OBSERVATION XIX
C’..., Martin, 20 ans.
PLEURÉSIE PURULENTE AVEC PHÉNOMÈNES PSEUDO-CAVITAIRES. — ANCIENNE PLEURÉSIE DROITE. — NÉPHRITE TYPHIQUE.
(Cette observation, fort intéressante, nous contraint àun développement plus considérable, par suite des séjours multiples que le malade fit à l'Hôtel-Dieu.)
1er SÉJOUR. — Salle St-Augustin, n° 28.
Entré le 25 août 1898.
Sorti le 28 septembre 1898.
Diagnostic clinique : DOTHIÉNENTÉRIE.
Rien à noter dans les antécédents héréditaires ni personnels.
Début de l’affection le 20 août. Le 21 août, longue course par la grande chaleur, terminée par des excès de boissons. Le surlendemain le malade accusait une céphalée très intense, de la diarrhée et de la faiblesse générale.
A l'entrée : facies vuliueux. Malade peu abattu. Pas de délire, pas de dyspnée, pas de toux ni d’expectoration.
Ventre peu empâté, indolore à la pression.
Gargouillements dans la fosse iliaque droite.
Pas de taches rosées.
Rate grosse : quatre travers de doigt.
Rien aux poumons, ni au cœur.
Pouls à 108.
Piliers antérieurs du voile du palais à muqueuse dépolie en voie d’ulcération.
Séro-diagnostic donne une ébauche d’agglutination ; beæucoup de bacilles mobiles; peu d'agglutination.
Traitement: bains froids à 25e.
29 août. — Un peu d’albumine.
31 août. — Séro-diagnostic positif.
Pouls à 108.
Muguet de l’arrière-gorge et du voile du palais.
Bains à 28.
2 septembre. — Abattement considérable. Hyperthermie.
3 septembre. — Céphalée intense. Pouls : 112. Température.: 4009.
Cyanose après les bains.
Rien au cœur. Râles de bronchite aux poumons.
Douleur de gorge. Muguet diminué.
Fosses iliaques toujours douloureuses.
9 septembre. — Pouls : 100. Plus de diarrhée.
Abdomen ballonné ; pas de taches rosées.
Langue humide.
Matité de la rate : 4 à 5 travers de doigt.
8 septembre. — Pouls : 120. Température : 41°.
9 septembre. — Température tombée à 37°. Pouls : 06.
Rien au cœur. Bronchite persiste.
10 septembre. — Pouls : 84.Cœur faiblit un peu.Diarrhée diminuée. Grandes oscillations thermiques.
14 septembre. — Muguet diminué.
Cœur normal. Un. peu d'éclat du 2° bruit. Pouls: 100. Abdomen souple. Plus de taches rosées. Langue humide. Température à 380.
18 septembre. — Bon état général. Apyrexie,
28 septembre. — La température s’est maintenue depuis trois jours entre 38° 4 et 37°.
Expectoration purulente.
Langue non dépouillée.
La courbe thermique, du 25 août au 6 septembre, s'est maintenue entre 30° et 41°. Du 6 au 11 septembre, le malade a présenté de grandes oscillations, de 39° à 419. Chute lente à partir du 11 septembre; oscillations de 1° de 3705 à 3895, jusqu’au 24 septembre.
La courbe d’agglutination montre une période stationnaire du 25 au 29 août, puis élévation lente pour atteindre l’acmé le 16 septembre et redescendre lentement ensuite.
28 septembre. — Le malade part pour Longchêne.
29 SÉJOUR. — Salle St-Augustin, n° 43.
. Entré le 19 octobre 1898.
Sorti le 26 novembre 1898.
Angine et point de côté à Longchêne depuis le 14octobre.
Le 24 octobre. — Pouls: 120.
A la base droite, matité de la demi-inférieure.
Matité de bois,
. Abolition des vibrations. Egophonie.
Quelques râles seulement dans l’aisselle.
25 octobre. — Même état général qu’hier.
Pouls : 132, peu tendu.
Signes d'épanchement persistant à droite. Souffle aigu dans toute la zone mate. Râles fins au sommet.
re ponction exploratrice : liquide citrin, séro-fibrineux, Ace.
26 octobre. — Température tombe à 37°.
Matité aux 2/3 inférieurs à droite.
Egophonie à la partie moyenne. Souffle disparu.
Quelques râles au sommet de l’aisselle.
Silence presque absolu sur toute la zone mate.
27 octobre. — Bon état général. Température remontée hier soir à 30°,
Au poumon droit, vibrations perçues jusqu’au tiers inférieur. Souffle diminué. Frottements expiratoires de haut en bas.
28 octobre. — Température : 39e.
Signes d’épanchement à la base gauche.
29 octobre. — 2° ponction : 4 cc. de liquide mélangé d’air
et de sang, Prise de sang dans les veines du bras.
31 octobre. — Température autour de 3895. Pouls : 100,
large et presque dicrote.
Expectoration purulente.
Signes stéthoscopiques n’ont pas varié.
15 novembre. — Matité persiste encore notable au côté droit.
Adhérences probables.
19 novembre. — Rétraction considérable de tout l'hémi-
thorax droit. Obscurité et matité aux 2/3 inférieurs.
Au poumon droit: matité au sommet en avant et en arrière. Vibrations très exagérées. Respiration obscure.
A l’extrême base, en arrière, égophonie notable,
3e ponction : en arrière, dans le dixième espace intercostal, l'aiguille pénètre de 4 cent. dans une masse fibreuse résistante. On retire 1 cc. de sang.
26 novembre. — Pas de température depuis 8 jours, sauf un 38°5,hier soir.
Le malade quitte le service.
Recherches bactériologiques, faites à la suite des ponctions exploratrices.
ire ponction. — Ensemencement de trois tubes de bouillon avec un cc. de liquide chacun. Le lendemain, tous les tubes ont poussé. Cultures pures de courtes chaînettes de streptocoques gardant le Gram.
Inoculation, le 27 octobre, d'un gros lapin. Deux cc. dans la veine avec culture de la première génération ; mort le 2 novembre avec septicémie, sans lésions localisées. Second lapin inoculé le 29 octobre, 1,500 grammes ; injec-
tion dans la veine d’un centimètre et demi de culture de la deuxième génération. Mort le 2 novembre, avec mêmes symptômes que le premier.
26 ponction. — Liquide de même nature.
Deux tubes de bouillon ensemencés, donnent les mêmes cultures que la première fois.
3° ponction. — Un peu de sang qui, ensemencé en trois tubes de bouillon, ne pousse pas.
Ensemencement bactériologique du sang, le 29 août.Prise dans la veine du bras de 9 cc. de sang. Deux tubes de bouillon ensemencé avec une partie de ce sang ; pas de culture.
Séro-diagnostic typhique, le 25 octobre; positif à 1/30 (sang), positif à 1/30 (liq. pleural).
3e Sésoux. — Salle St-Augustin, n° 30.
Entré le 25 août 1900.
Sorti le 2 novembre 1920.
Diagnostic clinique : NÉPHRITE CHRONIQUE. — FIÈVRE TYPHOÏDE DATANT DE DEUX ANS.
Depuis, il aurait gardé une santé délicate et toussait fréquemment. [Il rentre dans le service, en 1900.
A la fin d’août 1900, pour la première fois, on constate de l’'albuminurie. A cette époque, colique et diarrhée.
En septembre, début de l'œdème des jambes et de la face. Le régime lacté le fit disparaître et le malade sortait le 2 novembre 1900. Il n’a pas pu reprendre son travail, souffrant d'une dyspnée d'effort intense avec œdème des jambes. Il toussait et crachait beaucoup de sang. Amaigrissement considérable.
4° Sésour. — Salle St-Augustin, n° 52.
Entré le 3 décembre 1900.
Mort le 28 décembre 1900.
Diagnostic clinique. — ANCIENNE NÉPHRITE TYPHIQUE. — PLEURÉSIF PURULENTE A DROITE, — EMPHYSÈME. — OPÉRATION. — MORT.
A.l'entrée::
Boufhissure de la face très accusée.
Œdème des jambes jusqu'aux genoux, du scrotum et de la verge.
Ballonnement du ventre et œdème de la paroi abdominale.
Au cœur : Pointe imperceptible. Léger souffle diastolique au 2° espace intercostal gauche.
Foie normal.
Aux poumons : Dépression considérable à la partie inférieure, dans la plus grande étendue de l'hémithorax droit.
Amaigrissement des masses sus-épineuses, plus accusé à droite.
A l’auscultation, à la base droite : obscurité. Un peu audessus, souffle aigre avec quelques bruits métalliques. Timbre métallique de l'inspiration pendant la toux. Bronchophonie.
Vibrations abolies à la base, diminuées au-dessus,
Dans la fosse sous-épineuse, vibrations normales ; dans la fosse sus-épineuse; matité ; vibrations augmentées, expiration soufflante sans râles.
En avant, vibrations élevées. Submatité. Obscurité de la respiration.
10 décembre. — Persistance des signes d’épanchement à la base droite. Œdème des parties génitales.
Urines très abondantes. 6 gr. 5 d’albumine par litre.
L'épreuve du bleu montre l'apparition au bout d'une demi-heure. Maximum une heure et demie après l’ingestion.
Ponction exploratrice, donne liquide franchement purulent.
Pas de bacilles dans les crachats.
18 décembre.
Urines pâles, décolorées, toujours très albumineuses. Le malade est envoyé en chirurgie, salle St-Louis.
Signes d'épanchement de plus en plus nets.
27 décembre, — Entré à St-Augustin, On lui fait un empyème 2t résèque une côte. On est ainsi tombé dans une poche pleine de pus.
L’œdème des parties génitales n'existe plus. Il s’est porté sur le membre supérieur droit où il est blanc, mou, douloureux.
Douleur dans la dézlutition. Un peu de rougeur de la luette et des amygdales.
Le malade indique comme siège de douleur maxima la région du cartilage thyroïde.
28 décembre. — Le malade essaie de se lever dans la nuit. On l'en empêche et il meurt un quart d'heure après.
Autopsie le 29 décembre 1900.
Au niveau de la fistule de l'empyème, on trouve une poche du volume d'une mandarine, pleine de liquide séro-purulent.
Plèvre épaissie,adhérente au poumon dans tout le reste de son étendue.
Poumon sous-jacent sclérosé.
À gauche, engouement du poumon et pleurésie: A la surface du poumon, on trouve de nombreux exsudats fibrineux et quelques fausses membranes organisées. Pas de liquide dans la plèvre.
Pas de tubercules ni dans la plèvre, ni dans le poumon.
Cœur petit. Symphyse péricardique complète.
Foie de volume normal, un peu mou.
Rate volumineuse.
Reins très intéressants,blanc jaunâtres. Capsule adhérente.
Dégénérescence amyloïde très accusée.
Substance corticale très augmentée de volume.
Réaction à la teinture d'iode douteuse,
Examen du liquide pleural :
A Ja suite de la ponction exploratrice du 10 décembre, pus jaunâtre, sans réaction à la teinture de gaïac, globules granulex, mort.
Fixation par les vapeurs osmiques. Le pus devient noir et visqueux.
Pas de bacilles de Koch dans les crachats, ni dans le liquide pleural.
Contient des chaînettes de streptocoques.