JOSEFA ROMERO
« L'adresse à Josefa Romero, rue Martin de Parma,
n° 8, à Ecija, province de Séville.
« Son excellence me fera aussi la faveur de dire à mon fils. s’il est de ce monde, qu’il me fasse savoir s’il a reçu une lettre de moi avec un mandat de trente réaux et une image de la sainte Vierge, patronne de notre vallée.
« Je me sens assez forte pour recevoir la nouvelle de tout ce qui peut être arrivé de désagréable à mon
fils. Que son Excellence ne craigne donc pas de me faire dire ce qui lui sera arrivé. Quoi que ce soit, je le supporterai avec patience, et en me conformant à la volonté de Dieu. »
A la lecture de cette lettre, le général O’Donnell chargea aussitôt un aide de camp, le lieutenant colonei Rizo, d'aller s'informer du lieu où se trouvait le soldat Carrascosa.
Garcia Rizo exécuta les ordres de son général. Heureusement pour cette pauvre mère, à qui fait tant d'honneur cette lettre, modèle d’amour maternel, le soldat était vivant et avait reçu la lettre , et il assurait qu’il avait écrit à sa mère.
Le comte de Lucena répondit alors de sa main à la pauvre mère affligée, qu’il tranquillisa de son mieux en lui donnant des détails sur son fils et l’assurant que, loin que sa démarche l'eût importuné, elle lui avait, au contraire, procuréle plaisir de lui donner une bonne nouvelle.
On se figure aisément avec quelle joie la mère de notre soldat aura reçu cette lettre, et comment celle-ci aura couru de main en main, d’un bout de la ville à l’autre.
Enfin, nous terminerons ces notes légères par une saillie andalouse, afin qu’un sourire vienne se joindre aux larmes d’attendrissement qui remplissent nos yeux ; c’est le toast suivant porté dans un diner qui eut lieu, à l'occasion de la prise de Tétuan. « Je bois. dit celui qui en eut l’idée, je bois à l’accolade qu’aura donnée l’empereur du Maroc au premier qui lui a porté la nouvelle de la déroute de son armée ! »