CHAPITRE I
liC Paisse et l'ATeiitr.
Les institutions politiques des Américains du Nord ont exercé sur le reste de l'Amérique une influence fatale.
En m'exprimant ainsi je ne juge pas ces institutions au point de vue du principe qu'elles représentent. Je constate seulement qu'elles ont entraîné les peuples des deux Amériques dans une série d'expériences où ils n'ont recueilli que d'amers fruits. — Leur histoire, depuis le jour où ils ont secoué le joug des métropoles, le démontre victorieusement à qui veut la consulter.
Je n'entreprends pas non plus de décider si les colonies espagnoles ont eu tort ou raison de prendre au pied de la
lettre l'exemple que leur avaient donné les colonies anglaises et de proclamer, elles aussi, leur affranchissement, les armes à la main.
Pour approfondir les causes de ces soulèvements successifs du Nouveau-Monde contre les Etals européens, il faudrait plus d'un volume de controverses sans issue et de discussions sans conclusion.
En tout cas on peut dire que toutes les colonies du Nouveau-Monde, étaient loin d'avoir à faire valoir les considérants qui servirent de base à l'acte d'indépendance par lequel les Américains du Nord proclamèrent leur séparation d'avec l'Angleterre.
Les habitants de ces colonies, issus du même sang que ceux qu'ils ont appelés leurs maîtres et leurs tyrans, étaient allés s'établir dans ces pays pour y continuer et y développer la politique, les mœurs, la religion, le commerce de leurs métropoles. Ils n'avaient pas à invoquer, comme les colons anglais, la violation d'un pacte social. Ils n'étaient pas non plus fondés ni à en appeler à la possession antérieure du sol , ni à revendiquer le principe si légitime de la nationalité.
Le sol, ils l'avaient eux-mêmes conquis sur des populations anéanties ou dispersées, et à qui seules il eût appartenu de le réclamer au nom de la loi naturelle.
L'origine dos races, les couleurs des pavillons flottant sur les cités du Nouveau-Monde; les lois civiles, morales et religieuses qui en régissaient les sociétés; les privilèges à peu près réciproques existant entre les colonies et la mèrepatrie, sons le rapport maritime et commercial; la protec-