SCÈNE m
RISSOLE, DILAZAL, ABUBEF, VAZIPOÜRS, AZINA.
vAZipocRS, ù la princesse.
Rissole, pâtissier, voudroit vous aborder.
AOUBEF.
Qu’il paroisse à mes yeux.
rissole, à la princesse.
Puis-je vous demander.
Si du souper d’hier Votre Altesse est contente?
ABUBEF.
Oui.
RISSOLE
Le cervelat?
ABUBEF.
Bon.
RISSOLE
Et la sauce ?
ABUBEF.
Excellente.
RISSOLE
Mais vous a-t-on, madame, averti de ma part, De ne pas employer les biscuits au hasard ?
ABCBEF.
Ces biscuits sont-ilseeux. ..?Je frémis.. .je frissonne. J’entrevois des malheurs. . .Parlez, je vous l’ordonne.
RISSOLE
Par vos ordres, j’avois employé tout mon art A faire deux biscuits de trois sols moins un liard. L’un étolt composé de mouches cantarides.
Qui redonnent la force aux amans invalides ;
Dans l’autre dominoient l’opium et le pavot,
Qui font par leurs vertus dormir comme un sabot.
AZINA.
Oui, je les vis hier, et dans une corbeille Les servant au dessert, j’ai cru faire à merveille.
RISSOLE
Je connais leur pouvoir, c’est moi qui les ai faits, Je répondrai toujours de leurs brillants effets.
ABÜBEF.
Ne m’en dites pas plus, je vois tout le mystère : J'ai mangé, par malheur, le biscuit somnifère,
Au tyran est échu celui dont la vertu Rétablit la vigueur d’un courage abbatu.
AZINA.
Au dessert vous dormiez sur l’une et l’autre oreille, Je vous ai mise au lit, j’ai cru faire à merveille.
LES DEVX BISCUITS.
ABUBEF.
Cruelle ! falloit-il me coucher h ses yeux?
Aurait-il contenté ses désirs vicieux ?
AZINA.
Il m’a donné de l’or. Sors, je te le conseille,
M’a-t-il dit; j’ai sorti, j’ai cru faire à merveille.
D1LAZAL.
Enfin je conçois tout, et ce biscuit fatal N’a fait que redoubler les forces d’un rival.
ABUBEF.
Il n’en faut point douter; dans sa fureur cinique,
Il a saisi l’instant d’un sommeil létargique ;
Je me fusse soustraite aux ardeurs du méchant, S’il eût eu le biscuit de l’assoupissement,
L’autre auroit embelli mes nuits enchanteresses, En excitant en vous d’amoureuses prouesses.
Le destin a voulu que ma précaution Tournât pour ton malheur h ta confusion.
Du bonheur d’un rival, pour comble de misère,
Tu fus, dessous mon lit, témoin auriculaire; Donne-moi le trépas, et vange ton honneur Du crime de mon corps, et non pas de mon cœur.
azina, à la princesse.
Si j’eusse sçu cela, j’eusse éteint la chandelle,
Je vous aurois sauvé cette douleur mortelle, J’aurois pu sourdement vous couvrir de mon corps, De ce satire en rut soutenir les efforts.
La nuil tous chats sont gris ; et mon cœur vous proteste Qu’en dépit du biscuit il auroit eu son reste.
vazipours, au prince.
Madame pourroit dire, en cet événement :
Voilà comme les biens nous viennent en dormant.
DILAZAL.
O fatal quiproquo qui me déchire l'ame !
Ëh bien, vous l’avez fait sans le vouloir, madame.
Vous êtes innocente, et j’en suis convaincu,
Mais, malgré ces raisons, en suis-je moins cocu ?
ABUBEF.
Non, vous l’êtes, seigneur, rien ne vous en dispense;
Et pour mieux exciter votre ame à la vengeance,
Je vous dirai sans cesse à toute heure, en tous lieux,
Qu’un rival dans mes bras a soulagé ses feux ;
. Ses mains ont prophané cette gorge d’albâtre,
Sur ma lèvre il colla sa lèvre opiniâtre.
Quelqu’endroit, sur mon corps, que vous puissiez chercher, Vous n’en trouverez point qu’il n’ait osé toucher.
Bien plus, qui vous a dit que dans ma létargie Je n’aurai pas donné quelque signe de vie ?
N’allez point vous Aatter ; vous croyez bonnement Que pendant ses transports j’étois sans mouvement? Sçavez-vous le pouvoir qu’a sur nous l’habitude ?
N’ayez à ce sujet aucune incertitude,
Ce plaisir partagé n’est qu’un plus grand plaisir : Vangez-vous : dans mon sang baignez-vous à loisir.
DILAZAL.
Devriez- vous tenir uu semblable langage ?
Quoi ! loin de m’épargner une si triste image. Vous vous plaisez, madame, à m’en entretenir ?
ABUBEF.
Ah ! c’est pour mieux forcer ton bras à m’en punir.
DILAZAL.
Oublions, croyez-moi, cette fâcheuse histoire.
ABUBEF.
Je ne pourrai jamais l’Ôter de ma mémoire.
DILAZAL.
Il le faut.
ARUBEF.
Non, non, non.
DILAZAL.
Pourquoi donc ?
ABUBEF.
, Ah ! seigneur,
Le coup est trop avant enfoncé dans mon cœur.
vazipoubs, regardant à sa montre l'heure qu’il est, dit à la princesse :
Le roi viendra bientôt.
abubef, uu prince. .
Craignons sa jalousie, Rentrez dessous ce lit.
DILAZAL.
Quelque sot qui s’y fie.
Vous dormiriez encore avec cet insolent,
Ou vous pourriez, madame, en faire le semblant.
ABUBEF.
Par ses soupçons affreux l’ingrat me déshonore. Si j’en souffre de toi, juge si je t’adore,
Derrière ce vitrage, à gauche, m’entens-tu ?
Tu nous verras ensemble, et ne seras point vu.
(A ses femmes.)
Aux regards du tyran je veux qu’il se dérobe. Cachez-le promptement...
VAZIPOCRS.
Où?
ABUBEF.
Dans ma garderobbe.
{Au prince.)
Je vais t’y retrouver, laisse faire à mon cœur.
Tu vas y recevoir le prix de ton ardeur,
Je t’ai donné deux fils ; pour prouver que je t’aime. Je sçaurai t’y forcer à m’en faire un troisième.
dilazal, en s'en allant dans la garderobbe .
A travers ce rideau je verrai votre foi.
Madame, en lui parlant, songez que je vous voi.
(Ils sortent tous , excepte la princesse.)