LES DEUX ANGES GAUDIENS
son brevet : riant toujours.) Ali! ce diable de Batiste qui voulait...
MAX. (i)
Qu*est-ce que cVsl que ça ?
MICHEL
Ça? c'est mon brevet de prévôt de la garde. Je passais pour le premier tireur de Parmée... (Riant,) Je n'ai pas trop perdu, ma foi !... car, dernièrement je vois un assaut affiché... j'y entre... je disais mon avis sur les coups... Vous vous y connaissez donc, vieux? — Ma foi, un peu, que je dis... Voudriez-vous tirer quelques bottes?... Ça me chausse, que je réponds... et, ma foi, je les ai tous passés en revue... Us voulaient me porter en triomphe.
Croyez, père Michel, que si j'avais su...
MICHEL, riant, fiah! faut bien rire un peu...
U reporte son brevet dans rarmoire, Max aperçoit TuDiforme.
MAX
Mais cet uniforme... est-ce que ce serait?...
MICHEL
Le mien? mais oui.. . sergent dans'le premier régiment de la garde impériale... Là... j'ai beau tenir la porte de Tarmoirc toujours fermée, la poussière... Vous permettez, M. Max?.., Il prend rbabit, le mH sur une chaiseï prend une brosse et
lo nettoie.
MAX
Oh! je conçois que vous teniez à votre uniforme. Vous devez être fier, quand vous le mettez. (1) Max, Michel.
SCfeNE XV. 49
MICHEL
Moi?... Je ne le mets jamais, parce que, vous concevez, au bout de trente et quelques années, on est déformé... on a engraissé, ou on a maigri... et puis, les habits ont changé de mode... ce qu'on trouvait superbe de mon temps a Pair ridicule à présent... et, quand dans les grandes occasions, de vieux militaires comme moi mettent leur uniforme, il y en a qui se moquent, qui disent : « Vieilles bêtes ! vieilles culottes de peau ! Regarde donc celui-ci, on en mettrait dix comme lui dans son habit... et celui-là, il ne peut plus boutonner le sien!... » Ça prête peut-être h la plaisanterie, je n'en disconviens pas... mais on ne réfléchit pas que ceux, dont on se moque si légèrement, se sont battus pendant vingt ans, et qu'on ne riait pas alors en les regardant. MAX, étonné.
Ce raisonnement^ chez cet homme que je croyais si simple!...
MICHEL, qui netloie toujours son habit.
Allons, bon! voilà encore le papier défait... Un papier s*est défait d'après une croix d'honneur, qui est attaché à l'habit.
MAX, regardant, La croix !
MICHEL, l^enveloppant dans un papier.
Oui, celle de mon général... je venais de lui sauver la vie... des bêtises, quoi !... et il a voulu en présence de tous... Il m'avait rendu honteux, quoi !... j'étais tout rouge... c'est vrai, ça... car les autres étaient aussi de crânes lapins, allez !
MAX
Vous avez de tels étals de service, et vous n'en par-
lez jamais... et vous vous laissez souvent railler par des gens, qui...
MICHEL, tranquillement.
Ça les amuse.. .et dam*... vous concevez... à quoi que ça servirait d'en parler... je n^ai jamais de querelles, et si ce n'est vous que je vas tuer aujourd'hui, ma foi, je...
MAX
Hein! et pourquoi?
MICHEL, tranquillement.
Je n^en sais rien, moi; tout ce que je sais, c^est que vous devez vous battre demain avec Batiste, et comme je veux Pempêcher, parce que, voyez-vous. Batiste, on ne touche pas à ça ; alors, je n'ai trouvé d'autre moyen d*empêcher ce duel de demain, que de vous tuer aujourd'hui. L'idée n'est pas mauvaise.
MAX
Je ne comprends pas.
MICHEL
Oh ! c^est bien simple, et vous allez être le premier à me dire que je fais bien. Ma première défunte était bien malade : j'allais être forcé de la conduire à l'hospice et, est-ce préjugé, esl-ce avec raison, mais nous autres ouvriers, nous avons antipathie pour ces maisons- là. Batiste, sans rien me dire, a été trouver un médecin, lui a payé ses visites d'avance. Il croit que je n'en ai rien su : mais si ! ma pauvre femme est morte, mais morte chez moi, dans son lit, elle a sa petite place au cimetière que j'ai payée avec la pension de ma croix...
Air : Viens avec nous partager nos travaux,
C^était bien l'moins, monsieur. Dam' ! moi, soldat Quand îe m'mariai, je n'savais que me battre. Licencié, je n'avais pas d'état.