays et qu'il n'eut pas grand'peine i faire entrer à des titres divers au service des personnages fraîchement arrivés dans la capitale de l'Empire, il avait la bonne fortune de disposer de personnes recrutées dans les plus hautes classes de la société. Les unes, les auxiliaires, percevaient de ce chef des rémunérations en général peu élevées ou même de simples indemnités, lan-

i leur deitinaUira que le baron Htger deinaoda le S ftvrier ItlS (F. I. m. SI' »d. S) li, dani ccrtaios cas, grave* et inUressaDts, oa De pourrail p«* l'auloriier ft «rréler et i garder ces documeoti.

Le U terrier, l'Empereur, (ont en ee rendant aux rai*oa* iavoqute* par Uager, lui faûait connaître qu' ■ il ne permettait la Misie dei origïaaui que dau de* o» eiceptioanellement grave* et qu'après avoir prii, au préalable, l'aviidu nûoiatre de* AStirei étrangères -.

I. Dès le 17 sepUmbre, Hager l'eiait adreiif au prince Tr*ultnian>dorfl grand-maître de* Cérémonies (cf. F. 1 3T:B ad. SMS) pour le prier de faire donner an personnel de service dan* le* appartement* de* souverains et de leur suite 1 la Barg l'ordre de ■ fournir des renseignement* sur ce que font ce* personnage*, chose d*autanl plus nécessaire que, par exemple, l'Emptrtar dt Raaie a dijà rtfaU tout ttrtict d'Aonnenr >.

Le 34 septembre (F. I. 3«M ad. WM), Ua^er avait adressé k l'agent qu'il chaifcait de le renseigner sur tout ce qui se passera, se fera et se dira dans les Aantes ^iUrei et dans le monde diplomatique des inslructions que nous ■von* eu soin de reproduire et qu'an trouvera plus loin, jointes i l'envoi fait par Hager dans son bordereau du îi sepLembre.

Page 1