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CONCLUSION

Long-temps après, deux hommes pénétrèrent dans ce domaine, où nul homme n’avait osé mettre le pied depuis cet événement. Ils trouvèrent attaché à un arbre le squelette décharné d’une jeune fille. Dans l’allée qui conduisait au château, ils reconnurent les ossemens de deux hommes. L’un d’eux n’avait pas été dépouillé de son pourpoint par les oiseaux de proie. Ils y cherchèrent, et y trouvèrent un parchemin sur lequel était écrit :

* Je meurs, Richard, sans réjouir mes yeux de ta vue. Écoule » les derniers avis d’une mère; no pense j)oint que l’aiiu ur » que tu portes à l’Angleterre te soit compté comme une vertu, » s’il n’est qu’un moyen de parvenir à ta satisfaction persou-

» nelle. N’oublie pas que si les combats que tu livreras pour » elle flatteiitta vengeance, Dieu ne les considérera pas comme » un mérite. Souvicns-toi que si, pour servir la sainte cause » de la patrie, de la liberté et de la vraie religion, tu écoutes » ta haine pour leurs ennemis plutôt que ton amour pour elles, » souviens-toi, dis-je, que tu arriveras à IHujustice, que de » l’injustice tu passeras au crime, et que l’injustice et le crime > sont des armes que la liberté et Dieu refusent ^lement. » Prends garde, enfant ; tu marches dans une voie fatale.

* Prends garde, on ne s’y engage pas vainement ; chaque pas

* qu’on y fait hâte le pas qui le suit, jusqu’à ce qu’entraîné par » sa propre course, on se précipite en forcené. Prends garde, » enfant; au lieu de nourrir en toi l’amour de ton pays, sainte » flamme qui échauffe l’âme d’une douce chaleur, et l’illumine » d’une pure lumière, tu ne te plais qu’à la haine de ses ty- » rans, foyer terrible et dévorant, où tu jetteras, malgré toi, » pour l’alimenter, tous les nobles sentimens de la vie : huma- » nité, pudeur, amitié, amour, tu y jetteras tout... Enflmt, tu

» vois bien que je meurs sans pouvoir te bénir

» Si tu arrives jusqu’à GreatrHouse, et que tu parviennes à en » arracher ta fiancée, fuis de l’Angleterre, ne demeure pas » sous l’aiguillon qui t’excite, et qui égarera ta vie... Sois juste, » c’est la seule chance d’ètre heureux ; du haut du ciel, je » prierai sur toi que je n’ai point revu. »

Ces deux hommes s’arrêtèrent, et l’un d’eux lut cette lettre à l’autre.

C’est Andlay qui avait écrit ces extrêmes conseils sous la dictée de mistriss Barkstead qui les lut ; et Love, qui devait lui-même les remettre à Richard, les écouta, la tête baissée.

Andlay, après cette lecture, lui montra silencieusement les ruines de ce château et les ossemens épars sur le sol, ne pensant pas qu’il pût ajouter à cet émt un plus éloquent commentaire.

Love se tut ; et, six mois après, on le vit se promenant dans les rues de Londres, une torche à la main, forcené, ivre, fou «t criant : — Vengeance ! vengeance! !

LES DEIX CADAVBES. *27

Iæ moitié (ie la ville brûla, comme on sait, dans ce fameux incendie.

Qu’est-ce donc qtie la haine |X)litiquc ? Où donc peut mener la fureur des partis ? Oh ! nous, que tant d’opinions divisent, prenons garde !

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