LES CHINOIS
En passant d'Inde en Chine, nous sommes censés franchir l'abtme qu'on se platt aujourd'hui à creuser entre la race blanche et la race mongole, entre leu langues monosyllabiques et les langues à flexion. 11 est bien vrai qu'à première vue ces deux pays semblent ôtre aux antipodes l'un de l'autre : là est le pAle de l'imagination et de la poésie, de la spéculation et de la philosophie, de la religion et de la foi; là est celui de la morale, des sciences positives, de la prose et de la froide raison. Mais il serait aisé d'indiquer des disparates analogues entre peuples appartenant à une même race, et il l'est plus encore de se convaincre que la vie des Chinois repose sur les mêmes principes que celle des Aryas et des Sémites. Il n'est même aucun peuple païen dont les traditions primitives, les croyances religieuses et les vues historiques ofirent avec celles des Israélites autant de traits de res-
I» L'orthodoxie chinoûe. — Les Chinois méritent mieux encore que les Aryas de l'Iran le beau nom de monothéistes. Dans leurs lÀwe» sacrés des Rois et du Chants, Chang-ti apparaît, pour aind dire, à chaque page avec toute la justice et toute la miséricorde du vrai Dieu. Il comble de joie les gens de bien et ne punit qu'à regret les méchants. La grande doctrine du Chou-king en particulier, c'est que la vertu fait le bonheur des royaumes, que \e& princes reçoivent leur mandat du ciel, et que Dieu renverse du trône les dynasties lorsqu'elles deviennent infidèles à leur mission. D'ailleurs Chang-ti est un dieu caché : il ne s'est point révélé aux Chinois; il ne leur a point envoyé de prophètes. Les Livres sacrés, dont Confucius a étiâ le collecteur, ne passent point pour divins,
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connne ceux de Thoth, ni même pour inspirés comme ceux d1sra£i. Le déisme, qui senùt la négation de la vérité historique cbei les Hébreux et dans l'Eglise, est donc en Chine la fidèle eipressioD de la réalité. Dieu y laissait les lois physiques et morales du monde avoir leur cours régulier, et l'on reconnaissait ne pas avoir été témoins de théophanies et de miracles. Seulement, par souvenir du protévangile, on croyait que certains personnages mythiques et historiques étaient nés d'une vierge par une inter- KDtion surnaturelle de la Divinité.
Dans les siècles reculés, les Chinois se sentaient apparentés à la Dninité et appelés à s'unir à la suprême Unité. Cette union, disailron, n'est possible que si Dieu condescend k s'abaisser vers l'homme et que l'homme s'élève jusqu'à lui; mus il ne s'élève que par l'humilité, dont Dieu le premier lui a donné l'exemple. Elle est ainsi la vertu cardinale et de Dieu et de l'homme. Ce n'est pas là le langage d'un peuple issu des orangs-outangs.
Le sentiment de la dignité humaine et de l'immortalité est si puissant chez ce peuple chinois, que depuis les temps les plus tndens jusqu'à nos jours, chaque famille invite constamment tons ses ancêtres à assister aux sacrifices qu'on leur offre. Si les GhiooLS n'éprouvent pas de fortes aspirations vers l'infini, leur cœur BU moins est fidèle à ceux des leurs qui les ont quittés. Le culte des morts tient toujours ouverte aux vivants la porte du monde invisible.
Les traits distinctifs de l'histoire de la Chine, c'est, en premier lim, la fidéhté et l'exactitude de ses annales, la date reculée des premiers documents authentiques, le très-petit nombre de mythes qu'on discerne à grand'peine dans les règnes des fondateurs de l'empire. Les Chinois, s'ils n'ont pas de philosophie de l'bistùre, sont au moins avec les Hébreux le seul peuple de l'antiquité qui ait veillé à mettre par écrit le récit de ses destinées, et à léguer à la postérité une chronologie sans lacunes et sans fictions.
Cest, ensuite, l'absence de tout progrès. Les mœurs des temps de Yao sont encore celles de la Chine actuelle, et le régime patriarcal du premier Age s'est perpétué jusqu'à nos temps.
Cest, surtout, le r^le des sages à la cour des rois. Ces sages, iang misûon divine, sous la seule impulsion de leur zèle pour la vertu et de leur patriotisme, rappellent de loin Esaie auprès d'Ezéchias, Jean-Baptiste en face d'Hérode. Ils sont tous les précurseurs et comme les types du Saint parexcellence^ dont Confu*
dus a tracé à l'avance le portrait, et qui n'est point encore venn. Celui des quatre Livres moraïur qui traitedece Saint, se nomme Vlnmriable Milim, ou la perfection morale. C'est l'écrit le plus extraordinaire de l'antiquité. On peut le dire rédigé à la lumière du Verbe éternel éclairant l'esprit et le cœur d'un sage qui, an sein du paganisme, se souvient du protévangile. Fils d'une vierge, né du ciel, homme céleste ou divin, ciel visible, le Saint est le désiré des mortels, le médiateur entre le ciel et la terre, le principe et la fin de toutes choses. L'empire de l'univers lui appartient de droit. Il etfecera jusqu'aux dernières traces du mal, et dans le cœur de l'homme, et dans la nature. On ajoutait qu'il devrait se présenter lui-même en sacrifice pour enlever le péché du milieu du monde, et qu'il amverait en Chine de l'Occident.
2" tes écoles. — Cependant le Tcboung-young semble comme une oasis perdue dans un immense désert, et que personne n'habite ni même ne traverse. Il est aussi difficile de concevoir comment un peuple aussi prosaïque a pu imaginer un aussi subhme idéal de sainteté, que de s'expliquer le complet oubli qu'il a &it de sa création. Confucius lui-même, dans ses autres livres, parie du Saint aussi peu que de la Divinité. Sa morale est sévère etpure, mais indépendante de sa religion, et elle a puissamment contribué à détourner de Dieu la nation chinoise. Tandis que les autres peuples païens, chez qui surabondaient la foi, l'imagination et U spéculation, ont enfanté des myriades de faux dieux, les Cliin<»s, qui péchaient par l'excès contraire, ont laissé s'évanouir à leurs yeux leur Dieu unique et sont tombés dans un athéisme inconscient et pratique. Les lois invariables qui gouvernent le monde, n'ont plus eu d'auteur et de gardien. L'ordre qui règne dans l'univera est devenu une nécessité étemelle. Les philosophes orthodoxes cherchèrent le secret de toutes choses dans l'antique théorie du principe mftle, yang, et du principe femelle, yn : dualisme physique qui est fort semblable à celui des Chaldéens, et qui réservait la question des premières origines et de la Divinité (1). Lao-tseu, secouant, comme Kapila, le joug de la tradition religieuse, fut un panthéiste idéaliste.
Lao-tseu est le Xénophane de l'Asie : il a substitué au IHeu vivant la Raison impersonnelle, Tao, et fait du non-étre le père de l'être. Sa morale, comme celle des sages hindoux, place le bonheur dans
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b quiétude, l'indifférencâ, et l'anéantissement. Il n'aborde point d'ailleurs les problèmes de l'histoire du monde physique qu'il Jaiwt étemel, ni ceux de l'histoire de l'humanité. D a précédé de peu Con^cius et a laissé après lui la secte puissante des Tao-sse.
Les Tao-sse ont propagé dans toute la Chine le culte des génies et les superstitions les plus extravagantes. La nation, chez qui s'éteignait la foi en Dieu, se prit d'une passion insensée pour un merveilleux impossible.
Vers l'ère chrétienne pénétra en Chine le bouddhisme, qui est injourd'hui la religion populaire, mais qui n'a exercé aucune influence appréciable sur la foi, les mœurs et la philosophie natioDales.
Au douzième siècle Tchou-hi a fondé la scolastique impériale en réconciliant Conlticius ou l'orthodoxie, avec Lao-tseu, l'Arislote du moyen Age chinois.
3^ Les philosopfiimes. ~ La triple littérature chinoise des Lettre, des Tao-sse et des Bouddhistes contient sans doute bien des mythes, des fables et des philosophèmes historiques qui devraient trouver ici une place. Mais dans l'ignorance où nous sommes de toutes ces richesses, qui ne sont à vrai dire qu'une grande pauvreté ou qu'un pur objet de curiosité, nous devons mus borner à mentionner ici les cycles des Lettrés, les dynasties des Tao-sse et lliistoriosophie de Chao-Young.
D'après Mencius, dans le cours de cinq cents ans doivent appwaltre un roi puissant et un sage illustre (t). L'esprit cyclique de la haute antiqaité régnait donc sur les rives du Hoang-ho comme sur celles de l'Ëuphrate et du Nil. En effet un mythe trèsancien soumettait l'histoire de la Chine aux cinq éléments, le bois, le feu, la terre, le métal et l'eau, dont chacun produisait succes- ■irement sa dynastie. Plus tard on fixa le nombre des années de ce période chimérique, et l'on assigna aux cinq Ages une durée de 4,000, de 600, de 800, et de 700 ans, dont le chiffre total est 4,000 ans. Il y a dans ces nombres comme un indice d'une dégénérescence qui ne suit pas une marche régulière.
Au troiàème siècle avant J. -G. les Tao-sse imaginèrent de pla- <xr avant Hoang-ti ou Adam d'immenses périodes remplies par les trois dynasties des roû du ciel, de la terre et de» hommet. Ce sont dlnâpîdes fictions qui n'ont pour nous d'autre intérêt que leurs
loiDlùneset trompeuses analogies avec le mythe traditionnel et métaphysique des règnes des dieux, des demi-dieux et des hommes en Egypte.
Ia seule philosojdiie de l'histoire que la Chine ait produite k notre conziaissance, est celle de Chao-young, qui est mort l'an 1077 après l'ère chrétienne et qui a laissé un ouvrage en soixante volumes, s Philosophe à la pythagoridenne et grand admirateur des Kouas, il s'enfonce dans les ténèbres du chaos, voit le ciel etU terre prendre peu à peu leur forme actuelle, calcule leur durée, assigne le temps de leur destruction et celui de leur renaissance, et, fixant pour chacune de ces époques un nombre de siècles déterminé, il en compose des périodes qu'il ne soupçonne pu même de s'écarter le moins du monde de la vérité. Il exunine les différents changements qui ont dû arriver dans l'univers depuis le commencement des siècles, et pronostique ceux qui arriveront quand ces mêmes siècles seront sur le point de finir... » Son système où U combine le monde moral et la nature, est d'ailleurs fort peu intelligible, et le grand nombre des docteurs ne l'enteod même iwint du tout(l).
Au Japon nous trouverions les trois grandes périodes cosmogonque, humanitaire et nationale, des sept Esprits célestes, des cinq Esprits terrestres et de la race actuelle. Le Mexique nous offrirait set quatre Ages de la terre, du feu, de l'eau et de l'air. Hais ces mythes ne renferment aucune pensée nouvelle, et il est temps de revenir sur nos pas vers le peuple sémiUque qui seul avait conservé intact le dépôt des traditions primitives, et k qui seul furent révélées les destinées futures de l'humanité.
Il) Uémaira mr la CMIaoU. l. VUl,p.W.