‹ Les dessous du Congrés de VienneChapitre 111 sur 171 · I. Neveu d'Elisa Bacciochi · texte numérisé non relu

I. Neveu d'Elisa Bacciochi

Bordereau et rapport journalier du 13 juin. Envoi d'intercepta divers du 12 et 13 juin.

2569. Vienne, 11 juin 1815 (F. 3. 505.1585 ad 3).

.... à HAGER

Le refus de Labrador de signer l'acte final et les ordres du roi relatifs

à Parme et à Olivenza.

Pendant toute la journée d'hier Labrador a persisté dans son refus de signer les articles du Congrès (1). Il jsl montré à un de ses intimes amis la dépêche qu'il venait de recevoir de Madrid par courrier extraordinaire et dans laquelle son roi approuvait la conduite qu'il avait tenue au sujet du duché de Parme et de la cession d'Olivenza (2).

Je saurai encore dans la matinée d'aujourd'hui ce qui s'est dit et fait dans la conférence d'hier et ce qu'il aura mandé à ce propos à sa Cour, et j'en informerai aussitôt Votre Excellence.

2570. Vienne, 11 juin 1815 (F. 3. 505. 1585 ad. 3^

e© à HAGER

Les embarras d'argent de la Bagration. Sa conversion au bonapartisme. L^' Légations et le prince Eugène. Un mot de Napoléon sur Talleyrand. Eiof^ du Congrès et de Metternich.

On ne fait plus que me parler partout des terribles embarras d'argent de la princesse Bagration. On m^afGrme que sur la plainte déposée en justice par ses créanciers, les magistrats

1. L'Espagne n'y accéda que par le traité signé à Paris le 10 juin 1S17 ptr Fernan Nunez (Cf. d'AROBBBRO, 1737).

3. Les Puissances avaient décidé que la place d'Olivensa ferait retour t.- Portugal.

WATEBLOO ET LES LENDEMAINS DU CONGRÈS 6i5

n'ont pu faire autrement, et tout en usant encore de ménagements avec elle, que de Tobliger à rester aux arrêts chez elle. Le public, qui en veut à la méchante princesse, qui, par Tinfluence qu'elle exerçait sur TEmpereur de Russie, nous a fait tant de mal, se réjouit de ce qui vient de lui arriver, mais proteste contre les égards qu*on a cru devoir avoir à son égard. Il parait aussi que la Bagration a embrassé la cause de Bonaparte et manifeste ouvertement contre la guerre qu'on a décidé de lui faire. Elle ne se gêne pas pour dire que peu importe à la Russie que ce soit Napoléon ou Louis XVIII qui habite les Tuileries.

Serra Capriola, Labrador et RufTo sont très montés contre l'Autriche. Ils blâment la mollesse qu'elle a montrée, lorsque la Russie a exprimé le désir de voir attribuer les Légations au prince Eugène et son attitude en présence des protestations de Consalvi.

Une certaine comtesse Romer, arrivée de France ces joursci^ a raconté pendant la fête champêtre donnée par Stackelberg en l'honneur de la princesse Lubomirska que Napoléon, parlant dernièrement de Talleyrand, avait dit: « J'ai deux torts à me reprocher vis-à-vis de Talleyrand, le premier, de n'avoir pas suivi les sages avis qu'il m'avait donnés, le second, de ne l'avoir pas fait pendre, n'ayant pas suivi le système qu'il m'avait indiqué. »

En somme, on considère qu'on a énormément fait pendant ces huit mois de Congrès et que jamais Congrès n'a amené des résultats aussi graves et aussi importants. Le Congrès immortalisera le règne de l'Empereur François et l'on reconnaît maintenant dans le public que l'honneur d'avoir eu l'idée de ce Congrès et de la réunion des Souverains à Vienne revient en grande partie, et même presque exclusivement, au Ministre des AfiFaires Etrangères qui a le droit d'être fief de son œuvre.

2571. Vienne, 13 juin 1815 (F. 2. 505.1585 ad 2).

DALBERG à la Comtesse SCHÔNBORN (àSchônborn, près Mallebern (1) (^Intercepta) (en français).

Le saicide de Berihier. Le commencement imminent des hostilités. Souhaits charitables qu'il fait pour les Français. Ses projets.

Plains-moi, ma vie est ennuyeuse; mais je ne choisirai pas le sort de Berthier (2). Depuis longtemps sa tête était légère, mais TeiTet du mariage la lui a rendue lourde (3). 11 a pris iio vertige.

Les hostilités commenceront du 15 au 16 en Brabant(i) et ainsi de suite. Le retard n'a pas fait de mal. La nation a ju^é sa situation. La fermentation en France est trop forte. On est à la veille de quelque éclat.

J'augure bien du résultat de la campagne. Il faut en tuer tant qu'on peut, les conduire en Sibérie et les y laisser faire des enfants.

J'irai à Munich le plus tôt que je le puis. Nos expéditions ici dureront encore huit jours. On ne me reverra pas de sitôt à un Congrès.

2572. Vienne, 15 juin 1815 (F. 2. 505.1599 ad 2).

HAGER à l'EMPEREUR

Bordereau et rapport journalier du 14 juin. Liste et Env à' Intercepta du 12, parmi lesquels des dépêches et lettres de et à Wintzingerode, Clancarty, Munster, Salmour, Wolkonsky et Humboldt.

1. Schœnborn-Mallebern, à 40 kilomètres de Vienne, à 13 kilomètres de Stockerau, sur la route deZnaim.

2. Berthier, on le sait, se suicida le l 'juin à Bamberg et les causes de ce suicide sont restées énigmaliques.

3. Berthier avait en 1808 épousé par ordre une princesse bavaroise de !> ligne de Deux-Ponts-Birkenfeld.

4. Dalberg ne se trompait guère puisque le 14 juin l'Empereur gagoail U bataille de Ligny.

2573. Vienne, 14 juin 1815 (F. 2. 505.1599 ad 3).

e e à HAGER

Protestation de la Suède contre la reconnaissance de Ferdinand IV. L'avarice et le peu de zèle de Ruffo. Labrador. Consalvi. Impression générale sur les résultats du Congrès.

Il paraît positif que la Suède a protesté contre l'insertion dans Tacte du Congrès de la reconnaissance de Ferdinand IV comme roi des Deux-Siciles et de la garantie de Tattribution de ce royaume à la maison de Bourbon, en se basant sur le fait qu'il n'a pas été fait mention de cette couronne dans le traité de Paris et qu'on s'était engagé à ne parler à Vienne que des questions déjà soulevées et prévues par le dit traité.

On critique assez durement l'attitude du commandeur RufTo, son indifférence, le peu de zèle qu'il apporte à la défense des intérêts de son roi et son avarice d'autant plus incompréhensible que Ferdinand IV lui alloue, à lui comme à Serra Capriola, un traitement mensuel de 1.000 ducats. La comtesse Zichy affirme de plus qu'il y a trois ans Ruffo a intercepté et détourné des lettres adressées par son souverain à l'Empereur et à l'Impératrice d'Autriche.

Au dire de tous, c'est Labrador qui est le grand avocat des Bourbons. Il semble aussi que Consalvi soit assez satisfait des résultats du Congrès.

Enfin l'impression générale est que le Congrès a mieux fini qu'on ne le pensait et qu'en somme chacun est parti satisfait, parce que de part et d'autre on s'est résigné à faire des sacrifices en vue de l'intérêt général et de la tranquillité du monde.

Nota à HAGER (en français).

Promesse de renseignements sur l'état des finances de la Bagration.

Pas plus tard que demain je saurai le véritable état des finances de la princesse Bagration que je soutirerai à la com«

envoyés des autres cours, ont été pour le temps de la campagne réglées d'un commun accord de la manière suivante :

1* Les ministres des cabinets d'Autriche, de Russie et de Prusse se trouvant au Quartier Glénéral près de leurs souverains qui ne se feront pas représenter par des envoyés, le< autres Cours, qui désirent accréditer deâ envoyés au Quartier Général des souverains, sont invités à désigner une seule personne chargée de les représenter près de ces trois souveraine et de traiter avec leurs cabinets.

2"* Ces envoyés, formant le corps diplomatique à la suit: des armées, seront constamment réunis d'après les facilités locales, soit dans le lieu du Quartier Général même, soit le plus à portée de ce Quartier Général. 11 sera nommé une seuK^ personne par chacune des trois Cours d'Autriche, de Prus^'c et de Russie qui sera chargée de conférer avec les envoTÎ'; en cas de séparation.

3** Afin de régulariser le service, il sera nommé un quartiermaître particulier pour le corps diplomatique.

Le soussigné... prie les ministres plénipotentiaires au Con* grès de Vienne de lui faire connaître les personnes dont leurs Cours ont fait choix.

2581. Vienne, 16 juin 1815 (K. 2. 505.1603 ad 2).

HAGER à TEMPEREUR

Bordereau et rapport journalier du 15 juin.

Liste et envoi des intercepta du 14 juin^ parmi lesquels des pièces de ou à Stackelberg, Spaen, Corsini, Piquot, Rechl^e^^^ Clancarty, Gaertner, Palmella et M"* de Montesquiou.

2582. Vienne, 14 juin 1815 (F. 2. 505.1603 ad 2;.

De la main de HAGER Les sentiments qu'Anstett afficjie après avoir reçu l'ordre de Léopold.

Anstett, bien qu'on Tait décoré de Tordre de Léopold à la fin du Congrès,, n'en continue pas moins à déblatérer contre

Mctternich. Il affecte de n'attacher aucune valeur à cette distinction. On prétend même qu'il a dit qu^il ne la porterait jamais. Mais ses actes ne répondent pas à ses paroles puisqu'il l'arbore constamment.

Lorsque VEmpereur Alexandre conféra le titre de prince à RazoumoiTski, il lui Gt un riche cadeau. Le nouveau prince se rendit, dit-on, immédiatement chez Anstett pour le remercier, lui dire que c'était lui qui avait presque tout fait au Congrès et que c'était à lui qu'il devait tout.

2583. Vienne, 14 juin 1815 (F. 2. 505.1603 ad 2).

HAGER à un de ses agents.

Savoir ce qu'Anstelt dit et pense du Congrès.

Ordre de chercher à savoir ce qu'Anstett pense des travaux du Congrès et des conséquences de ce Congrès.

2584. Vienne, 14 juin 1815 (F. 3. 505.1603 ad 2).

Nota à H AGER (en français) .

Montant des dettes de la Bagration, intervention d'Eikam et deSerra-CaprioIa. Le comte Litta. La Bagration redevenue légitimiste. Le caractère de la princesse. La comtesse de Marassé.

Les dettes de la princesse Bagration sont de 21.801 ducats, 18.121 florins (monnaie de convention) et de 7.860 en effets.

M. Elkam a répondu pour 7.000 ducats (1). On a mis en dépôt tout ce qu'on avait en meubles, nippes, bijoux, etc., etc. On va tirer des lettres de change sur le comte Litta, de Saint- Pétersbourg. Si elles sont acceptées, on se tirera d^affaire.Sans quoi, la princesse sera mise en prison. Toutes ses ressources sont épuisées*

On veut engager le duc de Serra Capriola, grand ami du

1. Le ducat valait un peu plus de 12 francs et le florin (argent) environ 2 fr. 60.

beau-père de la princesse (le comte Litta), à lui écrire. Je lai écrirai aussi, étant depuis des années lié et en correspondaact avec lui. Mais ce Monsieur est très économe et très égobte. Il fait vendre à présent ime terre de la princesse pour se rembourser de l'argent qu^il lui a avancé Tannée passée. Au^'i je ne sais pas ce qu'on peut espérer de lui.

Tel est Tétat des Gnances de cette malheureuse folle cha qui le monde a tant couru dans les beaux temps et qu*il plante là à présent qu'elle est dans la détresse. Je sais qu'elle pleure, qu'elle est devenue sage, qu'elle protège à présent Louis XVIII. qu'elle a Tair de renoncer aux folies. Mais si M. Elkam veut en répondre, il en est le maître. Pour moi, je n'en répond> pas. L'orage passé, elle provoquera de nouveau des orages, !>i on ne la fait pas revenir à Pétersbourg dans la maison de sa mère.

Tel est le résultat de mes recherches faites auprès de lâ brave comtesse Marassé qui est enfoncée dans les affaires de cette princesse sans avoir pu jamais j mettre ordre, ni l'arrêter de faire la plus petite folie depuis qu'elle vit avec elle.

2585. Vienne, 13 juin 1815 (F. 2. 505.1603 ad 3.).

HUMBOLDT à HARDENBERG [Intercepta) (en français) (analyse).

Conférence avec Glancarty. Les protestations de quelques Médiatisés contre

les décisions du Congrès.

Il lui rend compte de sa conversation avec Clancartj relative à « Tapprovisionnement de Tarmée prussienne des Pars- Bas », et de ce qu'il a écrit à ce sujet à Blûcher.

« Du reste, il ne s'est absolument rien passé. Le Pape, les Maisons de Salm, les Princes de Fûrstenberg et le comte de Bentheimont adressé des protestations au Congrès (1). Comme elles n'exigent pas de réponse, je les envoie à Votre Altesse. »

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