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LES LTVRES SACHES

En ouvrant ces livres après avoir fermé ceux des autres nations cantempoi'aines d'Israël, nous nous trouvons subitement transportés dans un monde inconnu. Nous n'y retrouvons plus, parmi les souvenirs du passé, de règnes des dieux, d'Ages imaginaires de itiumanité, de fables de tout genre aurl'ftge d'or et les temps primitifs. Dans le présent les Hébreux ne découvraient nulle part une lutte, physique ou morale, entre des dieux bons et des dieux ou des monstres malfaisants. Les ténèbres de l'avenir s'illuminaient à leurs yeux par la resplendissante figure du Messie. Point de vaines spéculations sur la succession des mondes et sur les cycles de l'omvers; nulle trace d'une foi à l'aveugle fatalité ni aux vaines rtreries de l'astrologie.

Les livres hébreux ont été composés par trente b quarante écrinins, qui de Moïse & Malachie, se sont succédé pendant une pé-

riode de plus de mille ans. Les uns vivtûent dans les temps orageux de la jeunesse disraël, les autres pendant sa fleur, les troiaièmesk son déclin et pendant sa vieillesse. Dans leurs rangs on compte des rois, David, Salomon, et des bergers, Amos; des princes, Esaie, Danielj des prêtres, Jérémie, Ezéchiel, Ësdras; ou de simples chantres, Asaph, Héman, les descendants de Coré. Néanmoins tous sont animés du même esprit, tous parlent le même langage, et l'on pourrait à première vue les croire tous contemporains.

C'est que l'esprit qui les anime, les élève au-dessus de leur siècle et les place dans ces hautes régions de la vérité oii le temps se confond avec l'éternité. Tous ils ont la môme foi intime au Dieu vivant, le même désir de glorifier son nom et le même oubli de leur propre gloire. De là leur sainte impartialité. Elle atteint un degré de perfection où nul historien, nul orateur, nul poète, nul philosopbe, en dépit de la loi du progrès, n'est parvenu depiûs eux. Les regards arrêtés sur Dieu seul, ils racontent avec la même simplicité la noblesse d'fime du païen Uri que le meurtre de David adultère (1), la conversion des Ninivîtes que le puéril dépit de Jonas, les fautes des prophètes que celles des souverains sacrificateurs, les péchés des rois et des grands que ceux des peuples, les temps d'infidélité d'Israël que ses temps de repentance et de foi, lliumiliation de ses châtiments que ses glorieuses délivrances. Les nations païennes, au contraire, cherchent toutes à dérober à la postérité la trace de leurs revers. Toutes aussi, pour rebausser leur antiquité, font d'Adam, des patriarches sétbites,desCaïnites illustres, leurs premiers rois ou leurs plus anciens béros, tandis qu'Israël distingue très-nettement son histoire de celle du monde antédiluvien. Il n'a même nulle honte d'avouer qu'il est ie cadet de tous les peuples. A tant de loïauté, de simplicité, d'héroïque impartialité le lecteur répond d'instinct par une grande confiance.

Cette inflexible rectitude de jugement ne provient point de ce cosmopolitisme maladif qui nous remplit d'indifférence pour notre nation, de dédain pour notre patrie. Jam^s et nulle part on n'a vu des écrivains plus patriotes, plus nationaux que les auteurs des livres hébreux. Ils sont Israélites dans toutes les fibres de leur être : enfants d'Abraham, serviteurs de ce Dieu du Sinaï qui a son temple à Jérusalem, disciples de Moïse, prophètesd'un Messie juif. Où même trou-

rera-t-on dans toute l'antiquité et dans tout le inonde chrétien un second Jéréraiedont le cœur se déchire et fond en larmes k la vue de llnipénitence fînaleet delà ruinedeson peuple t On devrait donc Bupposerq ue ces livres ne peuvent avoir d'intérêt que pour les Israélites. Hus, bien au contraire, les plus nationaux de tous lesécrivaias sont les seuls écrivains humanitaires. Nous, Japhétites du dix-neuvième siècle, nous chantons dans notre culte les psaumes de David, et, d'un bout de la terre it l'autre, les Ames les plus simples aussi bien que les Pascal et les Leibnitz, les Hottentots et les Esquimaux, les O-Tahitiens et les Hindous, comme les Allemands et les Anglais, s'éclairent et s'édifient par la lecture recueillie des saints livres dlsraël, tandis que la haute aristocratie de l'intelligence prend seule quelque intérêt aux Kings, au Zend-Avesta, au Ramayana, aux épopées d'Homère. C'est que les prophètes hébreux étaient les organes d'un peuple qui avait pour mission, non de développer l'industrie, le commerce, les beaux-arts, la science, mais ■l'atteindre à la sainteté. Or la sainteté, la perfection morale est la vocation suprême de l'homme sous toutes les zones et dans tous les tempe. Aussi toute àme avide du souverain bien retrouve-t-elle k chaque page de la Bible, ses aspirations, sa conscience, ses remords, son besoin de Dieu, ainsi que le portrait vivant du monde où elle vil. I^ vérité psychologique de ce livre, s'ajoutantà son impartialité, lui assure une influence humanitwre.

La Bible n'est point d'ailleurs un recueil d'ouvrages de dogmatique, de morale ou de science. C'est l'histoire d'Israël complétée par le code de ses lois et par sa littérature religieuse. Les livres historiques sont le tronc dont les livres moraux et prophétiques sont les rameaux et les fleurs. Mais l'histoire d'un peuple est inéntablement soumise au contrôle de ses voisins. Le contrôle se &it pour les Hébreux au moyen de l'Egypte et de l'Assyrie, qui fournissent des inscriptions d'une incontestable authenticité. Or la critique la plus sévère et trop souvent la plus hostile n'a pu qu'attester la vérité des récits de la Kbie et l'exactitude de sa chronologie.

Ces récits ont un caractère unique de simplicité et de précision. Personne en les lisant ne se demande si tel discours n'est point tme fiction de quelque Tile-Live hébreu. Ils vous transportent en esprit sur le lieu et au moment de l'action, et parce que vous croyez en être le témoin oculaire, vous supposez involontairement que c'est un autre témoin qui en est le narrateur. Cette im- |»ession inatincUve, qui se joint au respect qu'inspire la sainteté

de ces écrivains, est fortifiée par l'autorité de la tradition. Les libres penseurs s'évertuent sans doute à prouver que le Pentateuque date du siècle de Josias ou les Psaumes de celui des Machabées. Mais leurs arguments se contredisent et leurs systèmes se détruisent eux-mêmes les uns les autres. Aussi, sans nous livrer à de longues discussions, nous sera-t-il permis d'admettre que les écrilâ bibliques sont dus bien réellement à des historiens contemporains. Quant à la Genèse, je crois que les traditions dont elle se compose, avaient été mises par écrit avant Moïse. Au moins savoos- Qous que l'écriture est une découverte de Seth qui chez les Chaldéens se nommait l'écrivain, et le texte hébreu dit positivement que la généalogie de la postérité d'Adam est un livre, un livre antédiluvien (1).

I^ chronologie de la Bible a ceci d'extraordinairequ'elle repose, pour les temps des patriarches hébreux, sur des dates qui semblent semées au hasard dans la Genèse, et qu'elle s'étend sans interruption et avec un très-petit nombre de chiffres douteux, depuis la création d'Adam jusqu'à Malachie, qui vivait au temps d'Hérodote.

« Hais, dit-on, la Bible contient de nombreux récits de miracles. Des récits semblables se lisent dans toutes les histoires profanes, et les lois immuables de la nature rendent impossible une intervention surnaturelle de la Divinité. Tout miracle est donc une fable, et la Bible est ainsi pleine de mythes. •

Non, il est faux de dire qu'il y ait parité entre les oracles de Delphes ou de Dodone et les prophéties d'Esaie ou de Daniel, ^itre les prodiges insignifiants ou ridicules des païens et tes saints miracles d'Israël. Les prodiges tombent du ciel, comme des aérolithes, sans rime ni raisonj les miracles au contraire, d'ordinaire annoncés à l'avance et attendus avec joie ou terreur, s'enchaînent les uns aux autres selon un plan qui a pour but la rédemption du monde. Ce plan, nous le connaissons déjà (p. 2, 37 sqq.) : par la double série de miracles physigves et historiques, Dieu élève la nature à l'homme et l'humanité du premier au dernier Adam, en même temps que la prophétie, contenue tout entière en germe dans le protévangile, va s'épanouissant lentement jusqu'à Malachie qui annonce le lever prochain du Soleil de justice. Rien, d'ailleurs, ne prouve mieux la réalité et la divine nature de la profrfiétie et du miracle que leur corrélation avec les Ages de l'humanité et

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dlsraël. Ils s'acciunulent aux temps des ori^nes, disparaissent pendant ceux de simple développement et se montrent de nouveau quand la surabondance du mal a provoqué une manifestation extraordinaire delà justice divine (1). L'histoire sacrée est liasi une trame tissue de fils humains et de fils divins qu'on ne siunût isoler. On ne peut que la jeter tout entière au feu. Hais elle est d'asbeste et ne se consume pas.

Cette histoire mi-divine, mi-humaine ne pouvùt être écrite que par des hommes inspirés de Dieu. H fallait être prophète pour comprendre et raconter les voies de Dieu dans le passé, et les prophètes du passé ont été les historiens de l'avenir. Aussi Israël est-il le seul peuple qui ait eu dès son berceau la conscience de 3k vocation et de celle derhunianité(i).Il savait que l'homme veoait du paradis, que toutes les nations issues de Noé se réunilaient un jour de nouveau en une même famille, qu'Abraham Hait été élu pour leur salut et leur bénédiction, et qu'Israël était conduit au Messie par le chemin exceptionnel de la loi. Il savait même depuis Daniel la date de l'apparition du Messie, et cettedate est si précise que la synagogue incrédule, se sentant condamnée tana appel, en a interdit le calcul.

Que l'onassimile après cela, si l'on en a le courage, la Bible des Héh^ux à celles des païens : aux Kings chinois, code de cérémoaies puériles, recueil de chansons profanes, livre vulgaire d'his> toire; — aux livres de Thoth et d'Oannës,qui,à la honte desdieux, leurs auteurs, ont été l'objet d'un tel dédain qu'il ne s'en est pas conservé une page; — au Zend-Avesta, aux Védas, aux Lois de Maoou, recueil de lois révélées et de chants religieux, mais sans histoire qui les contrôle, et sans prophétie qui légitime leurs prétentions. Pour nous, nous ne voyons dans tous ces livres-Ià que l'ombre qui met mieux en lumière la nature unique de la Bihle. Aussi avons-nous pleine confiance en elle, et c'est à elle que nous devons tous nos principes fondamentaux d'historiosophie. Non que ces principes y soient exprimés dans le langage de la philosophie, ni réunis en un corps de doctrine. Car les prophètes dlsraël vivaient è un Sge de l'humanité où la fol n'avait pas encore créé la théologie, ni la raison la métaphysique. La vérité infinie dam leurs écrits s'incarne et se cache en une métaphore, en un

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fait particulier, en une exhortation, une censure. Mus pour qui a présent à l'esprit les problèmes à résoudre, il n'est point diffidie d'en trouver la solution dans leurs récits, leurs chants, leurs Ims, leurs proverbes et surtout leurs prophéties.

n. — U. ICÉTBOD*.

Pour avoir l'intelligence des livres dlsraël, îl faut posséder la foi en l'Etemel, et, pour l'acquérir, il faut user de la seule méthode qui puisse vous la donner. Cette méthode, ce n'est ni la déduction, ni l'induction, ni même l'assimilation purement intellectuelle; c'est la conversion du cœur, le sincère et sérieux déàr d'obéir à la loi de la conscience et de Dieu pour retrouver la paix de l'ftme. Le Paalmiste et Salomcm ont exprimé cette vérité en ces mots : a Le commencement de la sagesse , c'est la crainte de l'Etemel, v et « Crains Dieu et garde ses commandements ; c'est là le tout de l'homme (1.1.D Cette crainte se manifeste par la «haine du mal, > et tout spécialement de a l'orgueil (3), » par Ijintégrîté de la vie et la « droiture d du cœur, et cette droiture illumine l'intelligence. Elle ta prédispose à comprendre les révélations de Dieu, c Le secret de l'Etemel est avec ceux qui sont droits (3). > Comme ces révélations étaient bien moins des doctrines que des faits et des ordonnances (i), la sagesse théorique ou la philosophie de l'Hébreu consistait à méditer dans un esprit de recueillement et de prière sur a les redoutables exploita > de Jéhovah (5) et sur aies merveilles de sa loi (6). »

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