SCENE IIX
LES MÊMES, BATISTE, entrant par te fond. BXJiSTE, jetant sa casquette à terre en etiti^ant. (2) Gredin de sort, va !
MICHEL
Qu'est-ce que t'as donc, Batiste ?
(1) Michel, Jeanne.
(2j Miche), Batiste, Jeanne.
SGÈKE IIL 9
BATISTE, brusquement.
Pas mal, et vous, père Michel?... (A Jeanne,) Ah! ben, il est beau, votre bonnet! pourquoi n'avez-vous pas mis votre petite robe bleue ?
JEANNE
Qu'est-ce que ça vous fait?
Parce qu'elle vous va mieux, donc. C'est vrai, elle monte jusque là, tandis qu'avec celle-ci, on voit... enfin, on voit et on ne devrait pas voir, voilà.
JEANNE
Vous m'avouerez que vous vous mêlez...
MICHEL
Ahî ça, elle a raison. Tu le mêles...
BATISTE, toujours brusquemeut.
Oh ! pardié, je sais bien que vous lui donnez toujours raison ; elle est plus maîtresse que vous ici, vous l'avez rendue volontaire, capricieuse, entêtée...
JEANNE
Bien. Merci.
BATISTE, toujours brusquement»
Et c'est dommage. Avec une figure comme ça, une taille comme ça, avec tant de qualités, quoi ! c'est vrai, elle est parfaite, elle est bonne, elle est sage, elle est travailleuse, je ne lui connais pas un défaut, quoi.
JEANNE
Allons, bon! voilà qu'il m'accable de complimens, à présent.
BATISTE
Moi? J'en serais bien fâché ! Est-ce que vous avez la prétention do me faire passer pour un fadasse, pour un galant?
iO LES DEUX ANGES GARDIENS.
MICHEL, riant.
Ah! ça, sur quel escargot as-tu marchc,|toi? Tiens, tu es mal disposé, et si je n'avais pas promis à ma petite Jeanne de rester, j'irais me promener pour ne pas l'entendre... (1) {Passant près de sa fille,) Mais je lui ai promis... je reste, parce que, vois-tu, quand je lui ai promis quelque chose...
JEANNE
C'est bien, ça, papa.
MICHEL
C'est vrai. C'est moi qui devrais être de mauvaise humeur, car je te dirai que nous sommes à sec. Mon bienfaiteur, tu sais, m'as mis dans le sac aux oublis... BATISTE, s'emportant»
Nom d'un chien ! ne me dites pas ça. C'est vrai, estce que je vous le demande?
MICHEL
Ah î ça, voyons. Batiste, t'as quelque chose d'extraordinaire, t'es encore plus brusque que de coutume.
BATISTE
J'ai... j'ai... Je ne suis plus à mon atelier, et voilà.
MICHEL
Toi! le meilleur ouvrier. Et pourquoi?
BATISTE
Pourquoi! pourquoi!... parce que... et voilà. Oh ! pardié, c'est pas pour plus tard que ça m'inquiète, car, moi aussi, j'ai un protecteur inconnu, et quand il saura que je suis sans place, et il le saura , comment ? est-ce que je sais? eh bien Ion viendra me chercher... on me protège en sous main, on me dira, comme toujours : Grâce àla recommandation d'une personne estimable...
(1) Batiste, Michel, Jeanne.