‹ Les dettes acquittéesChapitre 12 sur 15 · FN D · texte numérisé non relu

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Tout est bien qui finit bien.

æahtste œ*- . (2 - . gene Quelques mois après, on célébrait à Bornos

une joyeuse noce, celle de Miguel et de Catalina. Gaspar y assistait complétement rétabli, mais ayant perdu l’usage de son bras droit. Il avait perdu un bras, mais en échange, il avait recu unemedaille d’or, une croix avec sa pension et une rente viagère la rente comme estropié dans la guerre d’Afrique, la croix pour récompense de sa bravoure, etla médaille pour prix de son dévouement et de sa générosité,

Nord ayons — Tous les jours, Rai des motifs de rendre

grâce à Dieu. IL n’y a pas de père plus heureux que moi! s’écriait gaîment Juan Jose :

je n'ai qu'un chagrin, c’est de te voir manchot, mon fils. Mais qu’y faire? tu as noblement payé ta dette à la patrie, Gaspar.

— Père, répondit Gaspar, en montrant avec enthousiasme sa médaille et sa croix, la patrie m'a amplement payé la sienne}

— Cest vrai, fils ; et sur ce, buvons, EQQpers ! Vive la Reine, et vivent toutes les âmes généreuses et véritablement espagnoles qui, à l'exemple de Sa Majesté et de la famille royale, ont contribué à secourir les

blessés et les estropiés de la guerre d’A-

frique !

my

Nous ne voulons pas termirer ce petit assem-

blage de traits héroïques, généreux et tendres, emeus guerre d'Afrique, qui feront connaîitre le caractère et les sentiments de notre nation, sans ajouter quelques détails d’un vif intérêt.

Le général Marchessi disait, dans sa magnifique allocution aux recrues du pays basque, pour les exciter par le souvenir des glorieux exploits de nos devanciers : « Souvenez-vous qu’ils entreprenaient tout au nom de Dieu, et faisons comme eux, » Aussi comme ceux qui, en achevant une œuvre, la couronnaient

avec la croix, nos soldats d'aujourd'hui ont couronné Ja leur, en entrant dans la cité conquise , non en ennemis exaspérés, non en conquérants impitoyables et altiers, non en gens qui venaient de voir leurs camarades et amis horriblement mutilés sur le champ de bataille, mais en Chrétiens, en civilisateurs, en hommes généreux, qui voyaient se prosterner à leurs pieds une misérable multitude possédée de la double épouvante et de ce qu’elle avait souffert de la brutale et barbare soldatesque marocaine et dé ce qu’elle croyait avoir à craindre d’un vainqueur outragé et avide de vengeance; multitude qui implorait la clémence du vainqueur, en criant: « Vive la reine d’Espagne! vivent les seigneurs espagnols! » ces cœurs qui, il y à un instant, étaient d’acier devap{ledanser, impassibles devant la tempête et la mort, s’attendrissent et s’amollissent devant la désolation, devant le malheur, devant la misère. Pogreciros ! cette douce épithète dans laquelle se fondent la compassion et amour, car nous l'avons déjà dit, la compassion est le plus pur des amours ; PoBrEciTos ! parole magique de la charité, qui ne peut se traduire dans aucune langue, en lui conservant sa signification naïve, son

prestige délicat, sa douceur affectueuse, cette parole

si petite qui embrase comme une étincelle le divin bûcher du feu sacré, sort de ces mêmes lèvres qui tout à l’heure commandaient avec énergie une charge à la baïonnette, et est répétée par tous les soldats qui distribuent tout ce qu'ils portent à ces malheureux affamés. Et cela sans ostentation, sans jactance, avec autant de simplicité que le raconte un soldat dans ce paragraphe d’une lettre :

« Nous leurs donnions tout ce que nous pouvions, car nous ne voyions plus en eux nos ennemis, mais de pauvres diables qui n’avaient pas de quoi man-

ger. »

Un neveu à nous, officier d'artillerie, nous a écrit ce qu’on va lire :

« J'ai éprouvé une jouissance infinie à me convaincre que le soldat espagnol est aussi humain que vaillant. J'ai vu les soldats distribuer leurs biscuits aux pauvres, et l’un d'eux prendre en croupe, sur sa mule, un malheureux juif à qui il disait : « Pourquoi ne viens-tu pas quand nous prenons le rancho? il y en a de reste, et nous vous en donnerions ; et puisque vous avez si grand faim, que vous importe qu'il y ait du lard? »

Voici une lettre d’un autre officier, que publie un

journal de Séville :

« Un respectable vieillard gisait déjà mort, horriblement mutilé, la tête à trois pas du tronc, et à la portée de ses mains, encore crispées par les affres de l’agonie, on voyait un couteau ensanglanté et sans manche. Plus loin une femme complétement nue et de traits assez réguliers, faisait effort pour saisir, de la seule main dont elle pouvait se servir, un bel enfant qui pouvait avoir deux ans et qui semblait mort. |

CŒEn me voyant, un cri de joie s’échappa des lèvres livides de cette infortunée : elle me raconta en mauvais espagnol que j'avais bien de la peine à comprendre, que, la nuit précédente, les Maures s'étaient présentés chez elle, et qu'après avoir forcé sa porte, ils avaient assassiné son père et son mari dont ils avaient traîné le cadavre dans la rue. Dans sa défense désespérée , 1ls l’avaient blessée au bras gauche. Puis ils avaient enlevé tout ce que la famille possédait, y compris quelques quintaux de cire. Par bonheur l’enfant n’était qu'évanoui, faute de nourriture. Grâce à un verre de vin qu’un soldat prit

APPENDICE. 1o1

je ne sais où, nous parvinmes à le rappeler à la vie.

« Vousdire les démonstrations de joie auxquelles se livracettemère, quand elle vit son enfant r’ouvrir les veux, serait chose impossible. Elle m'embrassait, me suppliant de re pas l'abandonner, et nous appelaitses sauveurs. Enfin, après l'avoir secourue autant qu'il me fut possible , je quittai la #aison profondément ému.

«On a commencé quelques travaux où sont admis tous les juifs qui le veulent , et ils reçoivent une rétribution de quatre réaux par jour.

« L'épouvantable misère de ces malheureux à donné lieu à des actes d’une abnégation admirable. On a répandu des aumônes infinies , et plusieurs soldats se sont privés de leur ration pour soulager la

faim de quelques infortunés.

« Une multitude d'hommes sont occupés à nettoyer les rues, et un ordre du jour enjoint aux habitants de livrer toutes les armes qu'ils possèdent. et de les déposer entre les mains d’un Maure qui, avec le titre d’Alcade, a mission de les recevoir.

« Le général Rios, avec une activité et un zèle digne du plus grand éloge, procède à l’organisation de l’ayuntamiento et à la dénomination des rues.

La grande place à reçu le nom de place d’Espagne (4). »

Parmi les faits innombrables qui attestent, en même temps que l'ardeur patriotique et la constance des incomparables soldats de notre armée d'Afrique, l'esprit éminemment religieux qui les anime et les fortifie dans le combat, nous citerons celui que nous avons lu dans une correspondance écrite du camp placé en regard de Tétuan, par une personne honorable qui en fut témoin.

Au moment où un artlleur asturien venait de mettre le feu à un canon, ses camarades remarquèrent le ravage que la mitraille avait produit dans un groupe de Maures, et éclatèrent en applaudissements et en vivats bruyants, en embrassant leur compagnon ; mais le soldat, pieux et sévère, loin de s’enorgueillir de ces démonstrations si enthousiastes et

si méritées, et comme inspiré par les sentiments dont

(1) Depuis la fin de la campagne, le général Rios, chargé du commandement des troupes laissées dans Tétuan, y est mort au milieu de regrets universels auxquels s’est associée la reine Isabelle.

(Note du Traducteur.)

son cœur était plein dans ces moments suprêmes, ouvrit son uniforme, et montrant à ses camarades un scapulaire de la sainte Vierge de Covadonga que sa mère lui avait mis au cou, quand il se séparait d'elle, leur dit :

« C’est à celte Señora, à elle, ma patronne et mon recours, et non à moi qu'est dû tout ce que je fais et ferai pour ma patrie et pour ma reine, doña Isabelle Seconde. »

A la première messe célébrée dans Tétuan, laquelle fut dite par un vénérable missionnaire, assisté par les aumôniers militaires, et entendue par le général en chef avec tout son état-major et des détachements des divers régiments, l’officiant prononça une allocution oùil constata ce fait très-éloquent, que de plus de quatre mille blessés ou malades de notre armée d'Afrique qu'il avait assistés dans les hôpitaux, il n’y en avait qu’un qui n’eût au cou ni médaille ni scapulaire, et c'était un galérien, de ceux qui accompagnent l’armée pour être employés à certains travaux.

Mais qui pourra énumérer les marques d'humanité tendre et chrétienne qu'ont données, durant cetts campagne, officiers et généraux ? Rappelons comme

échantillon cette belle phrase attribuée au général Ros de Olano, aussi brave que prudent à ia guerre, et si soigneux du bien-être de ses troupes : Jaime mieux un soldat vivant que dix Maures tués; «et la délicate bonté de cœur du général en chef qui, au milieu de ces graves scènes et de l’immense responsabilité qui pesait sur lui, depuis que la Reine lui avait dit : Je te livre les destins de l'Espagne, et quand à peine il trouvait assez de temps matériel et de tranquillité morale pour le repos dont il avait besoin , trouva cependant l’un et l’autre pour répondre à la pauvre mère d’un soldat, dont nous reproduisons l’humble lettre, afin de prouver combien sont vrais les types que nousempruntons aux femmes du peuple.

Une pauvre mère avait écrit au comte de Lucena la lettre suivante :

« Ecija. Janvier (1).

« Très-excellent Seigneur, comte de Lucena,

« Une mère qui depuis deux mois n’a aucune nou-

velle du fils de ses entrailles, s'adresse à votre Sei-

(1) L'auteur donne l'original dans toute sa naïveté de

eneurie pour obtenir de son bon cœur qu'Elle ne laisse pas partir le courrier sans me faire la grâce d'ordonner à un de ses sécrétaires, car votre Excellence a d’autres choses à faire que d'écrire à une pauvre vieille comme moi, de me faire connaître comment se porte, ou s’il est mort ou blessé, Manuel Carrascosa y Romero, soldat du 1€ bataillon du Prince, 4e compagnie, n° 3. Ah ! très-excellent Seigneur, quelle satisfaction pour mon cœur, de savoir mon fils aux côtés de votre Seigneurie, pour défendre la patrie et remplir son devoir comme soldat, mais quel chagrin pour mon âme de ne pas avoir une lettre de lui ! Ah ! Seigneur, pour l'amour de Dieu et de votre famille, je vous supplie de chercher mon fils, et de lui commander de m'écrire par le retour du courrier ; ou si mon fils est blessé ou mort, au nom du ciel que votre Seigneurie me le fasse dire par son secrétaire, car si Elle a des enfants, Elle sait comme on les aime, et ce que je dois souffrir de ne pas avoir de nouvelles de mon fils. Je vous conjure donc de ne pas mé-

rédaction et d'orthographe. Le traducteur prendrait un soin puéril, s’il s’attachait à reproduire trop scrupuleusement l’une et l’autre. (Note du Traducteur.)

priser mes prières, et de me faire dire ce que je désire savoir ; car jusqu’à ce que je reçoive une reponse à cette lettre, mes pauvres yeux ne cesseront de verser des larmes amères.

« Que votre Excellence se conserve toujours en bonne santé et libre de tout mal, comme le demande à Dieu et à sa très-sainte Mère celle qui a bien osé limportuner, et lui demande mille fois pardon de

l'avoir dérangé,

« Sa très-humble et toute dévouée servante qui lui baise la main.

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