LIVRE CINQUIÈME
LE MONDE CLASSIQUE (mite)
LES ROMÀIXS
C0N9IDËHATI0N8 GÈffÊRALEB
En qultUnt la Grèce et en poursuivant notre ronta vers l'Occi- <lent, nous arrivons en Italie. Nous y trouvons un seul mythe qui «cite notre IntérAt, celui des Etrusques sur le» ftges da monde; <teux seuls écrivains i U fois philosophes et historiens, Cicéron et Tadte. Ces Romains personnifient chacun un des carsctères distioctifs de la littérature latine, qui est un rejeton de celle d'Athènes et qui s'est développée dans un âge de déclin. Cicéron ne &it que réEumer la philosophie de la Grèce sans y ajouter une seule idèenouveUe. Tacite est pour nous le peintre des mœurs romainM an moment où l'antiqiùté païenne descendait vers son tombeau et où sortait de son berceau l'Eglise du Christ. Nous ne nous arrêterons donc que peu de temps dans la cité du Tibre, figurée damt la vision biblique de la statue par le fer, et dans celle des bâtes par le monstre aux dents «t aux griffes de Ce môme métal.
Le japhétite Javan avait laissé deux Slles i la Grèce et l'Italie, Athènes et Borne. De ces deux sœurs, l'une chercbant des regards dans les cieux l'idéale beauté, avait chanté sur la lyre les hommes et les dieux, médité sur le souverain bien et mis par écrit l'histnre de tous les peuples; l'autre, plut pratiqua et terrestre, est devftnM U reine du monda et n'a Uatunilft k li postérité que l« MMiveiûr de sas propres gloires.
L'étroite parenté des Latins avec la race hell&iiqne ae manifeste dans toute leur existence. Ils parlaient ane langue qui, par on développement plus lent, s'écarta moins que le grec de la souche primitive. Leurs grands dieux étaient sous d'autres noms et avec d'autres traits les mêmes que ceux d'Hésiode et d'Homère. I4 société, au Latium, avait revêtu la même forme qu'en Grèce et parcouru les mêmes phases; il la vie patriarcale qui se perpétuait par les grandes familles et leurs cultes privés, avait succédé la royauté, qu'on avait rapidement traversée pour se constituer définiment en république, et, dans les deux pays, les républiques avaient été plus ou moins troublées par les luttes intestines des pauvres et des ncbes. Rien d'ailleurs ne nous prouve mieux l'étroite parenté des Latins et des Grecs que la faûlilé avec laquelle Polybe a saisi le caractère, les institutions, la politique de Home, et Cicéron s'est approprié la science historique et la philosophie des Hellènes.
Mais la plus étroite parenté n'exclut point les plus grandes oppositions de caractères, ainsi que nous le prouveraient au besoin les turbulents Aryas de l'Iran et les Aryas rêveurs du Gange. Sans l'éducation que les Grecs lui avaient donnée, Rome n'aurait compté parmi ses grands hommes que des politiques et des généraux, des orateurs et des jurisconsultes. Deux mots résument ses pensées et son histoire : la liberté au dedans, l'empire au dehors. Le but de ses luttes civiles où elle a déployé une àngulière énergie de volonté et une persévérance extraordinaire, c'est l'égalité des droits entre les plébéiens et les patriciens. Les peuples étrangers étaient, à ses yeux, non des barbares qu'on ignore ou qu'oo exploite par le commerce, mais des ennemis à dompter, et ses cmtqaétes furent si rapides qu'elle osa aspirer à l'empire univenel.
Tu Tcgere imp«rio popDloa, RomuiB, memanto;
En tibi «nut arte»; ptciaque imponare moMm.
Vuetn witgecti* et debelUre luperbac.
Toi. RomaiD, louTÎtnB-toi ietigir l'oniTenl
Aisqjettii la monde ti t«i lois patemellee;
Pali MU peuples lotunii, guerre mnx peuple* rebetlM,
{Trad. de Barthélemj, Enéide, VI, t. 8S1 iqq.)
Le caract^ pratique des Domains se retroore : dans lenn dieux tous directement utiles & l'homme; dans leur culte qui, par chacun de ses actes, vise à une bénédiction particulière, et
dont les rites étaient flxés avec une minutie toute orientale ; dans lear foi et leur piété dénuées de toute poésie et de tout élan; dans leur respect pour la foi jurée, à laquelle présidait le dieu Fidiusj dans leur politique si habile, dans leurs institutions si bien pondérées, mais surtout dans leurs lois qui ont lait d'eux les t^islateurs et les jurisconsultes de l'humanité.
L'Etat reposait, d'ailleurs, i Rome comme partout ailleurs, sur la religion et la justice. Les mœurs des Romains ont été pendant âoq à six siècles d'une sévérité et d'une pureté quinous étonnent : les mères de famille, les matrones, étaient des modèles de vertus domestiques; le divorce était inconnu ; toute violence faite par un grand i. une femme amenait une révolution, et les dictateurs d'un mois reprenaient modestement les cornes de la charrue. Là sans contredit est le secret de l'éner^e morale des Romains, de leurs succès, de leur grandeur. Mais l'individu était à Rome plus qu'à Athènes absorbé par l'Etat et par la famille. En parcourant les annales de la cité du Tibre, il nous semble que tous les Appius, tous les Fabius, tous les Scipions sont un seul et même Scipion, nn même Fabius, un même Appius. On pourrait même raconter les querelles des Romains en effaçant les noms propres qu'on remplacerait par ceux de patriciens et de plébéiens. Aussi voyonsnous dans cette cité fort peu d'hommes pi'éoccupés de leur perfectionnement moral, et nous n'y rencontrerons aucun sage plein d'un sûnt amour pour les &mes de ses frères, aucun martyr de ses convictions personnelles. Rome n'a eu ni son Socratc, ni son Pythagore, et quand les croyances nationales eurent été renversées par la philosophie, chacun se donna en quelque sorte le mot pour ne pas afficher ses doutes. Ne cherchons donc pas à Rome des rues ori^nales sur la destination de l'homme, sur ses relations avec Dieu, sur son existence future, et bien moins encore sur le but où -tend le genre humain et sur les lois de son développement. Le tableau du progrès des arts et des sciences que nous trace Lucrèce, est sans doute la copie de quelque original grec. Les quatre Âges que Cîcéron distingue dans l'histoire de Rome, ne sont que l'application d'une idée familière aux Hellènes. Enfin, Ctéaias avait avant Justin opposé à l'indépendance des nations primitives les grandes monarchies universelles prédites par Dani(>l.