‹ Les deux AmeriquesChapitre 20 sur 26 · DE L ESPRIT AMERICAIN · texte numérisé non relu

DE L ESPRIT AMERICAIN

tent au-devant de ceux qui le leur apportent, et s'assimilent leurs idées, leurs principes, leur âme.

Voilà pourquoi l'arrivée d'un sleamboat, d'un chemin de fer suffit pour changer la face d'un coin de pays aux Etats-Unis. Il faut donc attribuer à la facilité, au nombre, à la rapidité des voies de communication en Amérique, une grande part dans l'œuvre de progrès , même moral, qui s'y accomplit chaque jour.

La Providence à qui nous attribuons, dans ce fait, un rôle qu'on ne doit point oublier, a créé ce pays pour les hommes qui l'habilenl , et les hommes pour le pays qu'ils exploitent.

Certainement, ses desseins étaient bien marqués quand elle dotait le Nouveau-Monde de ces puissants fleuves grands comme des mers, et que l'on peut comparer aux veines qui font circuler le sang par tout le corps.

Fn effet, pourquoi là plutôt qu'ailleurs trouve-t-on, par exemple, un Mississipi navigable sur un cours de près de trois mille milles? Pourquoi les contours innombrables de ce fleuve géant? Pourquoi des rivières comme rohio et le Missouri, larges et profondes comme lui, et

qui viennent à sa rencontre, ouvrant à l'est et à l'ouest de nouvelles voies immenses ?

Pourquoi ce réseau d'autres fleuves et d'autres rivières se ramifiant sur tous les points, et si nombreux que l'œil a de la peine à suivre leurs sinuosités sur la carte?

Pourquoi ces lacs, véritables océans, mariant leurs eaux à celles de toutes ces rivières et de tous ces fleuves?

Pourquoi? sinon pour indiquer au génie de l'homme que partout où il voudra pénétrer, la route lui est aisée ; sinon pour lui prescrire d'accomplir ce pèlerinage de la civilisation, en lui interdisant tout prétexte d'impuissance.

N'est-ce pas là un beau défi lancé à la hardiesse de l'homme, une magnifique tentation offerte à son audace? Disons-le, l'esprit du peuple américain a accepté ce défi et s'est jeté dans celte tentation avec un audacieux courage, avec une surprenante hardiesse.

Si donc, d'une part, la facilité des communications a prêté, aux Etats-Unis, un grand secours à l'œuvre de la civilisation ; d'une autre part le goût et le besoin de la locomotion et de l'émigration, qui sont le caractère distinctif de ce peuple, y contribuent, chaque jour, avec une activiié merveilleuse.

Il ne s'ouvre pas à la spéculation , à l'ambition un champ nouveau que, dans un temps donné, de tous les coins de l'Union, ne s'organisent de nombreuses émigrations. L'Américain ab-'\jidonne avec une facilité inouïe la maison où il est né, et où il a été heureux, les villes les plus attrayantes, un milieu de luxe, de plaisir, de

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civilisalion, pour aller bravement planter sa tante au fond d'une forêt, en pleine société désordonnée î Sa femme, ses enfants le suivent avec une docilité exemplaire, sans murmure, sans regret.

C'est ce qui explique les résultats que je signalais plus haut; c'est ce qui explique aussi cette grande mobilité, ce jeu si facile qu'on observe dans les fortunes privées. Kn se déplaçant ainsi , l'Américain sait bien ce qu'il quitte, il sait également ce qu'il va chercher. Son caractère froid, calculateur, positif, a tout prévu, tout combiné. Il n'ignore pas- qu'il laisse le calme pour la tempête, la prospérité et la civilisation la plus avancée pour tomber au milieu du désordre et de la lutte. Que lui importe! Il a dans ses propres forces une confiance telle qu'il sait bien que sa présence seule et son exemple ramèneront le calme à la place de la tempête, qu'il assoiera la prospérité sur les ruines de la misère, qu'il étouffera le désordre et les luttes.

Aux Etats-Unis donc, la solution des plus graves questions qui se rattachent à l'organisation sociale gît dans l'avenir, et cet avenir est toujours si rapproché qu'on y peut avoir une foi pleine et entière. C'est presque une affaire du lendemain.

Plus d'un, parmi ces pays de l'Amérique qui ont tenté d'imiter les Etats-Unis dans la pratique de la démocratie, est doté aussi de fleuves splendirles , de lacs profonds, de terrains tout prêts à ouvrir de rapides voies de communication ; mais aucun des peuples des autres parties

de l'Amérique n'est doué de l'esprit qui caractérise les Américains du Nord.

Là est le mol de la grandeur des uns, de la décadence des autres!

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