ACTE I, SCENE XI. a
COURVIIiliE.
Sinon des revers, du moins vous aurez des con-
currens ; et que vous soyez seulement ballotté , je suppose.
HAUTIN VAL.
Ballotté !
COUR VILLE
Cela peut arriver. Alors , sans perdre temps , je pars , et pour vous aplanir les voies dans les départemens voisins, je vous réponds de plusieurs journaux.
H AUTINVAL.
Vous me répondez toujours, vous ne doutez de rien.
cou RVI LL E.
S'il en était besoin , je ferais proclamer votre belle action jusque dans VOracle de la Garonne^ qui vaut au moins le Véridique.
HAUTINVAL.
Vous êtes donc bien sûr que je me suis un peu
exposé .^
COURVILLE
Gomment, un peu^ monsieur le Comte ! (à part. ) Foi't bien ! il finira par le croire.
HAUTINVAL, à lui-même.
Puisque tout le monde le dit, il faut bien Mais
vous me donnez le titre de Comte, je ne l'ai pas encore tout-à-fait, ce me semble.
cou RVILLE.
Non , mais vous avez déjà le comté ; c'est l'essentiel.
HAUTINVAL.
Laissons cela.
Oui , parlons de nos arrangemens : primo ^ pour fixer
sur vous l'attention publique, je vous fais auteur d'une brochure politique clans les bons principes, à laquelle je ne sais quel pauvre diable d'anonyme a mis son talent: j'y mettrai votre nom.
HAUTINVAL, faiblement.
Consentir à prêter mon nom aux écrits d'un autre ! un homme.... tel que moi.... ,
COURVILLE
Précisément. Est-ce qu'un homme tel que vous est obligé de faire ses ouvrages? Vous en recevrez les
COmplimens, c'est bien assez. (HautinvalventrinJerrompre.)
Secundo ! comme je dois parcourir tous les cantons et recoins de laiTondissement, il faut qu'à tout prix je me procure à l'instant une voiture des plus grandes et des plus larges.
H AUTINVAL.
Et pourquoi donc , s'il vous plaît "^
C ou RVILLE.
Il se trouve toujours de ces gens qui ne viendraient pas voter seuls , gens paresseux , matière électorale inerte et difficile à remuer : je me cramponne après, j'en charge ma voiture , et fouette cocher ! Arrivé ici , vous savez que j'y établis le centre de mes opérations : d un mot je mets en jeu le grand moteur , la cheville ouvrière de notre machine, le cuisinier de Thôtel.
H AUTINVAL, faiblement.
Osez-vous , monsieur, avouer ces moyens illicites.^
cou RVI L L E.
Moyens illicites , monsieur ! En est-il de plus innocens "? N'a-t-on pas dîné partout et de tout temps , quand on a su vivre.»' Avez-vous oublié les repas des Lacédémoniens ? Lisez dans Cicéron pro Miuœnâ l'éloge des