INTRODUCTION
- l'hutoirx.
Neu est, le monde devient.
L'Etemel vit hors du temps, comme hors de l'espace. Pur esprit, il n'est nulle part. Immuable, il est toujours identique à lui-même. Or, ce qui ne change pas n'a pas d'histoire.
Le inonde, qui s'étend dans l'espace, est plongé dans le temps. Sa forme change sans cesse (1) ; elle n'est pas aujourd'hui ce qu'elle était hier ni ce qu'elle sera demain. Ses transformatioas varient à l'infini de nature et de rapidité. Dans les hautes régions des cieux, parmi les étoiles qui nous semblent fixes, et chez les anges, le cours du t£mps a l'inDosante majesté de ces fleuves immenses dont les eaux s'écoulent avec une telle lenteur qu'on les dirait immobiles. Ici-bas, au contraire, tout se hftte et se précipite, s'agite et tourbillonne, s'écoule et s'évanouît. Rien de durable, et partout des ruines. Sous le sol que nous foulons aux pieds, de DOS alluvions au granit, ruines, empreintes, débris de vingt flores et bunes qui se sont succédé avant l'homme. Sur la surface de la terre, ruines antiques des peuples qui sont morts après une courte vie, et ruines futures des peuples qui vivent encore, mais qui bieatdt vont mourir. L'homme enfin, dont pourtant l'ftme est immortelle, naît, grandît, décline et disparaît, chaque génération jonchant le solde ses os comme les arbres de leurs feuilles en automne. Tout passe, et les souvenirs du passé sont les matériaux de l'histoire.
L'histoire est une science, et il n'y a pas de science pos^ble du hasard et du désordre. Mais tout dans les annales de l'humanité semble n'être que confusion. Les événements ont leur première cause dans la volonté de l'homme, qui est libre de se décider pour le mal comme pour le bien et d'écouter les conseils de la folie comme de la sagesse. Puis l'accident vient renverser les plans les mieux combinés ou faire réussir les plus absurdes. L'hisloire peutelle donc être autre chose qu'une humble chronique qui inscrit sans réflexions les choses arrivées dans l'année î
Ici comme partout les apparences trompent. Vues de la terre, les planètes sont les plus capricieux des êtres ; vues du soleil, elles décrivent, chacune, avec des vitesses inégales des aires égales dans des orbites toujours les mêmes. Quel serait le soleil de l'histoire si ce n'est Dieu? et de Dieu, sous quel aspect nous apparaît-elle! Sous celui d'un progrès continu vers un but prédéterminé, ou d'un plan qui se déroule dans la suite des Ages.
Il y a progrès déjà au travers de toutes les catastrophes qu'a suhies la terre, de son état primordial, berceau igné ou aqueux, jusqu'à l'homme. Il y a progrès du premier homme qui a reçu la mission de toBtujettir la nature par l'agriculture et l'industrie, aux Noachides appelés à fonder VEtat, et des Noachides à Jésus-Christ laissant à ses disciples le soin d'étendre son Eglise sur toute la terre {!). Il y a progrès de l'économie des patriarches, par celle de laLoi,àcellede laGrAce. Il y a progrès du premier Adam, le père de tous les hommes, à Jésus-Christ, l'auteur de la viespirituelle(%), et de Jésus-Christ, par son Esprit, à l'ère finale où toutes les nations, devenues les organes d'un même corps, vivront dans la justice, ta piété et la paix.
Ce multiple progrès constitue en quelque manière le plan antflaptaireie l'éternelle Sagesse. Mais te péché l'a troublé, et les perturbations qu'il a produites sont si grandes, que nous devons distinguer de ce premier plan un autre que nous nommeront infraittpiaire. Le mal a sa source au pied même du trône de Dieu.
La première des créatures en puissance et en dignité, Lucifer, s'est, par un orgueil insensé, révolté contre l'Etemel, et est devenu a le père du mensonge (3), > la source unique de toute impiété et de tout vice. Par ses séductions, Satan a créé dans l'universelle cité de Di«u une cité du mal dont il est le seigneur.
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Nous en ï^orons l'étendue, mais la terre en est, d'après la révélation du Christ, le lieu le plus remarquable. C'est sur notre planète que se livre la grande bataille entre l'Archange déchu qui a perdu le premier Adam, et le dernier Adam qui est notre Sauveur.
Dieu a résolu dans sa miséricorde de nous sauver parce que, victimes du Molîn, nous sommes plus malheureux encore que coupables. Le lendemain même de la chuleila jeté dans l'ftmedes deux coupables la sainte semence de la foi, et assuré par là sur la lerre l'existence de la cité de la lumière, qui sous les formes les plus diverses fera constamment la guerre à la cité des ténèbres jusqu'au triomphe linal du bien sur le péché et le mensonge.
C'est ainsi qu'après comme avant le péché le Dieu vivant agit sans cesse. Il a par sa parole tiré du néant l'univers, et dans sa sagesse tracé à l'humanité son chemin et son but. Sa justice est sans cesse occupée à chfttier la cité des méchants, à délivrer les hommes de foi. Son Fils, qui est son autre lui-même, attire de sa croix h lui tous les peuples. Son Esprit exerce sans relfkche son action salutaire dans les cœurs. Si donc par son Immutabilité Dieu n'a pas d'histoire, l'histoire de l'univers est celle de son incessante et progressive actirité.
L'histoire est pleine de Dieu, comme la nature. Aussi offret-elle à notre esprit qui ne peut se nourrir que d'idées vraies, un aliment inépuisable. Si le monde avait pour mère la matière, pour père le hasard, comme le prétendent les païens de l'antiquité et ceux des temps modernes, notre raison serait morte d'inanition; car le temps et l'espace sans l'ordre et sans le progrès ne lui auraient pas offert une seule idée. Elle n'aurait partout rencontré que des phénomènes inintelligibles, qui l'auraient fatiguée, obsédée, irritée, et, s'en détournant avec dégoût, elle aurait fini par les jeter dans le puits sans fond de l'oubli. La création de Dieu éveille au contraire en nous un intérêt infini par les innombrables [voblèmes qu'elle nous propose et dont nous trouvons sans trop de peine la solution. Nous transformons ainsi les phénomènes immédiats et grossiers en idées que nous n'aurions pas créées, mais que nous pouvons au moins nous assimiler. Ces idées, qui se classent comme d'elles-mêmes dans notre esprit, se résument en un petit nombre de lois physiques et morales, ou forment par groupes les parties intégrantes du système de la nature et du plan de l'histoire. Toutes ensemble elles ne sont que l'épanooissement d'une seule idée, celle de l'univers, telle que de
toute éternité Dieu l'a conçue en lui-même, telle qu'il la réalise d'âge en Age. C'est la foi en cette idée mère, c'est la foi en ce plan divin de la création, c'est la foi en un Dieu vivant, qui élève l'historien au-dessus du chroniqueur, et qui seule le guide sûrement dans ses Imules spéculations. Seule elle explique les destinées des deux cités, seule elle peut fonder la vraie philosophie (le l'histoire. Seule aussi elle prépare en silence la science déhnitive de l'unité, qui se constituera à son beure.