‹ Les deux cadavresChapitre 22 sur 37 · SS · texte numérisé non relu

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ten*e, Bob s'en empara, en mit l'extrémité dans sa bouche, pfois, après un court examen, il le rejeta avec un air de mécontentement, en disant :

— C'est un morceau de brique que tu as rencontré, il n'y a rien là ! allons-nous-en.

Love ne savait que penser. Drake se levait pour partir, Richard insista de nouveau, et, prenant lui-mème le fer des mains de Bob, il le plongea de toute sa longueur, qui était d'à peu près cinq pieds dans la terre. 11 le fit avec tant de colère et de force que le fer ploya sous sa main, en rencontrant un Corps dur qui l'arrôta.

— C’est encore quelque pierre ! dit Bob.

— Non! non! répondit Drake qui avait saisi la baguette dans les mains de Richard, c’est du bois; la pointe de la sonde y est entrée, car elle est difficile à retirer.

Drake ramena la sonde une seconde fois, et Bob en goûta encore l’extrémité.

— C’est du bois, drt-il, et du bois d’exceHente qualité! A Toeuvre ! à l’œuvre !

Tous quatre reprirent leur travail avec vigueur, et en moins d’un qviart d’heure , ils eurent dégagé de la terro qui l’entourait, une bière de chêne parfaitement conservée. Richard,' qui avait été agité de la crainte de ne rien découvrir, une fois lancé dans cette voie d’incertitude, calcula encore que dans cette abbaye, pavée de cercueils, il y avait chance d’en renéontrer partout où l’on aurait fouillé, et qu’il n’était pas certain que celui qu’ils avaient découvert fût le but de ses ardentes recherches. Il ne fit point part de ses doutes à Ses compagnons pour ne pas les décourager ; mais ces doutes cessèrent bientôt lorsque Drake et Bob, qui étaient dans la fosse, voulant enlever la bière, purent à peine la soulever, tant elle était lourde. Richard se rappela que cette enveloppe de chêne recouvrait un cercueil de plomb, et il se crut certain qu’il avait trouvé enfin ce qu’il cherchait. C’était une opération fort difficile que d’enlever d’une fosse, qui avait près de sept pieds de profondeur, un cercueil d’un poids aussi considérable: a'ùà.si, Ditike, s’arrêtant âprès le premier effort, dit à Richard :

— Puisque c’est là le trésor, nous n’avons qu’à briser ces planches et nous emporterons l’or et l’argent qu’il renferme par parties et plus aisément qu’en masse.

— Ce ne sont pas là nos conventions! dit Richard, vous avez promis d’enlever le cercueil, et, une fois hors de ces murs, si fa moitié de ce qui s’y trouve ne vous convient pas, je vous ai promis cent guinées ; les voulez-vous sur-lechamp ?

— Cent guinées, répondit Bob, sont un bon dédommagement d’une nuit perdue ; mais, au poids de cette bière, il est juste de penser que notre nuit vaudra mieux que cela. Nous allons encore essayer.

Ils se mirent donc à l’ouvrage, et, passant des cordes sous le cercueil, ils l’élevèrent tantôt d’un bout, tantôt de l’autre, glissant en dessous des fragmens de pierres dès qu’ils l’avaient soulevé de quelques pouces et y replaçant de la terre de manière à ce qu’il ne pût retomber. Enfin, à force de travail, le cercueil fut déposé sur le bord de la fosse, et les deux frères s’occupèrent immédiatement à faire disparaître les traces de cette sacrilège soustraction. Ils rejetèrent la terre dans le trou jusqu’à sa moindre parcelle ; ils replacèrent la pierre comme elle était, sinon aussi solidement, du moins assez sûrement pour que dans une église aussi peu fréquentée, il pût se passer bien du temps avant que rien ne se découvrît. Ils tirèrent alors d’une des boites qu’on avait confiées à Richard un ciment pareil à celui qui scellait les pierres. Après avoir allumé leur chandelle, ils en regarnirent le tour do la dalle, et, comme ce ciment frais était d’une couleur plus apparente que celui des autres endroits de l’église, ils y répandirent une poudre d’une finesse extrême, qui était renfermée dans la seconde boîte, et ([ui le brunit sufifisamment. Bob, ensuite, alla dans le coin le plus retiré de la nef, y ramassa une assez grande quantité de poussière, puis, en la laissant glisser entre ses doigts, il lu sema si adroitement sur l’endroit qu’ils avaient occupé, que l’œil le plus prévenu ne pouvait y voir la moindre différence avec le reste du pavé.

Toutes ces précautions, que Richard avait jugées nécessaires

àia réussite do son projet, étant exactement prises, ils s’occupèrent, tous ensemble, à traîner le cercueil hors de l’église. Cette fois, voulant éviter toutes les difficultés qu’ils auraient eues à reprendre leur premier chemin, à travers des corridors étroits et des escaliers tournans, ils profitèrent de ce qu’ils étaient dans l’intérieur pour ouvrir la grande porte, et Bob sortit, dès qu’elle fut entr’ouver te, pour aller chercher le chariot. Pendant ce temps, Drake, Love etilichard, fatigués des efforts qu’ils avaient faits, s’étaient assistons trois sur le cercueil dans lequel l’un d’eux croyait trouver des trésors, et les autres le cadavre de Charles pf.

Le doute entra encore une fois dans l’esprit do Richard et il allait presque se décider à faire ouvrir le cercueil, déterminé à l’abandonnera ses complices, avec la récomjwnse promise, s’il s’était trompé. Mais il pensa que ce cadavre devait porter une marque terrible qui pouvait le faire reconnaître à ces misérables; et qu’alors peut-être ils refuseraient do l’emporter, ou bien qu’ils iraient le dénoncer avant que son projet ne fût accompli. Il se décida donc à tenter l’aventure jusqu’au bout, et Bob arriva presque aussitôt avec le chariot, attelé de ses quatre chiens.

Grâce à l’adresse des deux frères et k la fon;e prodigieuse de Love et de Richard, le cercueil fut bientôt placé dans le fourgon et l’on SC mit en route. Celte fois Bob, qui conduisait le chariot, prit le grand chemin. On arriva bientôt au sentier où Drake avait été aperçu par Love et Richard, et il leur amena, en peu d’instans, leurs chevaux, largement repus et rafraîchis. Dès que chacun fut prêt, Drake s’élança derrière son frère, et Bob, animant ses chiens par un sifflement aigu, ils partirent tous avec une rapidité qui leur promettait un prompt retour à Londres.

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