CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
1 1. UtB HEUiNES, IX PEtFLE thV, LES A.UIIIEB PEUFLZS PAÏENS.
Les Israélites croyaic^nt et attendaient ; les Hellènes aspirent et cherchent. Les uns étaient le peuple de la divine promesse, les autres sont celui de la poursuite humaine. Les premiers ont produit des psalmlstes et des prophètes ; la gloire des seconds, ce sont leurs poètes, leurs artistes. Là dt'.& envoyés He Dieu, éclairés par des révélations surnaturelles, prédisnient avec toujours plus de clarté an Sauveur, le Messie, qui est venu au temps fixé; ici des hommes de génie cherchent à la lumière de leur raison le salut souG la forme du souverain bien, qu'ils n'ont pas découvert. Hais lorsque, découragés, ils avaient renoncé à le chercher, il s'est offert & eux, venant de Judée, en la personne du Sauveur crucifié, et les Hellènes ont cru malgré leur idolâtrie, tandis que le disciple du vrai Dieu, Israël, reniait son propre Messie.
Si les Israélites étaient le peuple sémitique que Dieu avait élu du sein de l'humanité prenne, les Hellènes, de la noble race de Japbat, ■ont l'Alite de c£ monde idolâtre que Dieu avait abandonné à lui-
£n effet, l'Hellène n'est plus emprisonné dans sa caste, asservi à un despote, dominé par un sacerdoce tout-puissant, entravé à chaque pas qu'il veut faire, par des centaines de rites étranges. Il revient en toutes choses k la nature : l'idée du beau se dégage dans son esprit et sous ses doigts des symboles qui la déparaient en Orient; les vérités abstraites s'expriment en un langage aussi pur, aussi limpide, qu'est obscur et trouble celui des écoles hindoues; chaque cité est à la recherche de la meilleure forme de gouvernement; les esprits supérieurs tentent de découvrir par vingt voies diverses le genre de vie le plus conforme à l'essence humaine. Sous le descendant de Javan on sent l'homme de tontes les races et de toutes tes siècles. Aussi pouvons-nous placer à . quelques égards auprès des livres sacrés d'Israël, les livres profanes des Hellènes. Les premiers nous révèlent ce que Dieu a fait pour l'homme, et nous peignent ce que l'homme devient sous la discipline de Dieu. Les seconds nous font connaître l'homme naturel, avec ses vices hideux sans doute, mais surtout avec ses nobles instincts et ses aspirations infinies, précieux débris de cette image divine dont la Genèse fait notre intime nature.
Ce qui complète la supériorité des Hellènes, c'est la multiplicité des dons qu'ils avaient reçus dellieu dans leur berceau. Nous ne trouvons chez le Phénicien que le marchand, chez le Babylonien qu'un peuple industrieuit, quelque peu architecte et astronome; chez les Assyriens et les Perses, que des guerriers et des politiques qui construisent et ornent de vastes palais. Plus richement doués, les Egyptiens se dérobent à nous sous leurs hiéroglyphes et leurs symboles, les Indiens sont le jouet d'une imagination déréglée, les Chinois nous désespèrent par leur prosaïque sagesse. Les Hellènes nous ont légué tout k la fois, les exemples du patriotique le plus héroïque, les législations les plus diverses, les poèmes, les temples, les statues qui approchent le plus de la perfection idéale, les plus éloquentes harangues, les historiens les plus impartiaux et les plus habiles dans l'art d'écrire, les systèmes de {diilosophie les plus variés , les plus hardis , les plus profonds , et même les premiers éléments des sciences physiques et des sciences mathématiques.
Nous disons : les Hellènes. Nous devrions dire : les Athéniens; car Athènes s'élève à une immense hauteur au-deasus de toutes les autres cités grecques. Elle a été la patrie des plus grands ({énies de l'antiquité, et de son sein est sortie la triple et plus brillante fleur du monde païen : Socrate, le martyr de ta vertu,
Xéno[Aon le plus pûenx des adorateurs des faux dieux, et Platon le plus clairvoyant des philosophes.
Jérusalem est notre patrie spirituelle, Athènes est notre patrie intellectuelle. Rome n'est la rivale d'Athènes que parce qu'elle a été son élèye; ce que nous aimons dans les écrivains latins, c'est encore Athènes.
§ II. CABÀCTiRI KAHOKAL.
Toutefois le caractère distinctif des Hellènes, c'est moins encore la richesse que la mesure. Nulle race n'a reçu comme eux, en une snssi juste proportion, les dons du corps, de l'àme et de l'esprit. D'une beauté pleine de noblesse et d'expression, d'une jeunesse impérissable comme celle des dieux d'Homère, ils parlaient en imots ailés» la plus riche, la plus douce, la plus limpide des lances. Seuls sur la terre entière ils avaient réuni en un même mot la beauté physique et la bonté morale pour désigner les faom- (Des que nous appellerions comme il faut. La vertu se résumait pour eux dans une tempérance qui consistait moins à asservir la cbair à l'esprit qu'à les faire marcher de iront. Même haimonie entre les facultés de l'àme : les philosophes et les poètes sont d'intrépides guerriers, les historiens des hommes d'Etat ou des marchands aventureux, les généraux d'élégants écrivains. Même harmonie encore entre l'idée et la forme dans les chefs-d'ceuvre des artistes et des poètes, entre l'imagination et la raison dans les drames d'Eschyle ou de Sophocle et dans les dialogues de Platon. Harmonie enfin entre l'âme et l'esprit ; les Hellènes vivaient sous les regards de leurs divinités qu'ils invoquaient en toutes circonstances; Athènes passait même pour la cité la plus religieuse du monde entier; Platon est le seul phUosophe qui ait mérité le nom de divin.
Le besoin instinctif d'harmonie engendrait dans l'esprit des Hellènes la douce et brillante image d'une perfection idé^e qu'ils cherchaient à atteindre dans teus leurs travaux. Ils furent le peuple de l'idéal, comme Israël est celui du Messie.
L'idéal hellène n'est d'ailleurs point l'infini; car il est l'enfont de la mesure. Ainsi Apollon n'est que le plus beau des jeunes Grecs; le Zeus même de Phidias, que le plus majestueux des mortels. L'Etat par&it que rêve Platon, c'est celui des Doriens. La vertu suprême est pour Aristote le juste milieu entre deux excès
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contraires. Zenon lui-même cberchait le souverain bien daos 1« calme d'un cœur qui se ferme à toute compassïou.
L'idéal ne développe dans l'esprit la noUon du progrès, qu'à la condition d'être très-distant et très-élevé. Les Hellènes n'entrevoyaient point dans les profondeurs de l'avenir un monde meilleur qui succéderait à leurs républiques. Ce n'est qu'au temps de leur complète décadence que le stoïcien Zenon appelait de ses vœux un règne universel de paix et de justice. Ils n'ont donc rien à opposer aux grandioses intuitions des prophètes hébreux sur cette double et progressive histoire de la nature et de l'humanité, qui part du chaos et qui arrive à l'univereelle monarchie du Fils de l'homme.
§ in. U. NATUBE ET L'BOIOIE.
Cette recherche de l'idéal, cet instinct du beau si délicat et si sûr, cette activité si bien pondérée de toutes les facultés intellectuelies étaient constamment alimentés par la ravissante nature au sein de laquelle les Hellènes avaient tlxé leur demeure. Si la Judée qu'isolent le désert, la mer et les montagnes, a été au centre de l'ancien monde le sévère et mystérieux sanctuaire do l'humanité, la Grèce semblait laite pour être le séjour de la joie et de l'harmonie. Les ardeurs du midi et les rigueurs du septentrion s'y maintiennent dans le plus juste équilibre. Le ciel y est toujours serein, le sol partout fertile. On n'y est point menacé comme en Syrie, en Egypte, dans l'Iran, d'être dévoré chaque année par la canicule, envahi par les sables du désert, dévaslé pai les nomades des steppes. Sur le continent sont de riches vallées qu'entourent de hautes et belles montagnes; les cdles sont découpées par des golfes profonds et nombreux où la terre et la mer se combinent de la manière la plus heureuse; la mer Egée est semée d'îles dont plusieurs sont, aujourd'hui encore, des jardins de délices. Aux siècles reculés oii d'épaisses forêts recouvraient les monts et attiraient les nuages chargés de pluie, la Grèce entière aurait eu plus de droits que telle contrée du Libaa au doux nom d'Héden ('^SsvVi). Elle était alors comme une image du paradis perdu, comme une prophétie du paradis recouvré.
Servis à souhait par la nature, les Hellènes en témoignaient à leurs dieux leur reconnaissance par de joyeuses fôles qui se renouvelaient d'Anpée en «nn^ lelon l'wdre des saisons. Mais eq
passant de l'enbnce à la jeunesse, ils s'affranchirent de toutes les préoccupations de la vie matérielle mieux que ne l'avaient fait les peuples de l'Orient, et transformèrent leurs divinités du mande [diysique en des honmnes immortels, dos Hellènes déifiés qui eurent pour sphère d'activité la société grecque. De là une vraie opposition entre l'historiosophie de l'Orient et celle de la Grèce.
Nous ne retrouvons en effet dans les mythes des Hellènes ni ces luttes des dieux de la sécheresse etdesdieuxde la pluie qui foiment en quelque sorte le fond des religions des Sémites, ni les guerres que le génie malfaisant du désert fait à Osiris, à Ormuzd. L'Olympe ne compte point parmi ses dieux unTyphon, frère de Zeus; Zeus n'a point pour rival hors de sa sainte montagne un Ahriman à la tête d'innombrables démons.
La nature est même devenue à ce point indifférente aux Hellènes qu'au contraire des Orientaux ils se sont fort peu préoccupés de son histoire, de ses destructions, de ses renaissances. Ils possédaient bien l'antique tradition des déluges el des incendies, et ils ont eu connaissances des cycles cosmiques de l'Asie et de l'Egypte. Ils ont même tenté de faire entrer ces cycles dans leurs systèmes de philosophie. Mais ces fictions et ces calculs y sont des hors-d'œuvre dont tout indique l'origine étrangère.
En détournant leur attention de la nature, les Hellènes la concentrèrent tout entière sur l'hoiTime. Aussi dirons-nous d'eux qu'ils ont été le Christophe Colomb de la vie psychique comme David avait été celui de la vie spirituelle.
Ce sont eux qui, les premiers d'entre les peuples païens, ont |»«ssenti l'infinie supériorité de l'homme sur la nature. Les premiers, ils ont déchiffré avec (Ëdipe la douloureuse énigme de la rie humaine ; les premiers, ils ont pris pour mot d'ordre le célèbre précepte inscrit sur le temple de Delphes : oConnaisttoi toi> même. > En ramenant l'esprit de la contemplation des choses pliysiquee h celle des choses humaines, ils ont rendu à l'humanité le service dont leurs propres philosophes ont été redevables à Socmte. Avec Homère ils chantïùent les passions, les exploits, les nenturesde leurs anciens héros. Puis, ils racontent avec Hérodote leurs immortelles victoires sur les rois des rois, ets'enqui6rent(l) des mœurs, des croyances, des destinées des peuples étrangers.
Enfin, avec Pythagore, Soerate, Platon, Aristote, Zenon, ils scrutent i'flme humaine, déterminent ses devoirs et sa vocation sublime, s'élèvent par elle jusqu'à Dieu et, dans une s{^ëre moins élevée, découvrent la loi qui ré^t la succession des constitutions politiques.
L'histoire grecque, dont Hérodote est le père, qui a servi de modèle aux Romains, et que les modernes ne se flattent pas d'avoir surpassée, est en quelque sorte le miroir où vient se refléter tout le génie des Hellènes. Succédant à l'épopée et aux poêles cycliques, elle ne se borne point, comme les annales de l'Orient, k enregistrer les événements ; mus elle les raconte en détail, elle les peint, elle les fait revivre aux yeux de la postérité. Comme la poésie lyrique, elle ressent toute-s les idolentes passions du cœur humain, et elle découvre ainsi les mobiles secrets qui ont fait agir les hommes entre les mains desquels est le sort des nations. EUle rivalise d'éloquence par ses harangues avec les premiers orateurs de l'Agora. Ainsi que les tragiques, elle cherche dans la volonté divine la cause suprême des révolutions des cités. De concert avec les philosophes, elle juge les lois et les institutions des peuples, et étudie les phases de leur développement.
§ IV. LBS DISPARATES.
Nous avons jusqu'ici cherché sous les formes périssables de la civilisation grecque le vrai homme qui ne passe point, et nous avons trouvé l'homme psychique dans la plénitude de son génie et de sa gloire. Mais le peuple hellène est, lui aussi, un être complexe mi-homme, mi-brute. K vous voilez le buste, vous avez devant vous un monstre qui vous efiVaye. Si vous cachez le bas du corps, vous direz avec Schelling que < le monde grec a été la société la plus noble qui ait jamais fleuri, et dont le retour sur la terre ne sera qu'un vain et étemel souhait [i). d
Transportons-nous en esprit à Marathon, aux Thermopyles, à Salamine. L'antiquité n'a rien de comparable à cette lutte de quelques milliers dliommes libres contre l'empire colossal des Perses. Vivons en pensée quelques mstants à Athènes au temps de Périclès, dans la so<»été des plus grands hommes de l'antiquité, ou sur
(t) JYwutÊiidaUaltr MmIUMu, p. m.
Is place publique, au pied de la tribune, qu'entoure tout un peu- I^e de souverains. Nous croirions que l'homme s'est relevé de sa chute et qu'il est rentré en possession de son primitif bonheur. Mais suivons dans leurs demeures ces Hellènesqui se disent ^aux ftbons... l'adultère est k ruine de Sparte, les courtisanes perdent Athènes, Aristote voit dans la femme une monstruosité de la nature, et le vice inf&me qui attira sur Sodome le feu du ciel, passe pour un des privilèges des hommes libres.
Ces Hellènes n'obéissent qu'à eux-mêmes; nul monarque, nul tyran ne leur impose ses volontés; ils se croient libres,, . Mais que l'un d'eux soumette à une sévère et juste critique les lois et les croyances de sa patrie, qu'il propose de salutaires réformes , qu'il prépare l'avènement d'un monde meilleur : le martyre de Socrate lui apprendra que l'Etat est son maître et qu'il en est l'esclave. [I lui est permis de se jeter avec tous dans le vice et la licence ; il n'a pas le droit d'être seul probe, pieux et ami de la vérité.
Ces citoyens passent leur vie à Vagora ou dans les camps. Qui les nourrit? Des myriades d'esclaves, «outils animés,» bétes de somme à face humaine, ou des myriades d'Hilotes qu'on traque comme des animaux féroces. L'oracle de Delphes, il est vrai, avait déclaré que les habitants de Chios, qui les premiers avaient acheté des esclaves, s'étaient attiré par là la colère des dieux. Mais l'esclavage, en se propageant chez la presque totalité des cités grecques, avait pris droit de cité : il était une des lois fondamentides de la société, et les plus grands philosophes le justifiaient par les inégalités phyàques et morales des races humaines. L'opinion publique était teÛementfausséequ'elle plaçait peu au-dessusdesesclaves les citoyens que la pauvreté contraignait à vivre de leur salaire ou de leurs gains. Les artistes eux-mêmes qui se faisaient payer leurs ouvrages, se perdaient dans les rangs des simplesartisans, et, dans la Grèce entière, si Ton admirait les chefs d'osuvre, on méprisait l'ouvrier.
Ces préjugés rétrécissaient angulièrement l'horizon des historiens grecs. Il n'y avwt pour eux pas d'autres hommes que les citoyens, et ils n'éprouvaient aucune sympathie pour cette immense multitude d'esclayes qu'on réduisait à l'état de brutes. La politique et la guerre éveillaient seules leur intérêt. Aussi chercherait-on en vain dans leurs écrits une page comparable à celle d'Ezécbiel sur le commerce de Tyr. Ce peu d'estime pour les travaux ^ui subviennent à nos besoins physiques, se transmît de la Grèce et de Rome au monde chrétien.
§V. UBEUGIOB.
L'élroîtesse d'esprit et de cœur de tous les historiens grecs s'explique par la religion polythéiste de leur peuple. Les Hellènes ne croyaient pas en un Dieu qui ffit le père de tous les hommes. Les esclaves n'avaient aucun dieu quelconque, et le dieu des artisans n'était pas celui de l'Etat. Zeus lui-même n'avait aucun pouvoir sur les barbares. Les Hellènes seuls élaient son peuple, et ce peu-
Pie n'occupait qu'une petite portion de la surface terrestre. Dans Inde immense les adorateurs de Vichnou pouvaient croire que leur dieu en s'incarnant sauvait l'humanité tout entière. Les mazdéiens, par l'antithèse d'Ormuzd et d'Ahriman et de leurs races ennemies, embrassaient dans leur historiosophie tous les peuples qu'ils connaissaient. Les Hellènes savaient au contraire qu'à leurs limites vivaient de nombreuses et puissantes nations dont Zeus ne tenait aucun compte.
Zeus devait accepter l'existence des peuples étrangers comme il avait accepté celle de la matière. Nous ne voulons pas insister ici sur les cosmoyouies traditionnelles d'Hésiode et d'Homère. Elles sont plus panthéistes, plus matérialistes, plus athées qu'aucunedc celles des Sémites, des Camites de l'Egypte et des Aryas. Oiei Homère, tous les dieux sont issus d'Océanos, c'est-ô-dire des eaux
r'mordiales de la vision génésiaque. Hésiode &it du Chaos et de Terre (informe et vide), les ancêtres de la nature et des dieux. Zeus lui-même est né de la Terre et du Ciel par Cronos. L'esprit et la Divinité sont donc sortis de la matière par la voie de )a génération ou de l'évolution. Cependant, longtemps avant Zeu» étaient nés du Chaos la Nuit, et de la Nuit «l'odieux Destin, qui dutribw aux hommes mille maux pour un bien, et qui a pour frères et sœurs la noire Parque ou la Mort, toutes les Souffrances, toutes les Querelles et tous les Vices. » Or, Zeus ne peut avoir aucune autorité sur cette légion de mauvais génies qui sont ses aînés et qui exercent sans aucun contrôle leur action sur la terre.
Les conséquences logiques d'une dogmatique pareille sont dé* plorables. En religion l'homme ne peut, dans ses aoufl^wicet physiques ou morales, appeler à son aide une divinité qui est sans force contre le Destin. En morale le péché naît nécessairement de l'éternelle matière, cause aveugle et grossière de toutes les Imperfections possibles. L'Hellène ne sentira donc pas l'obligation et
n'aura pes le courage de lutter avec énergie contre nn Adversaire d'une Toroe indéfinie, lies convoitisefl ne seront que des infirmités &l8les et irrémédiables; la conscience en condamnera les seules exorbitances, la repentance eera étouffée en son germe et l'esprit renoncera k s'approcher, même de loin, de l'idéal de la sainteté. Tel est bien en effet l'aspect que nous présente la nation grecque |Hise dans son ensemble et exception faîte de ses plus grands philosophes.
Uais les Hellènes possédaient de meilleures traditions que celles du Chaos et d'Océanos. Zeus, qui est le Deus des Latins, était dans son intime essence Dieu, le seul Dieu, et non point le premier des dieux. Bon surnom de Gronion signifie proprement V£femel, Orphée parle d'un Dieu, commencement, milieu et an de toutes choses, et le tait, dirait-on, antérieur à la matière. Dans Homère les divinités qui entourent Zeus, tremblent b sa voix comme les archanges à celle de Jébovah. D'après Hésiode lui-même Zeus avale Vlntelligence; il conçoit Atbéné dans son cerveau, que le dieu de la lumière* Vulcain, entr'ouvre d'un coup de hache, et la déesse s'en élance tout armée. C'est-à-dire : l'Eternel a formé dans sa sagesse le plan de l'univers, et en un clin d'œit a jailli de son intelligence, avec des torrents de lumière, le monde admirablement ordonné et resplendissant d'une sévère beauté (1). Puis le Destin, sinistre enfant de la Nuit, reparaît sous la forme des trois hutjues parmi les enfants de Zeus et de la Justice, Thémis. 1a Parque file ((Uotho) notre sort (Lachésis] avec la sagesse réfléchie de son père et la bienveillante équiléde sa mère. Elle ne fait encore qu'obéir aux ordres de Dieu quand elle tranche le fil de nos jours avec' une inllexible rigueur (Atropos). D'après Pindare, la Fortune (Tyché) serait même la fille du Zeus sauveur. Ici l'aveugle Destin fait place à la Providence, qui nous délivre de nos maux ou par un secours inespéré ou par la mort. Ces mythes nous permettent de Ure jusqu'au fond du cœur des Grecs. Nous comprenons comment, en dépit de leur athéisme cosmogonique, ils pouvaient invoquer la Divinité avec la ferme assurance qu'elle exaucerait leurs prières. A leurs >eux elle intervenait spontanément par ses jugements dans le cours des chost^s humaines, faisait connaître ses volonléâ par certains accidents de la nature où tes augures cherchaieut les indices de l'avenir, donnait môme de loin en loin k ses pieux serviteurs des preuves miraculeuses de sa bonté, inspirait
m PtatfrrtmUV, 1. 1, p. «H,
des prophètes, qui étaient, il est vrai, peu nombreux et peu con' sidérés, et se révélait «ifin aux hommes par son fils, Apollon, le dieu de Delphes.
C'est ainsi que l'homme était en Grèce, comme partout ailleurs, plein de contradictions ainsi que l'a dit Pascal. Le Destin et la Providence, Dieu et la matière se disputaient le cœur des Hellènes. Homère hésite, comme le font au reste de nos jours encore tous ceux qui disent tour à tour : a Dieu a permis.. . le sort a voulu. * Zeusaau-dessuset au-dessous de lui vneMoira, une jltni qui d'ordinaire s'impose brutalement à lui, tandis que parfois elle semble être la simple expression de ses volontés. A dater de Thaïes l'erreur athée prévaut chez les philosophes de la Grèce sur la vérité monothéiste : Heraclite, Démocrite, Empédocle font des lois immuables de l'univers l'aveugle Destin qu'ils confondent en panthéistes avec Zeus. Cependant, de Pythagore, par Kndare, Hérodote, Eschyle, Sophocle, k Socrate, l'esprit grec fait un effort de plus en plus puissant pour secouer le joug de la Nécessité et se persuader que tout procède d'une libre volonté divine. Platon vient se briser contre l'éteinelle matière : son Dieu ne peut que l'ordonner, la bçonner, lui imposer les lois fatales qui la régissent. Puis la foi languit et faiblit ; pour Thucydide le vrai malb^ des choses humaines, c'est la Fortune. Aristôte croit encore en Die», mais en un Dieu inactif, et le monde est étemel, Zenon, d'après Heraclite, identifie Dieu et le Destin. Ëpicure ne voit plus partout que le hasard, l'accident, dont Ariatote avait dit: • Nulle spéculation ne l'a pour objet, nulle science n'en tient compte (l).i> Polybe est un second Thucydide, et la foi ne renaît chez les philosophesel les historiens de la Grèce qu'avec Plutarque.
Limité par la tradition qui faisait de la matière son aïeule on sa rivale, Zeus l'était encore par le fameux adage des philosoi^ies : ■ Rien ne se fait de rien, a Ces mots-lk n'auraient eu aucun sens pour le peuple de Jébovah.LaGrècn et Rome en firent un de leurs axiomes favoris. Le christianisme l'a démonétisé.
L'impuissante divinité des Hellènes n'était pareillement infinie ni en amour ni en sagesse.
Rien dans leur religion, rien chez leurs philosophes ne correspond jt ce magnifique plan de rédemption dont Jéhovah poursuit l'exécution d'Adam par Abraham et Moïse à Jésus-Christ. Lessenles
tnctt d'nn amour dinn qui délivra et sauve, se trouTent dans les mythes protéTangéliquee des demi-dieux Hercule et Dionysos. Aux temps historiques, les dieux avaient de simples préférences pour certaines cités ou pour certains individus. C'est ainsi qu'A- Uiéoé, dans VOdyttée, vâtle avec une tendresse toute maternelle sur Ulysse. Mais ces amitiés d'Athéné, d'Aphrodite, d'Hermès, d'Ares, de Déméter, signifieraient aujourd'hui simplement que tel hwime a du bonheur dans ses entreprises, en amour, à la bourse, à la guerre, en agriculture. Aussi la Grèce a-t-elle des Théophiles, des bvoris des dieux, mais point de Philothées : cette protection qiéciale d'un dieu avait un certain caractère de caprice qui dispensait d'une vive reconnaissance.
U sagesse divine est pour l'Hellène absente, comme l'amour, du gouvernement des choses humunes. Keu n'y suit aucun plan quelconque, aussi peu de perfectioanement morël et intellectuel que de délivrance et de rédemption. U ne sait d'où l'humanité fient, il ne sait pas davantage où elle va. Elle marche et il la regarde, aussi surpris qu'elle-même de son chemin et de ses étapes, et encore n'aperçoit-il que ce tpii se passe en Grèce.
Ia bonté et la sagesse de Dieu n'étaient en quelque manière loisibles aux philosophes grecs que dans le monde [rfiysique. Pleins de l'esprit qui avait inspiré le mythe de Métis et d'Athéné, Socrate et Platon se plaisaient à montrer dans la nature les preuves de la Divinité. Avant eux Pytbagore avait donné à l'univers le beau nom de Comot.
Zeus n'est vraiment grand que par sa justice.
Les Hellènes appliquaient à la fois au monde physique et au monde moral l'idée de la justice divine. Cette idée avait pour eux une telle importance qu'ils l'ont décomposée en trois idées particoiières dont ils ont feit autant de déesses, épouses ou filles de Zeus. a) Thémis, la Tmé de l'Egypte, est la législatrice de la nature et de l'humanité; ses lois peuvent être incompréhensibles aux bibles mortels, mais elles n'en sont pas moins justes et parfaites. Elle est la mère non-seulement des Parques, mais des Heures. Les Heures sont Eunomie (l'Ordre, ou état des choses confonne à la loi), la Justice et la Paix [Esale aurait pu adopter cette transparente allégorie, p. 113). d] Némésis est la vengeance divine qui poursuit le criminel (1) ; mais elle semble souvent agir moins par une ttinte baine du péché que par une inexplicable jalousie de tout
bonbeur exceuif. Ici encore, comme pour lldée du dsBtin, notn Europe chrétienne explique la Grèce païenne : les Allemands ne se vantent jamais d'un bien qu'ils pouèdent ou qui leur arrive,aana détourner par leur : Unl)erufm{l) répété trois fois le malheurdont les menace la jalousie divine. Enfin, c) Dicé est U justice rémunératrice dans toute eon idéale pureté, mais aussi dans toute sa sévère rigueur. Elle récompense les bons, et «elle entre dans la maison du coupable, accompagnée de la Peine. » On la nomme < la base solide des empires. • Elle a pour fille Hésychie, ou le Jtepos qu'assure la vertu et qu'accompagne une bonne conscience. Mais ces divinités qui demeuraient dans l'Olympe ou parcoutaieot la terre, ne suffisaient point encore au besoin de justicequi remplissait le cœur des Hellènes, a Mâme après la mort, dit Eschyle (2), le méchant n'évitera pas le ch&timent dû à son crime : li, ud antre Zeus, on lésait, juge eouvenùnement les crimes des mortj. » H les livrait aux Furies et les condamnait aux supplices étemels du Ttetare, tandis que les Champs Elysées recevaient Isi omlves des justes. L'Hellène vivait donc, comme l'Hébreu, sous le regard d'un juge céleste et^ comme tous les païens, dans l'ettente d'un juge souterrain.
Ces divinités de la justice attestent que la vie morale «t religieuse des Hellènes repose sur les mâmes instincts que celle des Hébreux, taudis que leur Zeus est si pauvre en sagesse, en amour, eu puissance qu'auprès de Jébovah il peut à peine se dire encore Dieu. Mais leur ignorance du grand œuvre de la rédemption ne prouve pas qu'ils fussent mal préparés & recevoir et bénir le Sauveur. Il nous reste ii dire en peu de mots les besoins de délivrance qui remplissaient la cœur des Japhélites grecs, et les besoins d'expiation que leur apportèrent des Sémites.
g VI. BKBoiNs HELubtiûiiEs SE FUBincATioN, sÉKmQinES d'extuhos.
Les Hellènes étaient tristes et malheureux en dépit de leur apparente sérénité. Esclaves des vicissitudes du sort, des lois et des eycles de la nature, de la maladie, de la mort, comment y aurait-ï) eu pour eux des joies réelles, quand, indifférente leurs souffrances, impuissant h les secourir, leur Zeus n'avait de Dieu que le nom ? Les Hindoux, aussi avides de bonheur qu'eux, se réâgnaient à
(Il Lm Grcu dJHlcDl : • i-tiat Kiattii. •
wuflrir et rêvaient d'un aTenir où ils eenieat admU dans la BociéU de leursdivinitÀ suprâmeB.Les Grecs, moins patiente et plu* ptssionnés, devateat souffrir davantage. Nul peuple n'a gémi comme euxdelabrièvetéde la vie et de l'impuissance de l'homme à échappera la souffrance (1). Nul n'a répété après eux qu'il valait mieux Stre mort que vivre, et que le mieux serait de ne pas naître. Seuls ils ont peuplé le Tartare d'un Tantale, d'un Sisyt^e, d'un hûoo, symboles transparents des peines de la vie. Seuls ils ont chanté les malheurs de ces familles royales qu'un péché ortgmel, xpuK tipx>i ^1 avaient vouées ^ des maux inouis. Seuls ils ont oonou le mythe d'Até, qui parcourt la terre, frappant d'égarement l'esprit des malheureux mortels que punit immédiatement la jtutice àmne.
Uisérablement aaeenris au Destin, tes Hellènes redoutaient en outre la justice des dieux. Il est digne de remarque que, avec les Hébreux (p. 13K), ils laisaient de la superbe celoi de tous les péchés qui attirait le plus promptement les foudres divines sur 1» criminel. Peuple de la mesure, ils condamnaient le plus sév^ment cette présomption insensée qui nous fait oublier notre faiblesse et iH^ver la toute- puissance de Dieu, Toutefois leur dogme de la matière éternelle, source première de tout mal, en abaissant le niveau de la perfection morale (p> 174), atténuait le double lentimeot de la coulpe et de la souillure, en même temps que l'absence de tout code révélé leur permettait d'envisager la loi divine comme une simple coutume humaine ou oomme la voix de leur conscience seule. Ils péchaient ainn contre eux-mêmes plutôt que contre Dieu. Leurs fautes étaient non point une criminelle révolte contre U Divinité, mais une fâcheuse erreur de l'intelligence. Ed taisant le mal, ils manquaient le but auquel ils visaient (iilupTivctv), et trouvaient la souffrance oii ils comptaient trouver le bonheur. Aussi, les crimes exceptés, le péché produisit dans leur cœur moins le remords d'avoir violé une loi sainte que le regret de «'être rendu malheureux par un faux calcul. La divine justice ne pouvait sans doute laisser violer impunément les lois da l'univers. Mais pour l'apaiser, il suffisait de l'aveu de la faute et de simples punfications. Partout oii dans le monde grec s'offre à Doiia le sacrifice d'expiation et de substitution, noua trouverons des colonies de Sémites.
U purification : tel est Is caractère ^tindif des cérémonies
religieuses de la Grèce; tel aussi le fondement sur lequel Platon i fondé sa morale. L'homme, de nature, est semblable II Dieu : il est pureté, lumière, humonie, puissance, amour. Les passions violentes qui le troublent, le séduisent et le souillent, lui sont étrangères. Elles procèdent de la matière; le corps n'est que la prison temporaire de i'&me. La vocation de l'&me, c'est de se dégager des chaînes grossières qui la retiennent attachée à la terre, de monter vers Dieu qui est l'objet de son plus intime amour, de s'unir à lui. Epurement et ascension : voilà tout Platon, tout Plotin. Point de Golgotfaa, point de mort à soi-même et de renaissance, mais une saito ÛRcation croissante et une glorification finale par les forces de l'homme, plus ou moins soutenues par la grftce divine.
Il est d'ailleurs fort extraordinaire que les mythes d'Hercule et les mystères d'Eleusis nous tiennent le même langage que ces philosophes.
Hercule, de son bûcher où le feu le purifie de ses souillures, monte vers son Père, qui l'unirai l'étenielle Jeunesse. L'apothéose était donc, au berceau même de la nation grecque, son plus bel idéal. Dans sa vieillesse, elle se plaisait encore, ainsi que Rome, sa sœur, à foire monter ses héros ou ses maîtres au rang des dieux.
A Eleusis on adorût les déesses de la t«rre dans le sein de laquelle se passent de gnmds mystères de mort et de vie. L'alternative des saisons, et le froment qui disparaît sous le sol pour renaître, y devinrent les symboles de l'âme pour qui le tombeau est le passage à une vie meilleure. Les initiés étaient plongés dans de profondes ténèbres, entourés des plus effrayantes visions. Une Furie, venant à eux, un flambeau à la main, les conduisait par un chemin étroit et sombre. Tout à coup s'offrait à leurs regards le ravissant spectacle des demeures des bienheureux. Eclairés par la plus vive lumière, des chœurs exécutaient des sùntes danses sur des prairies émaillées de fleurs, et l'on enseignait aux initiés les vertus qui seules pouvaient les rendre participants d'une telle félicité.
Au salut de l'homme par les œuvres de la loi morale, les Semites hellénisés (1) opposaient la nécessité de l'expiation. C'est à
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ces adorateurs de Baal et de Moloc qae nous attribneronB les sacriâceshumainâ qu'on célébrait sous des formesdiverses à Rhodes, i Orchomène, à Athènes, à Marseille. Ce sont eux qui dans les mystères deSamothrace exigeaient des initiés la confession de leurs péchés. Avec l'expiation les Sémites apportaient l'action immé- ^te et objective de Dieu et de son Esprit sur l'flme humune, ou llnspiration extatique de leurs sibylles et la frénésie plus ou moins factice des adorateurs de leurs dieux. Enfin ces mêmes étrangers ont répandu parmi les Grecs l'idée d'un Dieu qui est mort de la main desfaommes et qui est ressuscité. Ces divers élémenta se trouvaient réunis dans le culte de Dionysos-Zagreus qui était arrivé d'Orient en Grèce avec ses saintes orgies. Il y eut d'abord un choc violent entre les serviteurs de ce dieu nouveau et ceux des divinités grecques. Orphée, le ûls du dieu de la lumière et de la pureté, Apollon, fut déchiré par les femmes thraces qu'excitait Bacchus, et à Thèbes les Bacchantes mirent en pièces PfiDthée qui menait cfeui/surles souffrances de l'humanité. Mais la paix ne tarda pas à se faire, etDionysosdevintà Athènes, au temps de Ksistrate, le grand Dieu des Orphiques eux-mêmes. Sectateurs de ceKeu mort et ressuscité, ils se livraient à des pratiques ascétiques qui répondaient à de tout autres besoins qu'à ceux des nais Hellènes. Il y avait là comme une préparation lointaine à l'Evangile du pardon par le sang et la mort de la grande Victime.
De cette esquisse de la vie morale et religieuse des Hellènes résulte le signalement suivant de ce qu'était pour eux l'histoire : Ignorance du Dieu créateur, de son amour, de sa sagesse, de sa sainteté et de son œuvre progressive de rédemption ; connaissance assez exacte de la nature humaine, de sa grandeur native, de ses souffrances présentes et de ses besoins de purification; sentiment vrai du devoir et de la souillure, avec de dusses vues sur la nature du mal moral, sa source et sa puissance; profond
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mépris ponr )m eteltres, pen d'estime pour les arta mécantquei, et dédain ponr les Barbares, qui restèrent jusqnt Zenon hors des ■pécoUlions des historiosophes; le Destin régissant l'humanité et, eep«idant, la justice divine formant la base du monde moral ; la Divinité en&n pouvant se révéler aux hommes et intervenir direetament dans leurs destinées :
Nous diviserons Itûstoire grecque en sept périodes :
1° La période des mythes et des Péloêges, pendant laquelle le vrai Dieu de la révélation primordiale, le Zeus de Dodone, le Zeus d'Orphée, devient, comme Elohioi, un dieu aux forces multiples sous un nom unique, et bientôt s'entoure d'un certain nombre de dieux distincts, gouvernant le monde physique (1).
%p la période aehéemte des mythes religieux et des légendes his> toriques que chantent des poêles d'instinct, épiques et cycliques. Les dieux de la nature deviennent des ^eux du monde moral, et prennent par Homère et Hésiode le caractère qu'ils coueerveroat jusqu'à la chute du paganisme.
3' La période de Céveil de la raison, ou des premiers philosophes et des poètes philosophes et croyants.
^0 L'avènement de la prose; l'histoire et la philosophie, au fkite de leur grandeur.
h° Sous les Quccesseurs d'Alexandre , la philosophie décline ainsi que l'histoire, tandis que tleurissenlà Alexandrie les sciencet positives.
Q° Par l'influence de Rome républicaine et jusque sous les Césars romains, l'histoire se relève avec Polybc,
7» Pendant la longue durée de l'empire latin, l'esprit humain tente, en présence du clvisUanisme, la synthèse du paganisme et de la philosophie.
PBEMIËRE PËRIODB
LESiITTHES.
Parmi les mythes Innombrables des Hellènes, il en est une foule qni M rapportent aux événements principaux de la primitive humanité. Mais nous n'en comptons que fort peu qui embrassent dans son ensemble l'histoire de l'homme. Ce sont ceux des règnes des dieux et des figes du monde; de Prométhée le rebelle qui se repent et rentre en grftce, et des dieux sauveurs et protévangéUqnes, Hercule et Dionysos.
1° Les règnes des dieux. — Dans Hésiode, Ouranos est détrAné par Cronos, qui l'est à son tour par Zeus. Les deux premiers règnes du Ciel et de Saturne sont des mythes orientaux que des Stoiites, les Pélasges, ont apportés chez les Grecs, et le règne de JufMter marque le triomphe de la religion des indigènes japhétites »nr celle des étrangers.
Ouranos, qui est pour nous le Dieu d'Adam, par une cruauté dont on ne nous dit pas le motif, enferme dans les flancs de la terre les Hécatonchires ou les trois génies des pluies feriilîsantes, etlesCyclopes ou les trois génies des bienfaisants orages. C'est le temps de ce fléau de la sécheresse dont nous avons retrouvé la tradition chez tous les peuples de l'anden monde et du nouveau.
La Terre excite Saturne h détrAuer le Ciel et à délivrer les prisomders. Le règne du nouveau dieu embrasse les beaux siècles de la civilisation des Caïnites, et la période postdiluvlenne des sacrifices humains.
Saturne, secouru par les Titans, ses ftëres, soutient une longue guerre contre ses propres enfants. Ils triomphent, et Zeus monte sur le trône de l'univers. Son avènement est celui des dieux humains (1).
Les Orphiques d'Athènes ont complété d'une manière très-ingéiueuse le mythe national des dynasties des dieux. Comme ils s'efforçaient de revenir au monothéisme primitif, et qu'en même temps ils entrevoyaient confusément dansl'avenir une religion plus spirituelle que celle de leur peuple, ils ajoutèrent trois dieux nou-
|l) JlHoçtali. T. IIM», tlI-TM. Piff^t primitif, I. [Il, p. <»HM. IWi I. U. p. ISHO.
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veaux à ceux d'Hésiode : deax avant le Ciel, Phanës et U Nuit; un après Zeus, Dionysos. Ces six règnes nous dorment la vraie Matoire du monde. Pbanès est le Pbtah de Memphis, la Lumière incrée, l'Etemel avant le temps. La Nuit est celle du chaos. Le Ciel et Saturne comprennent les tamps primitifs, de l'âge d'or à la dispersion des peuples. Zeus, c'est l'humanité nouvelle résumée dans les Hellènes. Il cédera un jour le trAne au dieu de k délivrance et de la joie, qui sera le seigneur de la terre entière.
Dans les mystères d'Eleusis, Dionysos était à lui seul Cronos sous le nom deZagreus, Zeus comme amant de Cybèle, lesauveur futur sous le nom d'Iacchos et comme époux de Coré ou Proserpine. Proserpine serait, d'après Schelliog, le symbole de l'humanité que sa chute a fait descendre aux enfers, et qui eu revient pour s'unir au divin Libérateur par un • saint hymen. > Cet hymen serait en quelque manière une divination de celui de Jésus-Christ et de t'E^iise, et le van du laboureur où laccbos est déposé à sa naissance, serait une anticipation de la crèche de Bethlébem.
3° Les cinq âges du monde. — Dans la Théogonie d'Hésiode, du Chaos et de la Terre aux fils de Zeus, il y a progrès d'évolution : à chaque génération vont croissant la lumière, la justice, la sagesse, le dévouement, la joie. Mais le mythe des cinq Ages de l'humanité, que nous a transmis le même poète, suit la marche directement contraire : il y a déchéance.
L'&ge d'or est celui du paradis et des premiers Séthites. Celui d'argent nous transporte brusquement au milieu des malheureux et impies Caïnites, dont l'enfance durait cent ans et dont la vie dépassait de peu ce terme. Les Néphilim sont les violents et ter> ribles guerriers de l'fige d'airain qui finit avec le déluge. Le mouvement de déchéance est interrompu par l'&ge des héros, dont les deiniers périrent devant Troie. L'Age de fer est celui d'Héûode, où les injustices, les haines, les parjures, tous les crimes iront se multipliant, avec les calamités envoyées par les dieux, jusqu'au jour où Jupiter détruira' cette cmqnième race comme U a détruit les précédentes. Hésiode parait espérer que cette ruine sera suivie de temps meilleurs (t).
La sibylle asiatique de Cume en Eolide divisait les siècles, comme Hésiode, d'après les métaux; mais elle comptait dix Ages qui avaient, chacun, leur dieu. Le dieu du dixième étùt Apollon, et,
|t|IVanni*,f. MMM m 3M.fM*Kprlalttr. t. D, p. M*-M1.
1m liteles une fns révolus, les astres revenaient k leurs premières ]daces et toutes ctioses à leur origine (t ) .
3° Pnmèthie. — Le mythe de Prométhée, qu'ont raconté Héâode (2), mis en scène Eschyle {3), expliqué Protagoras et Dio gène (i), contient sous une forme bizarre l'histoire du péché selon les traditions et les nuves spéculations des Grecs primitifs.
Père de Deucalion, Proméihée a vécu avant le déluge. Il per- Mnimfle l'impiété des Cainites etleur civilisation toute industrielle. Qioie étrange, les métiers qui dans le mythe sont le plus beau don qaePrométbée put foire aux mortels, étaient en fort petite estime dans ies cités républicaines de la Grèce et déjà aupris des héros d'Homère.
Fils de Japet, Prométhée appartient au contraire à U race postdiluvienne des Japhétîtes. Mais Japhet était devenu pour les Grecs le pire de tous les hommes, et ses quatre fils sont en quelque MHle l'analyse que ce peuple avùt fùte de la nature humaine. Ils nous prouvent que les Hellènes ont eu de très-bonne heure la con- Kience de l'indéfinie grandeur de l'fime, de son indomptable énergie et de l'inépuisable richesse de son intelligence ; puis de l'orgueil criminel que pourrait inspirer une telle grandeur; enfin, desmaiheuis qui seraient le cb&timent de l'orgueil, comme aussi de l'ignorance, de l'aveuglement, de la stupidité, dont l'homme fait preuve en maintes circonstances, malgré tout son génie. Ace sentiment complexe correspondaient Prométhée, l'esprit inventif qui ne tient aucun compte de la volonté de Dieu et s'insu^^e contre loi; Epiméthée, le sage après coup, qui ne se doute pas des fotales conséquences de ses décisions; Henœtius, l'homme violent qui dans son insolente présomption déclare la guerre aux dieux et qui périt foudroyé; Atlas, qui parait être le navigateur sondant les ■eerets des mers les (dus éloignées sans le moindre respect pour h Uvinité.
Avant Prométhée, Dieu dans sa bonté avait fait aux hommes don du feu, du feu du sacrifice. Il ne leur aurait pas accordé un à. grand bioifait s'ils n'eussent pas été pieux et vertueux.
Prométhée est l'auteur du péché. Il n'est point un dieu du mal, ocmme Abriman faisant violence à Kajomorts, ni un ange déchu, comme Satan séduisant Eve. C'est l'homme lui-même qui en Prométhée est l'artisan de son malheur. Son péché, c'est l'imfMété de
n iBTte, aA. Ra. rr.i. «. - n 7Mw.. t. M^Mt. Ttaoma, *.
— 48» — Cala «t non )b détobtiomce d'Adam ; c'est un sacri&oe hypoorito, pannmooieuz, dérisoire (1).
Zeua, iiutemeat irrité, retire le feu aax hommea.
IVométhée d:érobe h Zens un rayon du feu, ou en d'autres ter> mes, trouve le moyen de produire lefeu en ft«ttant deux bois l'ai sur l'autre. Maître de ce lecret, il Invente toua le* art* mannela et devient unsi le.blenfaiteur des hommea.
Zeus en eat « blesaé jusqu'au fond de l'Ame, * paroe que, dan aa suprême sagesse et dans son amour pour les mortels, il avait résolu de leur apprendre à vivre selon les lois de la jusUce et soua la salutaire discipline de l'Etat, avant de leur enseigner tons ces artfi et ces métiers qui engendrent immédiatement le luxe et li corruption.
IjB conséquence première et la punition de cette invention prA* maturée des arta, ce fut Pandore. Elle personnifie les séduisantes et artificieuses » filles des hommes, n qui tirent servir fa leurs pusions et les instruments de musique découverts par Jubd, et les aplendides parures qai sortaient des ateliers de Tubal-Caln (3).
Prométhée lui-môme fut enebabié sur le Caucase, où un vautour loi rongeait le foie qui ren^saait toujours. Le cceur a&t » gniflé le remords. Le foie marque les soucis et les tourmenta qid assiègent sans ral&che l'humanité au milieu de tout le bien-âtre matériel que lui assure l'industrie.
Mais le supplice de Prométhée ne durera pas toujours. Zeus le délivre par son fils Hercule, qui perce de sea flèches le vautour et brise les fers du fils de Japet.
4» Btreule et Baechui. — Le Dieu suprême des anciens mytbaa n'est pas le Zeus sens cœur d'Homère. 11 n'assiste pas impassible aux tourmentadesmortels, il aoompaasion d'eux et les soulage. C'est par des héros, nés miraculeusement d'une femme, qu'il leur vient en aide selon le protévangile. Hercule et Dionysos sont deademï' dieux sauveurs. L'un est le vainqueur du serpent, l'autre le consolateur des hommes, et tous les deux atteatuit combien étut vivante dims le cœur des Grèce les plus anoiena, l'attente de celui qui devait leur rendre les beaux temps du paradis. Toutefbia, tandis que les Chinois appellent aujourd'hui encore de leurs vceux leur grand Saint d'Oocident, )ea Guèbres leur SoaioFch, las Indiens la dernière incarnation de Violmou, lea Grecs, à l'exception des Or>
phiqaes, croient arec les Egyptiens qae lears saaveurs étaient déjà venus. Leur déllTranes avait eo lien amat les temps historiijoes, et l'avenir ne recelait pas un demi-ttieu qui achèverait l'œuvre de ses devanciers.
Hercule, si l'on perce les grossières enveloppes de ses mythM{l ) eit le léparateur des maux causés par la sécheressa antédiluvEenne, et plus tard fat le grand cataoliwne; le destructeur des races impi^ du premier monde; surtout le vainqueur du serpent selon le protévan^e. Le mal que symbolise l'hydre de Leme, est si vivace que les têtes du monstre, jt peine coupées, repoussent aussi redoutables, et le combat se prolonge de ùàde en siècle jusqu'k la Gn du monde. Hercule, désespérant de terrasser à lui seul son ennemi, appelle à son aide son compagnon lolaùs, qui figure Chu* maailâ pieuse. Le monstre périt enfin daos rîaoôodie de la forât vôHoe ou du monde. Mais de ces neuf (êtes, le feu n'en détnùt que huit; Hercule roule un rocher sur la dernière, qui s'agite encote sous la masse qui l'écrase. Le mal <1odc ne sert point anéanti avec le [véseot monde, il lui survivra, quoique réduit à la com* plète impuissance de nuire et privé de toute sa force (9). Ce myttie ne serait pas entièrement déplacé parmi les viùons des prophètes héiueux.
Tandt» qu'Hercule,! le grand lutteur, parcourt le monde ponr j rétablir l'ordre par la destruction du mal, Dionysos ou Baccbua ooasole les mortels de toutes leurs souffrances. L'un apporte la délivrance et l'autre \%i joiea de la délivrance. Le fils de Sémélé met Gn à la profonde triittm {Penthié) de l'humanité nouvelle, eo lui âuBant oouuattre la vigne (3). Il fut un temps en Grèce où les hommes crurent que la Divinité elle-même leur donnait le vin pour leur faire oublier leurs douleurs. Ils prirent l'ivrease du jus delà vigne pour une sainte etcélesta extase; ils saluèrent comme le vnU Meeâe le dieu imaginaire qui leur turlvait de Pbrygie. Ce n'est qu'en nous rendant compte de ces naïves illusions que nous poumma comprendre que les Orphiques aient vu dans Dionysos im dieu aussi supérieur à Zeus que oelui-cl t'était& Cronos etCronoBàOuranoa.
«) Ptufie rHmair. t n, Ut. n, dL m M p. »i, nt, u», »>. W' - n ^t'Ooitm, a çO^Camt. Fl or. »; Eecl. 1, II.