Les deux biscuits
La scène représente une chambre à coucher où l’on voit un lit placé entre deux portes, Fune desquelles est la porte d’entrée, et l’autre donne dans une garderobbe. Gaspariboul sort du lit et s’en va. Une négresse entre par la garderobbe ; elle a soin de fermer toutes les portes dès que Gaspariboul est sorti : elle tire de dessous le lit une grande cassette fermée à clef; après l'avoir ouverte, elle rentre dans la garderobbe. Le prince Dilazal sort de cette cassette , regarde le Ht, et voit avec douleur la princesse Abubefqtti dort. Il commence la pièce par le monologue qui suit.
OILAZAt.
N es-tu point las, Destin, de me persécuter ¥ Aurai-je des malheurs encore à redouter!
Un traître, n’écoutant que ses chaleurs bouillantes, A pollué ma sœur, ma mère et mes deux tantes ;
Le cruel, pour remplir ses effrénés désirs,
Fit servir ma famine à ses honteux plaisirs :
Le lâche assassina mon père par derrière,
Ce monstre a violé jusques à ma grand’mère,
Ep dépit de son âge et de ses cheveux blancs : Voilà, voilà les jeux des infâmes tyrans.
Pauvre grand’mère, hélas ! dans cet affreux désordre Tu voulus, m’a-t*on dit, essayer de le mordre,
Mais le tems, qui nous fait pic, repic et capot,
Ne t’avoit pas laissé seulement un chicot.
Il nage dans du lait, en portant ma couronne:
Son crime me l'ùta, son crime la lui donne ;
Sa rage, dans ces lieux, n'ayant rien de sacré, Père, mère, sœur, frère, il a tout massacré.
Enfin j'échapai seul : ma fideile nourrice Fit si bien qu’on me crut mort d’une cicatrice. Caché, depuis trois ans au fond de ce palais.
Une princesse a soin d’appaiser mes regrets ;
C’est son appartement qui me sert de retraite.
Ses chatouillans appas ont causé ma défaite,
Son cœur docile et tendre a comblé tous mes vœux. Pour n’être point oisif, mes transports amoureux Dans ses généreux flancs se sont plus à construire Deux garçons héritiers de cet auguste empire : Mais hier... ô malheur que je n’ai pù prévoir ! Pour la première fois le tyran vient la voir,
Ses femmes sur le champ me mettent en cachette Sous ce malheureux lit, et dans cette cassette Où l’on tient en dépftt ses sales caleçons,
Ses mouchoirs à tabac, et jusqu’à ses chaussons : Je me couche dessus presqu’à plat sur le ventre ; On m’enferme à la clef. Le tyran vient, cogne, entre ;
Par un trou, je le vois s’asseoir dans un fauteuil. La princesse lui faire un doucereux accueil :
Ils ont parlé tout bas, et puis plus haut, ensuite Il donne un certain ordre à des gens de sa suite ; Je vois mettre la nape, apporter plus d’un plat, Dont le goût, malgré moi, flattoit mon odorat ;
Ils se sont mis à table, elle a fait la folâtre ;
Elle a chanté pour lui des grands airs de théâtre ; Ils ont choqué le verre, à vous, tope, à vous, soit ; Elle a crié, tout haut, par trois fois, le roi boit : Après quoi le tyran, dans sa concupiscence....
Ah ! si vous aviez eu la moindre conscience.
Dieux! l’auriez-vous souffert? mon cœur faisoit tic tac Sur mon dos j’entendois le lit faire cric, crac :
Je n’ai plus entendu qu’un très-profond silence.
Ah ! Job ! Job ! viens encor vanter ta patience !
(Il regarde la princesse.) Tranquille dans le crime, elle ronfle en dormant.
abubef, s’éveillant , bâillant, et se frottant les yeux.
Ah ! cher prince, c’est vous?
DILAZAL.
Oui, perfide.
ABUBEF.
Comment?
Je crois que contre moi votre bouche murmure.
dilazal, ironiquement.
J’ai grand tort en effet, et je vous fais iDjure.
tes DEUX BISCUITS.
ABDBEF.
Quelqu’un qui m’aimeroit auroit l’attentiou De saisir aux cheveux la belle occasion :
Mais je vois en effet que c’est peine perdue De rester plus longtems dans mon Ut éteudué :
(Elle appelle se» femmes.) Il faut donc se lever. Azina, mon jupon.