LE FILS DE L'HOMME
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- LES iCHIVALNS JUIFS îfOV TKSPIRÉS.
L'unité de vues, chez les prophètes hébreux,'est telle, que nous avons pu les considérer lous comme un seul et même écrivain, et puiser indifféremment chez les plus anciens comme chez les plus récents les matériaux de l'historiosnphie révélée. Nous pouvons donc nous dispenser de suivre le lent développement de cette révélation, depuis Adam, Noé, Abraham, jusqu'à ilalacliie (IJ.
De Malachie à la ruine de Jérusalem par Titus, les Juifs étudièrent dans leurs écoles et leurs synagogues les vérités déposées dans leurs saints livres ; mais au temps de Jésus-Christ ils en avaient perdu l'intelligence. C'est à peine s'il y avait alors un peu de vraie foi dans la Judée. Le sens spirituel et religieux des prédictions messianiques ne se conservait plus que chez un très-petit nombre de fidèles qui • attendaient la consolation n plutôt que le triomphe « d'Israél ■ (2). Le gros de la nation oubliait la prophétie pour la loi, et la piété pour la morale, se complaisait, avec l'auteur de l'Ecclésiastique, dans des réflexions sur la vertu et le vice, ou, abusant des anciens oracles, rêvait d'un Messie belliqueux qui les conduirait k la conquête du monde. Les représentants du peuple étaient les fanatiques et formalistes pharisiens, auxquels faisaient opposition les sadducéens. Ces deux partis correspondaient aux écoles de la tradition et de la libre-pensée, que nous avons rencontrées k cette nièmct date chez les pfuples païens d'Orient. Cependant, la philosophie grecque avait envahi le peuple élu. Dans la vallée du Jourdain, les esséniens mél^ent les doctrines de Pythagore aux préceptes du SinM. Ils anticipaient les beaux temps du Messie et voulaient faire son œuvre sans lui. A Alexandrie, l'esprit mystique et allégorique, qui produira plus tard le néoplatonisme, inspirait l'auteur de la Sapience et, plus tard, Fhilon, le contemporain de Jésus-Cbrist.
La Sapience est des soi-disant apocryphes le seul auquel saint Paul fasse allusion, sans toutefois le citer. L'écrivain anonyme à qui nous devons cet eciit, oppose la sagesse d'Israël à celle des
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épicuriens, qu'elle condamne, et à celle des platoniciens, qu'elle dépasse. La sagesse est ici personnifiée comme elle l'est dans les Proverbes de Salomon et dans le Livre de Job. Elle se distingue en Dieu plutôt que de Dieu. Elle est plus qu'une simple perfection dîrine, et pourtant elle n'a pas un moi saisissable. C'est une force inleiligente qui pénètre tout. Cette sagesse décrit le sort duJuste, du Sage insulté et condamné à mort par les méchants, puis glori' fié et triomphant (c'est, h l'insu de l'écrivain, le Messie souffrant, tel que le dépeint David, sans aucune idée d'expiation). Elle décrit les origines de l'idol&trie ^tes Pères de l'Eglise, en traitant ce ménie sujet, s'inspireront tous de ces pages), la bonté de Dieu pour les justes, d'Adam à l'Exode, et sa justice pleine de support envers les Cananéens et les Egyptiens. L'auteur, de qui le style devient de chapitre eu chapitre plus ampoulé, s'arrête à Moïse pour n'avoir pas b raconter les châtiments et les humiliations du peuple élu.
Philcn est le premier (1) des Orientaux qui ait tenté de conci' lier la foi avec la raison, une des antiques religions de l'Asie avec la philosophie des Hellènes, Moïse, David, Esaie avec Pythagore, Platon, Aristote, Zenon. M. de Pressensé l'a nommé le grand précurseur des gnostiques : il l'est en outre de Plotin et de Proclus, des mystiques chrétiens ou musulmans, et de nos démocrates rêveurs.
Son Dieu est a le pur être, dont il est impossible de se faire aucune idée. Stais dans ce Dieu transcendant sont des puissances im< personnelles par lesquelles il crée et agit. En télé de ces puissan* cet divines est le Verbe, qui tantôt semble être leur complexe ou le lien des idées, et tantôt un deuxième Dieu, l'Image de Dieu, son premier-né.
t Le monde est une émanation de Dieu, une échelle d'êtres de plus en plus imparfaits, une série de paroles, de forces, de divini' tés qui arrivent à produire les êtres matériels.
t Point de Satan, ni d'enfer. Le mal réside dans la matière, » et cependant Philun, qui platonise, parle d'une chute des &mes dans une existence immatérielle.
f L'homme doit remonter vers Dieu par la Vole de la puriflcation (satis expiation), et doit d'abord [selon Zenon, et au contraire de ce que prescrit Aristote], mortifier la chair et ses instincts.
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Pais, par ses propres efforts, l'homme s'exerce aux vertus infé" Heures, qui le rendent apte à recevoir de Dieu, en don, la reine des vertus. Cette vertu suprême, pleine de pai\ et de joie, c'est U contemplation mystique de Dieu (et non plus la vie active dn monde ancien ou la mille tempérance des stoïciens] ; c'est une union de l'âme avec Dieu, qui renouvelle la nature humaine. • Philon, qui vit dans le temps où l'humanité entrait dans son â^ viril, pressent ici la PentecOte, la régénération de l'homme par les divines puissances de l'Esprit-Saint et les expériences intimes de la vie spirituelle.
L'histoire de l'humanité, si Phîlon en avait fait l'objet de ses méditations, n'aurait pu être pour lui que la reproduction de celle de l'individu. Il se rend bien compte que aies Juifs seuls comprennent l'humanité entière dans leurs vœux, i el croit que « leur religion deviendra celle de toutes les nations, o U a en très-haute estime la législation mosaïque qui a brille parmi toutes les autres comme le soleil parmi les astres, e A l'en crcûre (les Pères de l'Eglise partageront tous son erreur), elle aurait pénétré chez tous les peuples, et serait la source où les philosophes auraient puisé ce qu'ils connaissent de la vérité. Mais le principe moteurde l'histoire, la raison [XofiqiiiO des choses n'est point le Jéhovah d'Israël: c'est le Verbe immanent et latent (le Xé^^î êvSiiOETs; des Pères de l'Eglise), qui se produit au dehors par ses paroles ou ses actes (i;po<fspt)i&;). a Ce Verbe que la foule nomme la Fortune, se meut en cercle ; dans son étemel mouvement il ya de ville en ville, de peuple en peuple, de contrée en contrée, apportant, k différentes époques, à l'un ce qui avait appartenu à l'autre, afin que la terre ne forme plus qu'une cité unique. » Du Messie Philon ne prononce pas le nom, méconnaît l'œuvre et admet à peine l'existence personnelle. sLe vainqueur du serpent, c'est la tempérance, et le royaume de Dieu, que précéderont des temps mauvais, sera fondé par la puissance de la vertu : le Verbe communiquera aux Jui& persécutés pour leurs péchés une telle sainteté que les Gentils rougiront de leur commander et qu'ils seront délivrés en un jour. Le principe d'égalité étant celui de tout bien, la cité du monde aura pour constitution la démocratie qui fait tous les hommes égaux; il n'y aura plus ni esclavage, ni guerre. » Philon, qui platonise ici encore, va même jusqu'à prodiguer ses éloges aux esséniens à cause de leur communauté des biens.
L'historien Flave Josèphe, en vrai sadducéen, ne ctaint pas de dire que Vespasien est le Messie prédit par les [prophètes. Le cœur
partagé entre son peuple et Rome, il altère les récits bibliques pour plaire à ses lecteurs païens, et la vérité lui est si peu sacrée qu'il falsifie les pièces officielles qu'il se croit obligé de citer à un public incrédule. Mais son histoire du siège de Jérusalem est d'un prix inestimable : il y rend témoignage de l'indicible corruption et des malheurs non moins inouïs de sa nation qui venait de crucifier le Messie.
Cette littérature juive n'a-t-elle donc légué Ji ITiistoriosophie aucune idée nouvelle?
Nous en chercherions en vain une dans les rêveries théosopbiques de la Cabbale qui prétend avoir recueilli les traditions orales des proidiètes.
Le Livre d'ffénoc contient le plus ancien récit de la chute dos anges séduits par la beauté des fiiLcs des hommes (1).
Dans le quatrième livre tTEsdras sont deux lignes où le chaos est pour la première fois expliqué par d'antiques jugements et par la destruction d'un monde primitif qui ne peut être que celui de Lucifer et des anges rebelles (3).
Ceux des Oracles Sibyllins qui ont pour auteurs des Juifs d'Alexandrie (3), contiennent plusieurs essais informes de concilier le» récits de la Genèse, les âges d'Hésiode, les dynasties des dieux grecs, les monarchies de Daniel avec la tradition mazdéienne des douze mille ans de l'histoire, chaque mille ans étant réduit à la durée d'une génération de trois à quatre siècles {i).
Les Juifs fixaient la durée du monde à sept mille ans selon les sept jours de la création. On lit dans le Talmud que le grand prophète Elie avait transmis à ses disciples la division suivante de î'bistoire, qui reparaîtra chez Canon et Mélanchthon ; deux millénaires pour le vide du monde primitif, deux millénaires pour la loi, deux millénaires pour le Messie, et le septième et dernier millénaire pour le sabbat de l'humanité.
Cette tradition était trop simple et plausible pour satisfaire tous les docteurs juifs. Ils n'avaient pas su se soustraire à l'action de l'esprit cyclique que nous avons vu si puissant en Chaldée. «Les Hébreux, dit Bodin(5), tiennent que de sept en sept mille ans toutes les républiques avec le monde élémentaire périssent et se reposent mille ans; puis après, que Dieu renouvelle ce qui était péri, et que
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cela sa foit par iept fois, qui font quarante-neuf mille uia oomptett, et, alors, que le monde élémentaire et céleste prend aussi fin avec toiu ses corps, demeurant la majesté du grand Dieu étemel avec tous les esprits bienheureux. »
Si du Talmud nous retournons en arrière vers les livres saints d'Israël, nous dirons en terminant que d'après notre intime conviction t'historiosophie du dix-neuvième siècle ne aaurait mieux faire que d'y puiser ses principes généraux, les lois de la providence divine, la doctrine vitale de la rédemption, les Ages des peuples et les grandes périodes de l'humanité. Les révélations de Jéhovah sont sans doute exposées aux dédains des matérialistes, aux contradictions des panthéistes, aux secrètos jalousies des déistes. ^ais nul esprit impartial n'en contestera l'originalité et la beauté, l'unité et la profondeur, la grandeur morale et la sainteté, et chacun sera forcé de convenir que Platon et Aristote n'ont rien inventé qui y ressemble, que Machiavel et Vico n'en ont pas compris le premier mot et que Bossuet lui-mâme n'en a point comiu toutes les richesses. Comment expliquer par descauses naturelles que les Israélites n'aient pas ressemblé de tous points à leurs frères, las Ammonites, les Moabites, les Iduméensqul habitaient la môme contrée? Comment s'eslril fait que Moïse et Esale aux temps des Ramsessides et des Sargonides, Daniel et Zacharie aux temps de Nébucadnésar et de Darius aient résolu des problèmes d'histoire que notre siàcle s'est à peine posés, et laissé des prophéties dont chaque fige démontre mieux l'exacte véritéî C'est que leurs révélations n'étaient pas les hallucinations d'un cerveau malade : l'esprit qui les saisissait à les en croire et les faisait parler, était bien rieu réellement l'Esprit de Dieu.