III. — BŒn
Elohim on Jéhovah, le Dieu uiùque d'Israël, est le même que le Dieu suprême des autres Sémites, ainsi que le démontrent les noms d'El, El Schaddaï, Ëlioun, Jao, Adonai, Baal, qui sont communs à l'un et à l'autre.
Comme les dieux des Sémites païens, le Dieu d'Israél a aon histoire. Sous le nom d'Elobîm, il a créé l'univers, et il est le Ueu delà nature. Sous le nom de Jéhovah, il est le Dieu de l'humanité, du progrès, de l'avenir. Dans le paradis, avant U chute, au temps
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sicoDTt de la paix et de l'harmonie, il s'appela Jéhovab-Elohtm. Ph» tant, il intervint dans Thistoire de riiumanïté et dans celle des patriarches hébreux, tantôt en Dieu du monde physique, tantôt «n Dieu de l'homme. Mais, lorsqu'il appela Moïse à être le libéreleur des Iwaélites, il prit solennellement le nom de Jéhovah, et il devint bientôt le législateur et le roi invisible de son peuple. Après quatre siècles de théocratie, au temps de Samuel, il se démit de » royauté et passa le sceptre aux mains de Da\id. Enfin, le royaume de Juda détruit, Ezéchiel a vu le Dieu des Hébreux ■Inodcmner le temple et la ville de Jérusalem. 11 y avait là certainement des péripéties célestes analo^es à celles que nous avons ootées à Tyr, à ByMos, à Habylone, à Memphis. Or les Hébreux étaient, de nature, aussi prompts à dénattu^r la tradition et aussi imclins au polythéisme que leurs frères et leurs voisins. Nous déviions donc retrouver chez eux aussi le mythe des règnes des dieux. SU n'en existe pas la moindre trace dans leurs saintes Ecritures, c'est qu'ils ont été maintenus dans la vérité par une intertntioD extraordinaire et surhumaine.
Non moins inouïe est l'histoire des révélations de Dieu à son peuple élu. Au souvenir des six jours, aux terreurs diluviennes de tajustice divine, aux espérances protévangéliques, aux expériences spirituelles que le monde primitif lègue à Abraham, Dieu ijoale la promesse humanitaire d'un Messie hébreu, qu'il confirme far des promesses personnelles à courte échéance. Dieu apparaît M parle; Abraham croit, et sa foi lui est imputéeiijustice. CeDieu M amour et miséricorde; c'est celui qui, dans les Psaumes et les l^ihëtes(l), aime l'homme d'unamourplus grandque celui d'une mère pour a l'enfant qu'elle allaite, » et qui se fera adorer de loosles peuples, parce qu'il exauce, agit et sauve (2). C'est celui qui sacrifiera son Fils, son Isaac, poiv la rédemption d'une race dédiue. On chercherait en vain son pareil dans l'un ou l'autre des '^fnipes du paganisme. Cette foi toute vivante et personnelle d'Abraham est celle des chrétiens : au pied du Sinaï, elle disparaît fi plonge, comme le cflble transatlantique, dans les profondeurs de l'âme, sous les flots de la loi ; puis elle se rapproche de la surrace aux temps des prophètes, et réapparaît enfin à la lumière du Kileil, toute transforma, à Jérusalem, le jour de notre première Pentecôte.
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Quand le tempe est venu de Bounwttre la aation du UraMiteak la salutaire et transitdre discipline de la ioi, U miséricorde divine et le Messie rentrent dans l'ombre, et ce que Jéhovah révèle k Moise de son essence, ce sont son unité, sa spiritualité et aa sainteté.
1) Son unité. « Tu adoreras le seul Etemel, et n'auras pas d'autres dieux devant sa face. » Le polythéiame avait envahi la terre en- Uère, et l'humanité était perdue. En effet, comme Dieu, en se multipliant, se limite et qu'il se dépouille ainsi de son infinie puissance, la matière, qui était son esclave docile, slnaui^e, se pose comme sa rivale en se déclarant étemelle, légitime le péché dont elle se ftiit la mère, corrompt la oonscience par le culte universel des Vénus, tue le sentiment de la liberté morale et finit, aux temps de la décrépitude des nations, par régner seule siur une société athée et gangrenée. Cependant, ta multitude des foux dieux parque les nations dans les limites de leur patrie et les remplit d'une haine mutuelle, tandis que dans chaque nation la pluralité dot dieux donne aux sexes, aux Ages, aux classes, aux oaates, des Iras morales et parfois même des origines et des natures toutes différentes. En un mot, le polythéisme rend impossibles l'égalité, la fraternité, la liberté, la dignité humaines, ainsi que l'organisation future des nations en un même corps. L'unité de Ueu, au c<Hltraire, donne un même père céleste à tous les hommes, qui par là même sont devant lut tous égaux et tous frères, et, comme le Dieu un est esprit, elle leur garantit à tous U même nature spirituelle, la même noblesse d'ftme et la même libetté. M. Laurent, tout libre-penseur qu'il est, l'a fort bien dit : « Les conséquences du dogme de l'unité de Dieu sont incalculables (1 ) . s Pour sauver l'humanité, il fallait que ce dogme se maintint bu moins chez UM nation, afin qu'elle pût un joiur le rétablir ches toutes les autres. Voilà pourquoi l'Etemel, de la cime du Sinal, se révélant dans toute sa puissance aux Israélites épouvantés, a fait de la foi en eon unité le plus sacré des devoirs, le premier commandement du Décalogue, le fondement de toute la loi.
C'est pour la même raison que le voile le plus épais recouvre aux yeux d'Israël les mystères du Dieu tripersonnel. Les passer absolument sous silence, c'était chose impossible; mais il eût été d'une suprême imprudence de creuser soi-même de profondes brèches dans la digue qu'on opposait aux flots débordés du poly-
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tbéiame. Ainsi voyw «ne quelle embun cm nt^ttèret sont traités dut toot l'Ancien Testament. Dieu, qui a crié le monde, par la iwole et l'esprit, les conserve par ces mêmes agents, mais ils sont impersonnels (1). D'Abraham àSamnel, apparaît un ange de l'Eterwl qu'on ponmit croire un dieu distinct de Ueu, et qui était en effet comme un prélnde de l'incamation du Verbe ; mais, à le considérer de plus près, on le voit se confondre avec Dieu (3), et ce n'est que longtemps apràs, lorsque le polythéisme n'était pi» une tentation pour les Juift, que Zacfaarie identifia cet ange iTsc le Messie. Salomon a bi^ attribué, en un embroit de ses Pruterbts (3], k la Sagesse étemelle une existence propre; mais luctm des prophètes n'a fait allusion fc cette fille de l'Ëtemel. David, Micfaée, Esaïe, Zacharie dcHment au Messie une origine étemelle, on les nonu de EMen fort, d'Adona], de Jéhorah (i); mail ils semblent eux-mêmes avoir oublié un instant après la pande étonnante qu'ils vienneaM de pnmoacer. C'est ainsi que pendant toute l'économie juive les écrivains sacrés et Dieu lui-même ont en quelque sorte réussi \ fhire preesmtir la seconde des {wnonnes divines, sans fournir la moindre occasion au polytliéisme.
S) 8a spiritoalité. a Tn ne feras aucune image taillée, aucune nssemblanoe > de ttm ïAea. Car Dieu est esprit.
11 s'est défini lui-même : * Je suis celui qui suis, s et en disant /«, il a affirmé sa subetanoe spirituelle. Seul il est, et le monde, <|M d'un mot il a fait iMlir du néant, et que d'un mot il pourrait y replonger, est séparé de lui par un aMme. Cet abîme est Infini : rien ne le comblerait, et on imaginerait loille et dix mille classes d'êtres de plus en plus parbits, que leur hiérarchie n'atteindrait jantais jusqu'à Dieu. Les uiges ne sont que ses messagers : on ne leur rendra aucun culte. La nature ne &it que proclamer ses perfsctions infinies : point donc de déesses qui la représentent, point desacrîBceB aux éléments, aux sources, aux astres, au soleil. La matière elle-même, sous sa forme primordiale de conflision et de ditos, est r(Kivre de l'Etemel : point donc de théothées qui la hçommit sans la créer, ni de Grandes Mères qui la personnifient. L'homme a bien été créé à l'image de Dieu, mais il n'est point de sa sobatance même, comme le pi^tenduent entre autres les Babylonieta et les Indiens : point donc d'honneurs rendus aux héros,
nimémeatamàneB des ancêtres. Et cependant c'est en 'Judée que s'est opérée l'incarnation du Verbe ! Le eeul peuple de qui le Dieu fut la transcendance mânie, a produit le Dieu-honinie, qu'il a crucifié pour ses soi-disant blasphèmes!
Ce Dieu qui seul est, n'est point inaccesûbie à notre intelli^nce. Que Brahm soit le pur être sans aucun attribut, et que pour le comprendre l'homme doive, en s'hébétant.faireà son tour le vide dans son esprit : Jéhovah est au contraire l'absolue plénitude et la richesse inflnie. 11 est le plus concret de tous les êtres. Toutefois il est pur esprit, et il n'y a pas en lui la moindre parcelle de ma- IJère. Que Brahma soit la source inépuisable d'où s'échappe, comme un fleuve impétueux, la vie universelle : le monde est l'œuvre de Jéhovah, comme la statue est celle du sculpteur. L'Etemel travaille en artiste, de «ses mains, n de cses doigts (1),> les substances que sa toute-puissance infinie a tirées du néant.
Il est esprit, et, comme nous sommes faits à son image, il se réfléchit en notre esprit,ainsiquefait l'incommensurable soleil dans une imperceptible goutte de rosée. Notre esprit aime, pense et agit; de même il est en Dieu une infinie puissance, une infinie sagesse,- un amour infini. Par notre esprit, nous avons la conscience plus DU moins nette de notre nature, et Dieu se voit tel qu'il est. Nous sommes libres, et Dieu fait tout ce qu'il lui plidt. La loi qui nous est imposée, est celle de penser, de parler, d'agir en conformité avec notre nature ; cette conformité se nomme sainteté, et la sainteté fiiit notre joie : de même la souveraine félicité de Dieu glt dans sa sainteté, c'est-à-dire dans la parfaite harmonie de ses œuvres avec son essence.
3) Sa saijiteté. « Soyez saints, car je suis saint. » La sainteté de Dieu se manifeste par « les choses merveilleuses » que s seul il fait (2). 0 Elles sont innombrables dans le monde physique et eo particulier chez les êtres oi^anisés (3); innombrables dans le domaine de la providence journalière, où les rachetés de l'Etemel sont, contre toute espérance, délivrés des phs grands dangers (4); innombrables dans le gouvernement des na'ionSjOÙ Dieu sanctifie son nom par ses jugements (S) ; enfm et surtout innombrables dans la théoccatie (ti), où Dieu démontre sa présence par des phénomènes mmiculeux qui remplissent de joie et d'adoration le peuple fidèle (7), ou qui le frappent, coupalJe, des maux les plus
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elIVByaats (1). Cest par sa stùnteté que Jéhovah fait une absolue disparate avec les grands dieux des païens (3), qui, simples mortels, auraient été la plupart, sur la terre, condamnés aux travaux forcés. C'est sa sainteté qui l'élève k une hauteur infinie au-dessus de toutes ses créatures, et qui constitue sa majesté. C'est sa sunteté qui lui fait avoir en abomination la souillure du péché, ainsi que nous le dirons plus bas.
Après Moïse sont venus les prophètes, qui ont développé le sens spirituel de la loi sans recevoir aucune révélation nouvelle sur les perfections divines. Leur mission spéciale était d'annoncer le Messie et de préparer à sa venue les Israélites. Pour les y préparer, ils les effrayaietit avec la justice de Dieu et tentaient, mais en vain, d'émouToir leur cœur avec son amour et sa miséricorde.
D'Abraham à Malacbie. comme d'Adam à Abraham, et comme du chaos à Adam, Dieu a suivi dans ses interventions une marche prc^ressive. Car sa sainteté n'implique point l'exécution immédiate et complète de ses décrets. Elle consiste bien plutAt à conduire d'fi^e en i^e, par la voie la meilleure, les choses finies à leur état d'idéale perfection. Aussi Jéhovah est-il le seul IKeu du progrès qu'on ait adoré sur la terre (p. 37 sqq.) En se nommant en hébreu : u Je suis celui qui suis, a il se disait en même temps a celui qui serai, o et saint Jean l'appelle : a Celui qui vient (3). Son être est non point un devenir , car l'Etemel est L'Immuable (4], mais UD venir. Il marche vers son but, et, d'Age en âge, à chacun de ses pas, il ménage aux hommes de saintes surprises. Toutefois sa marche est plutât, comme l'est pour nous ceiledu soleil, une îllu^on d'optique. Il est en réalité l'auteur immobile de tout mouvement, de tout progrès, l'inébranlable u Hocher dessiècles(5)Bet des Ages qu'il fait défiler devant lui, « le Hocher» toujours tidèle(6) « du peuple hébreu » toujours infidèle (7), le u Rocher de David (8) s et de toutes les âmes pieuses qui placent en lui leur confiance. Vivant hors du temps, l'Etemel exécute successivement dans le temps, par im acte unique de volonté, l'unique pansée de la création.
Toutefois, que l'homme ne croie pas comprendre Dieu parce qu'il porte en son sein son image et qu'il peut analyser ses perfec-
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tiraïa. Le Dieu troi» fois saint, l'Etre infini déborde eo tous um notre intelligenDe. « Trauverais-lu, > disait Tsophar à Job (!}, < le fond de Dieu en le sondant? Atteindrais-tu à la par&ita science du Tout-Puissant? Ce sont las hauteurs des cieuij qu'y ferais-tuT C'est chose plus profonde que les enfers, qu'y ccûioaltrais-tat » Il n'y a ni fond ni limites à l'amour de Dieu et ii sa justioe, à la sagesse et à sa toute-science (9), à sa puissance et à son bon plaisir. Aussi ses œuvres, tout en proclamant sa gloire, nous arrachent l'aTeu de notre ignorance, La contemplation des cieux, l'étude de la nature terrestre, nous fait dire avec Job : > Ces choses sont trop merveilleuses pour moi etjen'y connais rien(3}j » et en repassant dans son esprit sa propre histoire et celle du peuple élu, le Paalmistâ s'éaiait : > 0 Etemel, tes merveilles ei tes pensées envers nous sont en « grand nombre que je ne saurais les émunérer (i). * C'est ce même sentiment qui faisait dire plus tardi un juif devmu chrétien : « Que les jugements de Ueu sont impénétrables et ses voies incompréhensibles I (5) > L'infini se dérohera toujours par un bout k l'intelligence finie. Nous ne pouvcms assez répéter avec Esaïe (6) : > que le Dieu d'Israël est un Dieu qm se cache , *. et avec Pascal : ■ qu'il se cache à demi et se révèle à demi, v
Tel est, au milieu de tou* ces petits dieux païens qui se démànent en aveugles dans les ténèbres, le grand Dieu d'Israël , le créateur et le maître de l'univers, le rédempteur de l'humaoitA déchue. Là de vaines ombres, de purs rôves; ià l'étemelle réalité. Là mille personnifications du vice ; ici la ssinleté absolue, là l'erreur et le mensonge; ici la lumineuse vérité. Là le néant; ici l'Etre infiai. Ces contradictions ne sont pas plus évidentes pour nous, qui voyons tomber les dernières idoles, qu'elles ne l'étaient pour les Hébreux aux temps où les plus puissantes natitsis renduent grAcea de leur prospérité à leurs faux dieux dans des temples 8uperi>eB. Il faut lire dans les écrits de Moïse et dans oeux d'Esaie (T) avec quelle énei^e le premier en appelait aux miracles et le second, huit siècles plus lard, à la prophétie, pour démontior qu'il n'y a pu d'autra Dieu que Jéhovah.
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