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ANTONIO CANAL (1697-1768). - BERNARDO BELLOTTO

LA VENISE qu’ils PEIGNIRENT.

Le Canalclto! — Ce nom unique qu’illustrèrent, ensemble et successivement, à un degré variable, dont il est malaisé de différencier la valeur, deux peintres dévoués à l’architecture, aux aspects et perspectives d’une incomparable cité, ce nom évoque magiquement, depuis deux siècles et plus, la Venise souveraine de l’Adriatique, son palais des Doges, ses Procuraties, sa Piazza avec son campanile dominateur et ses pili aux piédestaux de bronze, aux étendards llottanls à l’extrémité des mâts, San Marco, le grand Canal, ainsi que nombre d’églises, de Palais, de vues générales exprimant en des suites d’estampes, de somptueuses cérémonies peuplées de patriciens en fête, de gondoles de gala, de cortèges pompeux et de masques équipés pour l’intrigue.

Quiconque a visité les galeries d’art de Dresde, de Varsovie, de Londres, de Windsor, de Vienne, du Louvre à Paris, et combien d’au très collections publiques ou particulières des deux continents, ne peut oublier l’œuvre pré-

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ciease et variée de ces deux Vénitiens également épris de la beauté monumentale de leur pairie, à ce point de l’avoir peinte infatigablement sous tous ses aspects architecturaux au cours d’existences laborieuses. On peut dire qu’ils sentirent et rendirent, — grâce à une rare subtilité d’art, — toute la féerie d’atmosphère privilégiée et tout l’enchantement de ses perspectives entre ciel et eau, de cette admirable Venise qui est demeurée, malgré ses ruines, la cité du rêve, de l’amour et de l’idéal.

Combien d’artistes voyageurs à travers les musées d’Europe ont pris plaisir à regarder, à admirer, à étudier les œuvres de Canaletto qui y sont exposées en plus ou moins grand nombre et à se familiariser, ici et là, avec l’art et la technique de ces peintures, sans se préoccuper d’une attribution à Antonio Canal ou à Bernardo Bellotto, son neveu et disciple. — Fût-ce dans les brouillards de Londres ou dans les neiges de Saint-Pétersbourg, la vision des toiles si habilement perspectivées des Canaletto, contribue merveilleusement à faire surgir dans le souvenir l’apparition de la douce et accueillante cité indolemment couchée dans le rayonnement solaire, — telle une princesse d’Orient, — sur les rives de la glauque lagune, dont les eaux frémissantes mirent ses inoubliables parures de marbre, de mosaïque et d’or.

Devant ces toiles si captivantes aujourd’hui dispersées sur tous les points du globe et qui souvent sont cataloguées indifféremment : Le Canaletto^ — qu’il s’agisse ou non de Fonde ou du neveu; — devant ces tableaux d’une

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rigoureuse exactilucle de détail, ceux qui savourèrent l’ivresse d’aimer, de sentir, de comprendre Venise, retrouvent en un moment comme un passionnel rappel de tout ce qui les y charma.

C’est qu’à vrai dire, la Venise pittoresque du xviiU, celle que chantèrent nos voyageurs, nos philosophes et nos poètes, eût été en partie ignorée des temps futurs, si Antonio Canal et Bernardo Bellotto n’avaient pris soin de retracer, pour nous en conserver le caractère avec une méticuleuse exactitude, le portrait de cette incomparable cité faite de nobles et sereines architectures et qui fut si incroyablement favorisée à la fois dans sa topographie et dans son décor prestigieux, en grande partie oriental.

Ce n’est point tant seulement pour l’image réelle qu’ils nous retracent des choses du passé que nous devons savoir gré de leur immense effort aux Canaletto. Leurs toiles consignent, à vrai dire, la physionomie ouverte et les moindres traits souriants de ce que fut la Venise décadente, mais, ce qui est surtout précieux, à notre sens, c’est que ce lidèle et consciencieux portrait est le plus souvent extraordinairement animé de pensée et de vie, c’est qu’il traduit à nos yeux tous les mouvements, qu’il résume à souhait l’expression d’une époque et que, loin d’être monotone et impassible, il rellète pour ainsi dire, dans la beauté de leurs lignes, l’esprit capricieux des monuments, la transparence fantasmagori({ue des canaux, l’image et la solennité des places où le bruit, la gaîté, le plaisir firent palpiter les foules.

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Le grand Canal, le Rialto, la Sainte, Saint-Gérôme, la Giudecca, la Dogana, le palais des Doges, le palais Grimani, maints autres aspects de Venise, dans leur noble plastique nous y sont tour à tour précieusement révélés. Nous y voyons également le Vénitien aller, venir, monter en gondole, descendre les perrons d’églises, promener son ombre sur les dallages de la Piazzetta, aux jours calmes de l’hiver, sinon dans le clair rayonnement du soleil printanier. Nous y retrouvons, selon les circonstances, la populace massée avec curiosité au-devant du Bucentaure, alors que s’exerçaient les rites de la République sérénissime, ou bien nous y voyons ce même Bucentaure fixé à la Riva et couvert de sa bâche préservatrice.

C’est précisément ce qui donne à l’œuvre des deux Canaletto, en dehors meme de sa supérieure valeur technique, sa plus haute signification historique. Par d’autres moyens, mais avec une intensité d’expression au moins égale, ces peintres ont collaboré en quelque sorte avec les auteurs de mémoires, les librettistes, les archivistes, qui, à l’exemple de Zanetti, s’efforçaient d’exprimer les mœurs et les événements de leur temps. Ils ont situé à vrai dire le décor des faits et précisé les perspectives des grandes artères de cette ville ondoyante et pittoresque dont le dernier siècle de splendeur eut tant de vitalité, d’expression et de caractère.

Ce qui double le plaisir qu’on peut trouver devant un Canaletto, ce n’est point qu’on y puisse reconnaître tel décor préféré, tel coup de lumière vive sur une façade.

CA>AL. — L KG LJ SE INOTRE-nAME I> E LA SALETE A A E NI SE, (Musée du Louvre.)

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tel jeu d’ombres puissantes et paisibles, telles silhouettes de toitures ou de dômes sur le ciel attique, c’est cette mystérieuse présence de la vie, cette définitive survivance d’un passé disparu.

Pendant la presque totalité du xviiU siècle, Antonio Canal et son élève, neveu et continuateur, Bernardo Bellotto, assistèrent aPultime évolution de la Venise républicaine.

Ils la connaissaient déjà lorsqu’elle tremblait sous le régime soupçonneux de son terrible Conseil des Dix et il s’en fallut de peu qu’ils n’assistassent à son définitif déclin. Ils eurent au moins le privilège d’y vivre avec assez de suite pour en posséder toute l’essence caractéristique, comme des amants qui n’ignorent rien de toutes les beautés secrètes de leur maîtresse chérie. Ils assistèrent à l’heure la plus émouvante et la pins aimable de sa décadence, entre cette année 1697 qui marqua la naissance d’ Antonio Canal et l’an 1780 qui vit mourir Bernardo Bellotto, bien loin de sa ville rose et bleue, dans les frimas de Varsovie.

En effet, ces deux maîtres artistes ne purent écouler paisiblement leurs jours dans la sécurité et les honneurs que leur réservaient leurs concitoyens ni consacrer tout leur talent à la peinture exclusive des monuments vénitiens, doublés par le reflet moiré des eaux. Ils crurent devoir chercher à l’étranger, où ils étaient appelés, une vie plus large, de nouveaux motifs d’architecture, l’éclairage d’autres ciels, peut-être aussi des succès plus

généreusement rémunérés. Venise toutefois servit, à l’oncle surtout, de principal thème à peintures et de port d’attache aune existence vagabonde. L’un et l’autre ne quittèrent leur atelier, leurs amis, la belle lumière ambiante d’entre ciel et eau que pour y revenir souvent plus épris de la beauté nacrée et de l’orient charmeur de la perle de l’Adriatique.

Dans les voyages, auraient-ils pu dire tour à tour, il y a, surtout pour des Vénitiens, une joie indicible, profonde, inoubliable, celle du retour à la Lagune.

Venise, telle qu’ils la connurent et peignirent, la Venise des Canaletto, celle qu’ils exprimèrent sur leurs toiles et gravures était, au milieu du xviiL siècle, singulièrement différente de ce qu’on la vit depuis. Ce fut alors la nourrice berceuse de Piétro Longbi, de la Rosalba, de Guardi, des deux Tiepolo, de Goldoni, de Gozzi, du cynique Baffo, de l’obscène Buratti ou du tendre et galant Giacomo Mazzola. Cette ville captivante distillait comme une sirène, à scs citoyens charmés, une ivresse de joie paresseuse et aussi uue morbidesse portant aux plaisirs nonchalants, aux labeurs capricieux, qui rendaient son séjour précieux entre tous.

Le peuple vénitien était alors, pour ainsi dire, tout à la poésie. Il composait ou récitait des stances à chaque occasion, se pressait au théâtre et aimait à ce point le spectacle qu’à défaut d’autre régal, il écoutait avec délices les boniments des charlatans juchés sur les tréteaux des places. Toujours prêt à mêler avec une même ardeur le

CANAL. — l’école DE SAN ROCCO

(Figures de Gio Baptista Tiepolo.)

(National Gallery, Londres )

profane au sacré, U interrompait, à Theure de Eangélus, le jeu de ses acteurs favoris pour dire à haute voix et dévotieusement un Ave Maria. Le Vénitien n’oubliait ni la date des régates sur le grand Canal, ni celle des fiançailles du Doge, ni les magnifiques réceptions d’ambassadeurs près la Sérénissisme République, ni les solennelles processions au parvis de Saint-Georges-Majeur, toutes superbes fêtes de belle allure décorative dont Antonio Canal montra souvent dans ses toiles ou gravures l’extraordinaire animation et la rare somptuosité.

Il suffit de porter les yeux sur les compositions des deux Canaletto, sur celles de Piétro Longhi, de Guardi et de Locatelli, qui fut également savant ((architecturiste », pour se convaincre que Venise connaissait également, et même le plus souvent, des jours d’apaisement, de quiétude monacale, d’assoupissement. Dans le calme et le silence relatif des êtres et des choses, il y avait alors comme une placidité provinciale, comme une torpeur de béguinage, comme une accalmie sur les canaux qui semblait délicieuse aux penseurs, aux amoureux et aux peintres.

Il semblerait, à notre avis, qu’Antonio Canal et Bernardo Bcllotto aient pris plus particulièrement plaisir à exprimer souventes fois sur leurs toiles cet aspect paisible, recueilli, aimable, cette saisissante sérénité des places où l’homme n’apparaît dans le cadre des monuments que pour en donner en quelque sorte l’échelle exacte. Ils aimaient l’un et l’aulrc cet apaisement de vie

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sur l’eau, alors que les gondoles n’étaient plus des nids d’intrigues amoureuses, et cette paix silencieuse des places Iraversées par les petits abbés allant sagement à l’église, à celte heure où les masques inquiétants demeuraient aux vestiaires des coureurs d’aventures.

La Piazza, centre de toutes les fêtes vénitiennes, qu’à certains jours envahissait le peuple carnavalesque, apparaît le plus souvent, dans leurs œuvres de froides perspectives, ainsi qu’une vaste esplanade à peu près déserte que se partagent, en une heure de méridienne, un pan de soleil et une nappe d’ombre, et où circulent, d’un pas mesuré et assagi, quelques rares citadins, campés à la façon des personnages de Callot et de Sébastien Leclerc qui, selon toute vraisemblance, se rendent à leur rendez-vous bourgeois ou à leurs affaires.

Le cri professionnel des gondoliers, l’écho d’un chant d’église passant les portes des sanctuaires, les abois des chiens errants, le tintement d’une cloche lointaine et le heurt d’un marteau de bronze à la petite porte d’un palais, c’est à cela, sans doute, que devait se réduire, en certaines heures du jour, surtout en temps de carême, le bruit coutumier de la ville.

Antonio Canal et Bernardo Bellotto purent doue aisément camper tour à tour leurs chevalets sur les ponts, les rives, les perrons des palais, sans y être bousculés par une cohue indiscrète et gênante. C’est dans cette quiétude ordinaire de leur nonchalante Venise, dans une sorte de sérénité ambiante qu’il leur fut loisible de

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reproduire cette vue du Rialto qu’on retrouve aujourd’hui à Florence, ces Santa Maria délia Sainte et ces Grand Canal tout de paisible harmonie qui figurent au Musée Gorrer, à la Galerie Liechtenstein ou dans la Collection Wallace ; ces douze Vues de Venise qui sont à Naples, cette merveilleuse Place Saint- Marc et cette exquise Piazzetta qui se rencontrent à Vienne, ce Palais ducal dont s’honore le Louvre et tant d’autres visions des canaux, de l’Arsenal, du quai des Esclavons, de l’École de San Rocco, duGanale Reggio^ de San Pietro de Castillo dont les spécimens sont répartis à Windsor dans les galeries du châleau royal, à la National Gallery de Londres, à Modène, à Rergame, à Naples, à Grenoble, à Rerlin et dans nombre de collections et galeries privées des grandes villes de l’Univers entier. La production des deux Ganaletto et de leurs imitateurs fut considérable en vérité, et c’est assurément au-dessus d’un millier de peintures que s’élève le total de leurs vues vénitiennes et allemandes.

La fortune commerciale de Venise, sa puissance maritime n’étaient alors certes pas encore abolies. Si cette ville douairière des cités nobles ne comptait plus, pour sa gloire, sur les nefs audacieuses des Marco Polo et des Martin Sanuto, si son dernier héros, Morosini, avait été emporté à Nauplie, elle guerroyait encore sur mer contre le Turc et parfois lui inlligeait de cruels échecs. Delà des cérémonies improvisées, des fêtes somptueuses et fort décoratives qui exaltaient la vie populaire et attisaient la

verve de coloriste d’Antonio Canal et de son neveu.

Pour se consoler de ne plus courir d’extraordinaires aventures, Venise, d’autre part, recevait chez elle les plus brillants et Fastueux aventuriers. On les rencontrait surtout, non loin de San Moïse, dans une petite rue tumultueuse qui existe encore et où se trouvait le Ridotlo^ maison de jeu où l’on faisait sauter la corne aux dés, dans des réunions ultra-mélangées et galantes et qui sont restées célèbres. On revoyait ces joueurs de Pharaon^ ces redresseurs de la fortune, à l’auberge Pellegrino, au « Gavaletto » sous les Procuraties, sinon aux petites tables du café Florian, coudoyant les honnêtes bourgeois et vidant des coupes de café à la santé des Vénitiennes aimables que connut le président Desbrosses et qu’on nommait alors Marion la Rousse^ Zabelta^ Louise la Romaine^ etc.

En ce qui concerne les quartiers plus excentriques de Venise, les délicieuses petites estampes d’Antonio Canal sont là pour nous retracer leur aspect désordonné, théâtralement décoratif, tout de contrastes pittoresques et de valeurs amusantes à l’œil. Ces eaux-fortes sont conçues avec une habileté, une saveur de facture d’un véritable précurseur ; oserait-on, que Ton dirait qu’elles semblent d’un Méryon vénitien. — Le peintre, cependant, paraît avoir eu une prédilection pour l’imposante mise en scène du Ranco di piera. Là, des sénateurs passaient dans leurs amples manteaux, des artisans traversaient la place, des sculpteurs, des peintres, des graveurs, des écrivains y flânaient, c’était un va-et-vient de privilégiés qui for-

CA>AL. — RÉ(;ATES sur le grand canal a VENISE. (National Gallery.)

maient comme im Décameron choisi d’amoureux de Venise.

Le peuple, tout alentour, vivait sa vie placide et nonchalante, professant, avec le vague orientalisme del’ahsolu lazzaronisme, la théorie du moindre effort et se montrant si ennemi de tout ce qui pouvait troubler sa quiétude qu’il redoutait même le plaisir de la querelle ou celui de l’invective plaisante vis-à-vis des compatriotes ou des étrangers.

La « calle » ou ruelle, soit qu’elle fût silencieuse, soit qu’elle s’encombrât de cohue populacière, olfrait à tout instant à la vision des artistes un spectacle rare et piquant avec ses ambulants marchands de tous comestibles, ses « frittureries » alléchantes, ses types de miséreux et de vaniteux paradeurs, ses hiles et ses baladins.

Les gravures d’ Antonio Canal où revit la luminosité de ses tableaux, mais qui expriment davantage d’intimité, nous montrent Venise ainsi que ses cours intérieures, ses carrefours, ses canaux, ses motifs indigènes qui déjà, avant lui, avaient tenté la verve du peintre vénitien Piazzetta.

Venise constituait en effet, à l’époque où y vécurent les deux Canaletto, un éternel spectacle en plein vent avec ses chanteurs et musiciens, ses diseuses de bonne aventure, ses montreurs d’animaux, qui tant de fois posèrent (levant la joyeuse fantaisie de Pielro Longlii. Ce spectacle se magnihait à l’approche du symbolique navire, de ce Bucen taure amarré toute l’année au pied du palais

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ducal et qui se trouvait poussé sur la moire de l’Adriatique, le jour fameux du mariage dogal.

Tout portait à la composition de brillantes scènes au milieu de décors chatoyants et divers. La ville seule, la cité monumentale y suffisait amplement, eût-elle été privée d’habitants. Les architectures aux formes et aux styles multiples apparaissaient comme de fiers poèmes de la ligne où, dans une perspective harmonieuse, les palais coudoyant les palais se juxtaposaient jusqu’à des arrière-plans brumeux et fins dans la blondeur d’une atmosphère impondérable. M. P. -G. Molmenti, dans son ouvrage de La Vie privée à Venise^ a retracé un

croquis lapidaire de la ville alors que s’y évertuait le

talent magistral des deux peintres dont nous essayons la difficile monographie.

(( L’architecture, dit-il, se laisse alors aller à toutes les extravagances. Tantôt elle déchiquette la pierre, tantôt elle entasse les ornements, voulant, selon le mot de Tiraboschi, introduire jusque dans les bâtiments les métaphores et les concetti.

« Parmi les archilectes à l’imagination confuse,

le plus fameux fut Balthasar Lenghena qui, dans ses ouvrages, au milieu des entablements sans élégance, des tympans brisés et des arcs à paraphe,

déploie encore une puissance grandiose. Les nombreux édifices religieux et civils de ce temps montrent à quel point les talents passèrent toute mesure dans l’extravagance et l’étrangeté. Sur le portail de la Santa Maria del

CAAAL. LA PLACE ET l’ÉGLISE SAIA'T-MARC A VENISE.

(Galerie Liechtenstein à Vienne.)

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Giglio, bâti par Sardi, avec l’argent de la famille Barbare, se pavanent des statues coiffées d’immenses perruques, et sur les piédestaux des colonnes s’étalent les plans topographiques des villes de Rome, de Candie, de Padoue, de Gorfou, de Spalato et de Pavie. Le faux goût dépare également l église de Saint-MoUe d’Alexandre Trémignan, celle des Scalzi, riche en marbres et folies, et plus encore celle de l’Ospedaletto, œuvre absolument dépravée de Longhene. »

La sculpture contribuait encore à la corruption du goût architectonique en la surchargeant à l’excès.

« Cinquante types de gothique se succédaient an fil des canaux, dit encore Mol menti, apportés là par des infiltrations du goût venues de tous les points de l’horizon. » Les Ganaletto y trouvaient à reproduire le gothique déjà sévère de Ravenne, l’étonnante somptuosité du gothico-byzantin, et des amalgames de gothiques indéfinis et de mauresques indéniables, ainsi que toute la flore de la Renaissance, et, dans une unité parfaite, le composite le plus inextricable des architectures qui, à la suite de voyages ou de conquêtes, avaient tour à tour pris leur droit de cité en cette Venise aussi accueillante aux styles qu’aux hommes de tous les pays.

« Un écusson à la cassure d'un mur, les cheminées bottées, les hauts perrons, la colonne de granit où le Lion de Saint-Marc, assagi, rentrait ses griffes, l’élan de pierre du Campanile, les parvis d’églises, l’eau frisée et écaillée des canaux, tel était le milieu unique où, avec des

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poses fièrement naturelles et des élégances nées, se campaient les gens de peu et les personnes de qualité.»

Tous d’ailleurs, et quelle que fût leur culture, participaient à la vie intellectuelle de la cité. 11 n’était pas jusqu’aux marchands qui dressaient leurs tentes devant Saint-Marc, jusqu’aux gondoliers et aux portefaix, qui ne prissent intérêt aux choses de l’esprit. Si Venise était, à coup sûr, le tripot de l’Europe, elle était par contre l’une des villes les plus cérébrales de son temps. Le peuple ne se désintéressait point des conflits homériques de l’abbé Ghiari, fidèle au vers martellien de quatorze pieds, de Goldoni, ennemi du masque et des improvisations de la Commedia delïarte^ et de Gozzi, champion de Pantaleone, de Truffaldin ou de Brighella le moustachu. Passionnément on sifflait, on acclamait la Teodora Ricci, prima donna que s’arrachèrent les théâtres de San Salvadore, de San Samuel et de Sant’Angelo. Quant à l’œuvre des Ganaletto, elle était louée et estimée généralement. On racontait avec plaisir qu’Antonio Ganal se trouvait justement honoré de la puissante protection d’un Algaroti, ami d’Auguste lit, roi de Pologne, de Frédéric de Prusse et de Voltaire; on semblait fier de l’estime universellement attachée au talent de peinture des derniers Vénitiens. Ne pouvant plus conquérir le monde par les armes, on était ravi de le dominer encore par l’esprit et le talent. Gependant les artistes voyagaient : Sébastien Ricci partait pour Londres, la Rosalha Garriera venait à Paris, Antonio Ganal débarquait en Angleterre, Rernardo Rellotto

CANAL. — INTfjRIEUR DE LA ROTONDE DU RANELAGH A LONDRES. (National Gallery.)

s’arrêtait à Varsovie ou à Vienne, et tous réussissaient hors de leur chère Venise abandonnée où ils revenaient avec joie convertir en ducats d’or les petites fortunes acquises au dehors.

Antonio Canal était membre de l’Académie des Argonautes fondée à la fin du xviC siècle par Marc Vincent Coronelli pour le progrès des sciences géographiques, avec la devise : Plus ultra. Apostolo Zeno et Pietro Pariai i créaient V Academia degli Animosi (audacieux) pour faire la guerre au mauvais goût ; Gozzi présidait un cénacle illustre, tandis que le salon de sa femme Lnisa Bergalli, poète, traductrice de ïérence, était fort fréquenté par de beaux esprits disciples de l’ahhé de Demis, de Voltaire, de Jean-Jacques et des nombreux lettrés français qui fréquentaient la Sérénissime République.

Jean-Baptiste Brustolone gravait alors d’après Antonio Canal trente-deux planches demeurées célèbres. ïiepolo éprouvait un vif plaisir à crayonner an cours de ses promenades les types, les costumes, les attitudes de la foule en des croquis spirituels, délicieux et précis qui sont encore conservés à Udine. Pietro Longhi, qui peut fort bien, lui aussi, avoircollaboré à certaines œuvres d’Antonio Canal, notamment aux vivantes peintures des fêtes du Couronnement du Doge, imaginait en dehors de ses œuvres religieuses de gracieuses évocations galantes de masca rades pour répondre aux multiples commandes dont il était assailli. Le comte Zanotti, enhn, perfectionnait en ces heureux temps l’art de la gravure et publiait ses Anticlie

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statue greche e romane^ tandis que Marc-Antoine Forcellini composait son ouvrage sur Le festeirieigianed' Amore. Aux jours de grandes fêtes, des architectes et des sculpteurs improvisaient des édifices éphémères de charpentes et de toiles peintes décorées de colonnades et de guirlandes dont Antonio Canal nous conserva quelques spécimens.

Telle fut en quelques lignes Tatmosphere morale et pittoresque de Venise an temps des deux Canaletto.

Aujourd’hui, privée d’un grand nombre de ses anciens palais, dépouillée à tout jamais de sa gloire guerrière, incapable de se reconstituer cette âme de plaisir qu’on lui connaissait eucore il y a plus d’un siècle, Venise conserve toujours le charme mélancolique d’une aïeule àqnil’âge a gardé, malgré les signes indéniables de la décrépitude, une expression toujours jeune et, tel le cristal limpide d’un regard, elle nous offre l’exquis et troublant miroir de ses eaux.

Le décor nécessaire étant posé, abordons enfin les personnages eux-mêmes.

11 peut paraître singulier qu’un artiste aussi exceptionnel qu’Antonio Canal, ayant pour disciple et imitateur un type d’homonyme dénominatif aussi intéressant que son neveu Bernardo Bellotto, — tous deux encore si proches

(Musée Royal de D^-esde.)

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(le notre temps, — n’aient point laissé, dans la bibliographie des maîtres de l’art, une empreinte pins profonde, des traces plus nombreuses et plus fréquemment suivies et étudiées.

Les brèves notices de l’abbé Luigi Lanzi, ex-jésuite, auteur d’une Histoire de la peinture en Italie depuis la Renaissance (Florence, 1792; ouvrage traduit en français vers 1821 par Mme Dieudé), la mention sommaire d’Horace Walpole enregistrant sans commentaires dans ses Mémoires l’arrivée d’ Antonio Canal à Londres, sont de bien minces et imparfaites références en ce qui concerne l’existence et l’œuvre de tels peintres à qui Venise, vouée, hélas ! à une lente mais fatale destruction, devra sans doute de se survivre en effigie magistrale dans les âges futurs.

C’est à peine si ces documents secondaires permettent à l’historien de composer, par approximation, nue sérieuse étude consacrée à Antonio Canal et à son neveu.

Si l’on songe que ces probes et méticuleux artistes s’appliquèrent, dès l’origine du xviiC siècle et jusqu’en 1780, à reproduire sur la toile et le cuivre les plus pittoresques perspectives palatiales de leur maternelle cité, on ne peut assez regretter une telle disette de renseignements valables et précis. Alors que les vies d’un Giacomo Casanova de Seingalt, d’un Lorenzo d’ A ponte et de quelques autres savoureux aventuriers vénitiens du xviii'' siècle galantet cosmopolite nous sont minutieusement racontées.

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il semble incompréhensible qneEexistence de deux peintres de même famille, essentiellement originaux dans leur art, dont l’œuvre contribue éloquemment à nous faire voir, telle qu’elle fut, la Venise de la Sérénissime République décadente, il est inexplicable que le currkaliim vitæ d’ Antonio Canal et de son neveu nous demeure caché aussi complètement que s’ils avaient été l’un et l’autre contemporains d’un Jacobello del Fiore ou d’un Andrea da Murano.

En 1878, un écrivain allemand, M. Rudolf iMeyer de Dresde, composa une intéressante brochure : Die beideii Canaletto (les deux Canaletto). Heureusement servi par les facilités qu’il eut d’observer les chefs-d’œuvre des deux artistes exposés à la galerie de peinture de Dresde, ce critique allemand apporte à la petite monographie de ces deux reproducteurs de villes et de palais une curieuse contribution. C’est le premier opuscule sur les (( Canaletto » qui ait une valeur d’ensemble.

En France, nous devons citer, à une date plus tardive, une publication faite à la Librairie de l’Art, en 1894, par M. Adrien Moureau et qui forme un volume très rationnellement ordonne. Tout en respectant, avec une louable probité, les sources historiques où il puisait, ce consciencieux critique sut adjoindre aux faits authentiqués par des textes antérieurs, une part de jugements personnels et un sens d’évocation et de reconstitution qui font honneur à sa sagacité et à son érudition.

Toutefois, avouons qu’à notre avis un livre sur ce sujet

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captivant resterait encore à composer. Nous entendons une œuvre collective complète, digne des deux fidèles metteurs en scène des « Pierres de Venise » ; un livre qui, par la double ressource des abondants commentaires et de l'il lustration, analyserait et rapprocherait, — avec l’importance qui revient à chacun d’eux, — tous les témoignages qui intéressent la personnalité d’Antonio Canal et celle de Bernardo Bellotto. Si la France et FAllemagne ont préludé, par des essais que nous signalons, à celte histoire encore si obscure des a Canaletto », l’Italie, chose étrange, tarde encore à se souvenir qu’elle doit un monument littéraire à ces deux grands artistes qui, dans leur œuvre, ont su fixer la plus glorieuse expression de cette noble cité vénitienne dont la possession, grâce à Napoléon 111, retourna à la couronne il y a environ quarante ans.

La seule documentation graphique, à défaut de notes biographiques qu’on n’ose plus espérer, suflirait presque à constituer un incomparable recueil où la gloire de la Venise encore fastueuse duxviiU siècle ressusciterait tout entière, grâce au génie décoratif du grand GanalettOj de son disciple et aussi, disons-le. probablement d’obscurs imitateurs et continuateurs inconnus.

L’œuvre peint de l’un et de l’autre a été en effet presque totalement et supérieurement gravé. Pour nousrestituer l’image effacée de ce que fut, au momen t où elle perdait Chypre et Candie, celle ville qu’on put nommer « perle de l’Adriatique », l’album serait sans égal (|ui réunirait

les gravures signées, d’abord par Antonio (1) et par Bellotto, puis les trente-huit planches de A. Vincentini groupées en 1742, sous le titre : Urbis V enetiarum Prospectus celebriores ex Tabulis 38 aere expressi ab Antonio Viceatini in partes très distributi. A ces premiers documents les planches des Canal et to jointes^ en

1775, par Boydell, à certaines gravures de Raphaël, de Guido Béni, parmi les quatorze volumes consacrés à ritalie et qui sont intitulés : Etchings afterthe Original designs of Raphaël^ Parmegrano ^ etc.

Ce vaste recueil élevé à la mémoire du nom réputé de Ganaletto comprendrait encore les travaux du graveur anglais Fletscher, les planches d’Antonio figurant aux Riche Minière de Boschini, parues à Venise en 1733, et réunissant (( tutte le opéré clie uscirono da 1674 sino al présenté amio ».

Enfin, touchant Antonio, le premier des « Ganaletto », il y aurait encore à faire, dans ledit hypothétique recueil, une place d’honneur aux superbes gravures de Jean- Baptiste Brustolone, qui, d’après le's plus belles toiles du peintre, faussement attribuées, selon nous, à Francesco Guardi, a produit une prestigieuse suite de douze pièces représentant les Cérémonies du Couronnement du Doge. Puis, pour terminer, les gravures de Bernardo Bellotto, Veduta délia cilà diDresda, dessinées de 1747 à 1752, pourraient achever l’ouvrage. En frontispice, il serait néces-

(1) Vedula alire prese da i luoçjln allre ideale da Antonio Canale e da esso intagliate. — 30 pièces.

LKS DEUX GANALlilïTO.

saire de placer l’allégorie de J. -B. Piazzeüa où, dans un médaillon flanqué de deux figures drapées à l’anlique et couronné d’amours ailés, nous voyons apparaître le vir illustrissimus : Antonio Canal, fin, distingué, de noble mine, semblant accorder un dernier et mélancolique regard au panorama de sa chère Venise qui, chaque jour, s’estompe, s’émiette, se meurt davantage, s’efface et s'en va dans une belle expression de grandeur et de fierté souveraine.

Pour nous résumer, nous ne pouvons prétendre, au cours de cette présente étude, développer autant qu’il en serait digne le thème séduisant fourni à l’écrivain parla physionomie et l’œuvre des deux Ganaletto.

Les limites de cet ouvrage nous auront permis tout au plus de réunir en une gerbe synthétique tous les documents dont nous connaissons aujourd’hui les origines et les références autorisées et, comme aurait écrit Montaigne, nous n’aurons, en vérité, fourni que le fil à la lier.

Dans tout ce xviiff siècle, qui, d’année en année, de défaillance en défaite, vit s’accentuer son cruel déclin, Venise, sur le miroitement de ses eaux et sur l’éclat limpide de son ciel, vit briller les derniers rayons de Part italien, avec Tiepolo, les deux Ganaletto, Guardi, la Rosalba- Garriera et ce délicieux Pietro Longhi qui eut les grâces de notre Lancret et quelques-uns des charmes de notre Watteau.

Tour à tour. Antonio Ganal, compositeur des scènes du Garnaval et metteur en scène des Vues de ce canal

de Ja Brenta que suivait le coche d’eau ou Biirchiello conduisant les voyageurs à Padoue, et Bernard Bellotto aspirèrent le parfum de cette Venise défaillante. Tous deux virent insensiblement dépérir de consomption lafière et robuste ville qui avait vu naître Morisiiii et qui, de leur temps, enfantait plus d’artistes, d'épicuriens, d’aventuriers, de patriciens efféminés et amoureux du plaisir que de guerriers et de vaillants marins.

La solidarité des deux Ganaletto fut si intense de leur vivant, qu’il nous paraît difficile de les séparer logiquement devant la postérité, qui souvent attribue au seul nom de Canaletlo ce qui est l’œuvre d’Antonio Canal, sinon celle de son neveu Bellotto. Nous les présentons donc ici réunis en une même étude, ainsi qu’ils mériteraient d’ôtre groupés.

La tâche de celte présentation en partie double n’est pas toujours des plus facile. C’est ainsi qu’on vit, à Venise, l’oncle et le neveu exécuter tour à tour les mêmes motifs. Il paraît donc souvent assez malaisé de faire le juste partage ou l’équitable distinction de leur production, bien que, par l’éclat de la couleur, la vigueur de l’exécution, la netteté des ombres, la transparence des ciels, l’éclat non truqué des eaux, il semble relativement aisé à démontrer que Antonio Canal, en tant que coloriste, se soit montré, presque toujours, incomparablement supérieur à son disciple.

La similitude des sujets crée toutefois un doute fréquent ; il convient alors de se reporter à la caractéristique des

;a>’aL. — RÉCEPTION OU COMTE G E R (i I A VENISE.

(Musée de l'Ermitage, Saint Pétersbourg.)

LES DEUX GANALETïO.

deux factures légèrement dissemblables et de savoir faire état du coloris délicat et clair d’Antonio Canal. Il faut aussi se souvenir qu’on accusa Bellotto de peindre sans poésie, sans légèreté, sans âme, pour ainsi dire, de n’avoir qu’une routine de main, qu’un métier habile mais froid et monotone. Opinions d’ailleurs discutables, comme nous le verrons par la suite.

Nous ne pouvions oublier qu’autour de ces deux peintres d’architectures, dont Fun est le génie inné, Fautre le talent acquis, évoluait toute une petite famille d’artistes qui, avec recueillement, travaillait à décorer les murailles des églises, à parer les demeures des patriciens, à composer de belles allégories légendaires ou mythologiques à la façon de leurs aïeux. Nous voulons citer Jean-Baptiste Tiepolo, décorant, sur le Canareggio, le palais Labia de fresques remarquables et ornant Santa Maria délia Pieta d’un plafond délicat, frais et pimpant ; Pietro Longbi illustrant de ses compositions claires et gaies le palais Grossi; Francesco Guardi, Sébastien Bicci et son neveu Marc, décorateurs intéressants, ainsi que nombre d’autres aujourd’hui oubliés ou méconnus. Ils devaient, ces artistes, se connaître, s’estimer, rarement se jalouser, car ils avaient conservé les mœurs simples des anciennes corporations ancestrales, lesquelles avaient leur mariegola. Ils s’appelaient entre eux familièrement, presque maçonniquement : très chers frères^ et ne dédaignaient point de s’associer, bien que peintres de premier ordre, aux doreurs, ornemanistes et même aux moindres barbouil-

44 LES DEUX CANALETÏO.

leurs de chaises et de volets qui avaient mêmes titres qu’eux.

Certains collaboraient fraternellement, sans s’attribuer un mérite supérieur à celui de leurs aides les plus médiocres ; d’autres, désespérant de réussir à Venise, montraient une facilité singulière à franchir les frontières latines pour s’en aller chercher fortune en d’au très capitales où leurs talents étaient vite appréciés et où leur qualité de citoyen de la noble République attirait sur eux la bienveillance et le succès.

Nous considérons avant tout de notre devoir de signaler ici les sources principales où nous avons puisé l’essence documentaire de notre travail.

Ceux qui désireraient prolonger au delà de notre but forcément limité une étude sur Antonio Canal et Bernardo Bellotto, consulteront avec intérêt les ouvrages déjà connus : Histoire des Peintres de toutes les écoles^ de Charles Blanc, la Cijclopedia of Painters and Painfings où figure un portrait d’Antonio Canal et une notice intéressante et détaillée; le Cicerone, guide de l’art antique et de l’art moderne en Italie, publié par J. Burckhart, l’éminent professeur d’histoire de rCniversité de Bâle; le Dictionnaire des Peintres de Siret, qui comporte des prix de ventes célèbres, le Dictionnaire des Arts de Heineke, relatant, au tome lit, la liste des estampes gravées d’après Antonio Canal, les Mémoires et Anecdotes of Painting in England d’IIorace Walpole, un article paru au volume 63 du Colhurïé s New Monthly Magazine^ la Gazette des Beaux-Arts

]ANAL. — UNE A UE DU (; K A N D CANAL A VENISE. (National Gallery.)

LES DEUX GANALETÏO.

[passim)^ enfin J es deux publications signalées plus haut.

On trouvera, en outre, certaines indications de détail dans le Catalogue du Louvre de Villot, le Dictionnaire de Ticozzi^ et les Catalogues des musées de Venise, de Home, de Florence, de Londres, de Dresde, de Munich, de Vienne, de Berlin, de Darmstadt, de Bergame, de Saint-Pétersbourg, etc., ainsi que de la galerie Bichard Wallace et du Musée et de la galerie Liechtenstein.

11 faut toujours remettre loyalement, au seuil de tout ouvrage accompli, les clefs du chantier de ses matériaux.

Efforçons-nous maintenant, avec le minimum de documents connus, de tracer un double essai biographique d’Anton io Canal et de son neveu et élève Bellotto.

LA VIE ET LES OEUVRES d’aNTOXIO CANAL. SES VOYAGES A

l’étranger.

De la vie d’Antonio Canal, avons-nous dit, on sait fort peu de chose. Les explorations savantes, curieuses et tenaces, souvenles fois essayés par ses biographes, n’ont pu jusqu’ici faire apparaître aucune indication valable du passé de cet admirable artiste vénitien, ni déterminer les principales étapes de son existence qui échappe à toutes recherches.

Les grands et modestes laborieux dont la vie s’écoula sans ambition n’eurent généralement point d’histoire.

Antonio Canal fut sans doute un simple artisan aussi soucieux de parachever son travail et de répandre son œuvre que de cacher la simplicité de ses mœurs privées.

Les chroniques vénitiennes, parcimonieusement révélatrices sur l’âge mûr ef la vieillesse d’ Antonio Canal, se montrent encore plus absolument muettes sur la jeunesse même de cet enfant de la ville des Doges.

Alors que la renommée du peintre commençait à prendre quelque éclat, le comte Antonio Zanetti croit, dans sa correspondance, devoir lui attribuer une naissance illustre, ou, tout au moins, le faire descendre d’une honorable famille patricienne. Pour honorer les mérites de son brillant compatriote, il ne semble point apporter le moindre scrupule à le rattacher à la noble lignée des Da Canal, qui dans leurs armoiries portaient d’argent au chevron d’azur. 11 faut penser cependant que cette descendance, qui ne relèverait aucunement la valeur individuelle de l’artiste, serait plutôt discutable, car Piazzetta, quelques années plus tard, voulant, à son tour, anoblir le premier des Canaletto, dessina, dans le cartouche du portrait qu’il fit de lui, un nouveau blason d'azur au chevron d’or. Des armoiries aussi vaguement définies et sur lesquelles deux contemporains se trouvent déjà en désaccord, créent à l’historien d’aujourd’hui le devoir de ne se point prononcer.

Nous constaterons seulement que rien ne vient confirmer que le maître de CalU e Canali puisse sérieusement revendiquer une ascendance qui ait été inscrite au

Clir.lié Anderson.

A. CANAL. — COUR ET I>URTIOUE l)'UN PALAIS.

(Roynle Académie, Venise )

LES DEUX GANALETTO.

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