‹ Les deux citésChapitre 92 sur 92 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

LES PEUPLES lEOSERNES. — DEUX SliCLBS DB DliCASENCE ET DE TEAWSITIOM (J30O-*450 ET 1500).

§ i. — La. tociété civile, VEtat et l'histoire.

Durant le quatorzième et te quinrième ùècle, l'Occident se transforme. Le moyen ftge décline, avorte, se meurt; l'Age nouveau se fait jour, lutte, succombe, triomphe.

Là chevalerie, fille des croisbdeB, se aurrit à elle-mémeà !■ coar des princes. Elle y trouve un bîstoriea sympathique ea Froisaul, de Valencienues (1337?-1401f), aimable chroniqueur, «vide de renseignemeiits, curieux des causes secrètes.

La féodalité bat en retraite devant la royauté, qui devient abaolue. Lefl princes du sang tombent les premiera, les wîgneun suivront, puis les nobles.

La monarchie, qui partout dépouille l'arittocntie de ses dfmts et de ses privilèges, est habile, nuée, au besoin sanguioaire. L'égoïsme tue en elle et la conscience et la piété. AvantUacbiavel, elle avait l'esprit de Machiavel. Le tlamsnd Philippe de GommiDes(l4W- 1509), grand admirateur de Louis XI ef son confident.a éttMUéavm une froide curiosité cette politique nùswnte aux pris» aveo la neiUe féodalité. Il y a comme un abîme entre Frolssart et Commines.

La liberté démocratique, qui est après la foi le piécieux trésor du présent et le grand espoir de l'avenir, avait fait la puissance, la prospérité et la gloire des républiques lombardes ; des dtéa fla< mandes, qui tenaient t£te aux armées françaises; des villes ha»* séatiques, qui, par leur ligue fondée en 1241, pendant l'anarohis de l'empire, régnaient au quatorzième siècle sur tout le nord de l'Europe; des bergers des Alpes suisses, qui, vainqueurs des archiducs d'Autriche, fondaient la confédération helvétique. Dans Us Etats monarchiques, cette même liberté faisait de chaque cité, ds chaque village un foyer de vie politique, assurait aux provinces una certaine autonomie et ouvrait au tiers état les parlementa ou les dictes de l'Occident (1). Le ielfgovemment de la race germanique s'épanouissait ainsi en plein, produisant ici des institutions monarchiques inconnues k l'antiquité, là des ligues de républiques çtospëres. Mais les luttes intestines des nobles etdes boui^eois, l'ambition des démagogues, la jalousie des princes voisins, réduisirent le nombredes cités libres; d'autres virent leur prospérité décroître par la découverte des deux Indes (1W6 à liSÎ), qui attira le commerce, des mers du Nord et de la Méditerranée vers l'océan Atlantique, et,rAngleterreetla Suède exceptées, la royauté absolue, qui avait dépouillé l'aristocratie de sa puissance, comprima le déwloppement des libertés municipales et parlementaires, en xakx» temps qu'elle profitait de la faibleâse croissante de la papauté ponr s'assujettir les clergés nationaux. L'absolutisme des Césars et ds Justinien avait passé, par les jurisconsultes des universités, aux d»

|i) En iwpowrAïKlMemiOOO.PorlDtil; iXtt. Fwmt^MI. Seule; mUMiail

potes du quinzième siècle, et leur monarchie était plus païenne que les républiques de la Grèce et de Rome. Ici^dea citoyens tous souverains se sacrifiaient volontairement tout entiers à leur patrie, à leur Etat, qui était leur but suprême; là, l'Etat, c'était un roî qui contraignait ses sujets à lui sacrifier leurs biens, leur vie, leur foi même sans leur accorder aucun droit,

L'Angleterre n'a aucun historien à opposer à Comminrs et Froissart. Les républiques de la Randre et de l'Allemagne ne produisent que de simples chroniqueurs, lie sont rares dans les villes hanséatiques du nord de l'Allemagne, où la culture intellectuelle ne pénétrait que lentement depuis le sud et l'ouest; plus nombreux dans les villes du sud, où demeuraient les IHmtenœnger. C'est à Strasbourg qu'est né le premier historien allemand quelque peu connu qui ait écrit en sa langue maternelle, Jacob Twinger (mort <4S0). Lee Suisses ont leur Tyrtée, Veit Weber (1476), de Fribourg, et plusieurs chroniqueurs, qu'animait un vif amour de la patrie. L'art et la science de l'histoire ne font de vrais progrès qu'en Italie. La liberté républicaine a donné naissance à toute une école d'écrivains d'un grand mérite, dont Jean Villani (mort 1348) est le plus célèbre. Ce sont des citoyens de villes commerçantes, des marchands qui ont fait de lointains voyages, des magistrats qui ont été ambassadeurs, et non des trouvères comme Froissart. Non-seulement ils expliquent avec la [H^cision d'un homme d'Etat les faits et leurs causes, mais déjà, par leurs renseignements sur le commerce, les impdts, la richesse des Etats, ils travaillent san? le savoir à la création d'une science nouvelle, la statistique, qui (ut ébauchée à Venise par Sansovino, en 1567, et par Botero, en 169S, constituée en Allemagne par Conring, en 16il, et par AchenwaI), en 1749. Ce qui fait d'ailleurs la plus grande gloire des Villani, c'est leur patriotisme. Asservie par des tyrans démocratiques, corrompue par la cour française de Naples, plongée par les !>candales du clei^é dans l'inditFérence ou l'incrédulité, l'Italie, empruntant la voix de ces nombreux historiens, proteste contre les désordres présents, aspire après des temps meilleurs. Simples dans leur style, impartiaux dans leurs jugements, on sent à leur émotion contenue que, pour le bien de leur patrie, ils voudraient se foire écouter de tous leurs contemporains.

§ 2. — /<! papauté et ut adversaires.

Vers l'an 1 300, la papauté, grosùèremait insultée par la royauté de France en la personne de Boniface, remplit tout l'Ocâdent du bruit de ses scandales pendant les deux fois soixante et dix ans de sa captivité d'Avignon (1309-1377) et de son sdiisme (1378-1448). Elle avait renversé dans la poudre le saint-empire romain : elle y tombe à son tour, non par quelques justes représailles des hommes, mais par sa propre faute. Chose étrange 1 la papauté, qon aurait dû remplir ses partisans d'une admiration enUiousiaste par sa merveilleuse grandeur, par sa chute d'une profonde tristesse ou d'une sunte indignation, n'a pas inspiré & un seul homme de talent le désir de raconter son histoire. Innocent III n'a pas eu scm Polybe; un Eginhard même a fait défaut k Grégoire Yïl.

Si la papauté n'a trouvé de grands historiens à aucune période de sa longue existence, une fois au moins, en 1458, s'est assis sur la chaire de saint lierre, sous le nom de Pie U, un écrivûn distingué, Eneas Silvio de Piccolomîni, de Sienne. Poète et g&agnfibe, I très-versé dans le droit cancmique et dans la littérature latine, j pauvre et ambitieux, toujours prêt à renier ses principes du mo- j ment, il écrivit en plusieurs ouvrages l'histoire contemporaine de ! l'Italie et de l'Allemagne, avec éloquence, avec francbiae, avec I une grande connaissance des hommes et des choses. Son tovilé de Vorigme et de la puiitance de l'empire romain développe (apri» Dante) la pensée que la monarchie universelle est nécessaire à la paix des nations ; que des Assyriens aux Romains, les emmures ont embrassé un nombre toujours plus grand de contrées, et que h Providence a fait les Romains le peuple-roi de l'humanité.

L'Eglise, par sa corruption croissante et S(m ofHnî&treté à m dire infuUible, devait provoquer des protestations de plus en plu sérieuses. Si les nations latines, que terrorise l1nquisition,se taisent, en Angleterre, Bredwardin (mort 1349), que Oiaucer place kcâté de saint Augustin et de Boéce, et qui mourut archevêque de Cantorhérv, voyant a le monde presque entier entrer dans U voie de l'erreur, sur les pas de Pelage, » professe la doctrine de la grke et de la prédestination, qui avait été celle de l'évéque d'Hipp(wf et qui sera celle de Luther. L'intimité de sa foi se reflète daat la noblesse et l'abondance de son style, et elle s'allie chei lui, comme chez Ri^r Bacon, avec le goftt pour l'étude de la nature.

Il avait des connwssances très-profondes en astronomie et en nuthématîqQes. Sous son influence avait grandi Wiclef (mort 138i), •t l'étoile du matin de la Réforme, > et le traducteur de la Bible en anglais. 11 remua par sa polémique toute l'Angleterre. Condamné pour les vérité et pour les erreurs qu'il professùt, mais non excommunié, il laissa de nombreux adhérents, les lollards, qui malgré les persécutions les plus violentes subsistèrent jusqu'à la Réformation. Puis le foyer de la Réforme se transporta, dans les premières années du quinzième siècle, d'Angleterre en Bohême, où Jean Huss (mort 1415) reprit en mains l'œuvre de Wiclef.

Ces protestations, ces révoltes firent sortir l'Eglise de son apathique sécurité. Elle se recueillît et se reconnut ■ malade de la tête et des membres, d Ses doctrines étaient irréprochables, car elle n'avait jamtùs failli ; mais ses mœurs étaient mauvaises. Les conciles devaient reprendre en mains la souveraineté que les papes leur contestaient, et faire pour le culte quelques concessions aux hérétiques, surtout réprimer certains abus qiû s'étaient introduits dans l'administration de l'Eglise. Ce besoin d'une demictmversion se produisit surtout en France. Il s'exprima avec une grande force par la voix puissante de trois nominalistes : Pierre d'Ailly (mort 1420), surnommé f Aigle de la France et le Marteau desh^étiques; son discipleJeanGer8on{mort itiff), le Docteur trètchrétten et l'auteur d'une Théologie mystique très-remarquable, et Nicolas de Clémei^es (mort 143S), qui avait écrit sur tétat de eorraption de tEgHte, sur la simonie, sur les amuttet. Les deux conçues de GcHistance el de Bftle entreprirent la guérison de l'Elise. Ds échouèrent, et le premier, proclamant qu'il est permis de manquer de parole aux hérétiques, viola la foi jurée pour brûler vif Jean Huss. Les papes reprirent leur autorité absolue. La tiare tomba de chute en chute sur la télé d'un Borgia. Alexandre VI condamna au bûcher Savonarola. Ce prophète florentin avait tenté de faire de la ville des Médicis une cité puritaine qui aurait été la sanglante satire de la cour de Rome.

§ 3. — L'école et les mystiques.

Avec la papauté décline et tombe l'école. Troublée dans stHi dogmatisme par Duns Scot, tournant dans le même cercle d'idées abstraites et de croyances stéréotypées, vivant en dehors de l'bistwre et delà nature, ennuyée, elle ne savait plus que se répéter et

b,GoogIc

se eonuoenter elle-même. Oceam (4SS0-1 343?) loi domw le tsaof de mort. C'était de nouveau un Anglais (1 ] . I) achevait l'aMiTre Ac l'Rcosuis. Tout en respectant comme lui les dogmes de l'EgliK. ce vrui précurseur de Kant prouvait que par la raison on ne pevt pas même acquârir la complète certitude que Dieu est. En oiÂnw temps, il ressuscitait le nomintlisme de nrâcelin, qui n'est, à tout prendre, que la théorie péripatéticienne des entéléchies. Il diecréditait ainsi les abstractions de ses prédéoe«&eurs et disposait les esprill i l'observation directe de la nâalité. EnAn, dans les grandes luttes des papes contre Philippe le Bel et contre Louis VII de Uavière, il défendit, après le Dante, avec le néerlandais Marsilius d'inghen, la cause de l'Etat, son institution divine, son autonomie contre les prétentions antibibliquss de Rome. Franciscain, Occsm Tut renié par son ordre; l'université d'Oxford le bannit; le pape l'excommunia. Mais le siècle comprit que malgré sa vieille méthode, il était animé d'un esprit nouveau {%). Le nombre de ses disciples ue fut nulle part aussi grand que chez le peufde allemand, qui avait vu le pieux et humble Louis de Bavière, succomber sous les foudres du Vatican comme le fier et violent Frédéric II.

Le scepticisme d'Occam devait aboutir à l'hypocrisie et k rincrédulil£. La conviction se propagea dans la chrétienté que la raison était inconciliable avec la foi, la philosophie avec la religion. Mais l'Inquisition était là : à confesser ses doutes on risquait sa liberté, sa fortune, sa vie. On s'habitua ainsi ^ professer des lèvres ce qu'on reniait dans le cœur. Les Incrédules se nommaient légion, et nous ne pourrions en nommer un seul qui ait jeté son masque,

11 semblait, comme au temps de Salvien, que les portes de l'enfer allaient prévaloir contre l'Eglise. Elle fut sauvée bien moins par les hussiles de la Bohême et les lollards anglais que par les mystiquiis de race allemande. La vie spirituelle, principe de tout vrai progrès, fut aux quatorzième et quinzième siècles plus puissante que jamais. Elle illumina ta vallée du Rhin allemand, de BAlc à la mer du Nord. Un contemporain de Duns Scot, Eckart (mort 1329), de Strasboui^ [?), avait tenté, au moment où la

Hâte lu |i«M«iin !« plu iBiitaiiMt M II) plMs «np-

- BiiiniDni InlM KvlMIlm pnliuidimimaai cl bodlMM iiiBinium. • «1 d'Ocum il [lit mil ai ■ oulml lU • Db (IfM p*Hany Pliai JilmlU, | tl.

science et la foi rompaient leur longue alliance, oe qu^rigène avait entrepris à l'&ga de leur instinctive union. Ce génie indépen' dan!, qui d'ailleurs s'appuyait sur l'Aréopagite, saint Thomas et saint Augustin, exposa sous une forme scientifique, non la théologie de son Eglise, mais la véritc chrétienne, quelque peu altérée, toutefois, par le panthéiame. Pour lui comme pourÉrigène,un Dieu ■ans attributs e^ la sourco d'oli s'écoule le monde, et le but où le monde revient. Ëckart voulait, au reste, réformer ta dialectique, non la détruire, et rendre, par cette réforme, accessible à tous la science sacrée la plus profonde. Sa prédication ébranlait en effet les foules, qu'il amenait à une foi féconde en bonnes œuvres. Ses écrits ont préparé par sa morale la réforme de Luther, et par sa métaphysique, les spéculations des théosophes modernes de l'Allemagne. Ses disciples immédiats furent Tauler (mort 1361), de Str^i>oui%, que Luther avait en trè»^aute estime, et Suao d'Ulm (mort 1335), qu'on a nommé le minneùnger de l'unour divin. Ils faisaient partie de i'Aatoeiation det atnù de Dieu, à la tête de laquelle était un laïque d'une héroïque vertu, Nicolas de Bêle. Elle comptait en outre dans ses rangs Jean Rusbrœck (mort 1381), des environs de Bruxelles, et son ami Gerhard Groot (iDort 1384), qui, de concert avec une lociété de la vie commune, formait les jeunes gens à la lecture de la Bible, des Pères et même des moralistes païens. A cette école se rattaohent, au quinziëmr siècle, Thomas (mort li71), qui, dans le couvent de Kempen (1), composait ou copiait l'Imitation de Jémt-Chritt, et Wessel, de Gronîngue (mort 1489), qui à Cologne, à Paris, à Heidelberg, opposait le pur Evangile aux subtilités de la scolastique. Son amî, Jean de Wesel (mort 1481), professeur à Erfurt, prédicateur à Worms, mourut en prison dans un couvent. Tous ces mystiques, en sauvant l'Eglise par leur foi, sauvaient par leurs spéculaticHis ta science finale de l'unité et l'historiosophie.

L'œuvre da oonàlialion tentée par Ëckart fut reprise plus d'un siècle après lui (vers 1437), et sous une tout autre forme par un EspagBol, Raymond de Sabonde. Professeur de médecine, de philosophie et de théologie, 11 est tout à la fuis naturalisUi, ttiomiste et mystique. La nature prend avec lui pour la première fois sa place dam un ouvrage de métaphysique et d'apologétique {%)■ > I^u a donné à l'homme deux livres, la oatura et la Bible. Par l'étude dea

11) UliH«gcdeCDli>(aF,

ai n»f«pla aatantiit.tim LUer erKMnriim. ex im Htma »» tM tt tnatumwn nifui

Ares ùiférieurs qui sont {les minéraux^ , qui sont et vivent Ija plantes), qui sont, vivent et sentent [les aninuux), l'homme, q« les résume et qui pense, s'élève à la connaissance de scH-mÀne. Puis, k l'aide de la Bible, il monte de soi jusqu'à Dieu. H se démontre à soi-même et aux athées, par des ai^maits irréfiragables, la nécessité lo^que de IMeu, de la Trinité, de la créatimi, de la rédemption. La vraie connùssance nous incite d'aîilenrs à vouloir et &ire avec joie ce que nous savons être bien. La pratique du bien aboutit à un amour de Dieu qui nous unit substantiellemenl à lai. *

%i. — La poésie.

La poésie décline comme U scolastique, mais sans tomber ansti bas. Bannie des cours et des ch&teaux où des nobles l'avaient cultivée pendant deux siècles, elle se réfute dans les villes où les artisans la recueillent. D'élégante et gracieuse elle devient lourde et grossière ; les brillantes fictions font place à de ^ides allégories, l'épopée aux romans en prose. Hais en vertu de la loi de son développement, l'esprit humain, qui a épuisé la poésie épique et lyrique, s'apprête dans tout l'Occident i créer le drame chrétien.

Le drame antique était sorti, en son temps, àAtbènes, des CHes religieuses de IKonysos. Le berceau du drame moderne a été l'Eglise elle-même, le temple chrétien. On y représentait depuis une dal« reculée, le dixième, le onzième »ècle, pendant le culte les scènes de la nativité du Seigneur et de sa pas8i<Hi, certaines de ses paraboles, des miracles de ta vie des saints (p. 4W). Ces représentations dramatiques se détachèrent ensuite du culte tout en restant dans l'enceinte des églises. Vers la fin du treirième siècle, en France, elles désertèrent les temples, et les clercs les ^«ndonnèrent aux artisans des villes, à des confréries mtmdaines. La foule se pressait de dimanche en dimanche à des drames qui em' brassaient la vie de Jésus-Christ, même l'histoù^ de l'humanité depuis Adam au jugement dernier. Déjà la Justice accusait et ia Clémence défendait l'humanité devant Dieu, qui les conciliait ai se sacrifiant dans ce qu^il a de plus cher. A F^ris, comme jadis k Athènes, les plus hauts problèmes de Tfaistoriosophie allaient donc se produire sur le Uié&tre sous la forme la plus poétique. L'Eschyle chrétien ne pouvait tarder à paraître, le Shakespeare français et «oyant était déjà là sans doute Mais non, la coltnre

littéraire tait défaut à ces manants, la foi aux clercs lettrés du p^r' 1^ oa de la batocbe qui veulent les turpasser, l'esprit poétlquî^ ( aux prAtres, aux moines, arx docteurs, mâme aux mystiquei, al le drame moderne vtottè au temps &tal de sa naissauoe. Puis survient la Hi^naissaitcé,' et myitirii, miracletf moraii^t, tout se meurt, s'éclipse, tombe dans l'oubli.

La Renaissance fut, un aiècle à l'avança, préparée en Ililie'par Pétrarque. >'.

' ■■ § 8. — Pétrarque.

Dante avait eu après sa mort des admirateurs enthousiastes et pas un imitateur. Les poètes, qui semblaient frappés de stérilité, ne savaient que copier la frivolité et l'afféterie des troubadours. Pétrarque (1304-1374) révéla tout à coup à la patrie du Dante l'existence d'une littérature qui avait péri dans le grand cataclysme des Barbares, que Grégoire W avait fîvppée de l'interdit, et dont les couvents et les écoles gardaient les trésors sans les faire valoir. Il se passionna du monde latin, de ses écrivains de tout genre, de son histoire, de ses antiquités. Il recueillait des manuscrits, étudiait les monuments, collectionnait les médailles. Sa pasùon se communiqua à ses compatriotes. Comment les troubadours et les trouvères n'auraient-ils pas été éclipsés par Virgile, Horace, Ovide 1 Comment Cicéron et Sénèque n'auraient-ils pas mis en fbite Thomas d'Aquin, Duns Scot, Occam, ainsi que l'aurore dissipe les lourdes et informes vapeurs de la nuit? Pétrarque précipila d'ailleurs la chute de la scolaslique en lui opposant la connaissance directe de soi-même et la pratique du bien.

Entraîné par son admiration pour les classiques de Rome, le chantre de Laure fut infidèle à sa langue maternelle. Il ftt 4m Sdplons les béros d'une épopée latine sans merveilleux, i'Afriqtu. Les poètes se jetèrent dans la voie qu'il leur ouvrait. Aiaû se perpétua pour le malheur de la littérature nationale l'usage de cette langue morte qu'elle semblait avoir répudiée par le Dante pour toujours.

Tout en respectant le catholicisme, Pétrarque avait !i rexemjrie du Dante déclaré Rome «une école d'erreur, un temple d'hérésie, une Babel qui a pour ses dieux non Jupiter et Pallas, mais Vénus et Bacchns (1). » Aussi applaudissût-il à Rienzi, de qui la prompte

et triste fin trompa l'attente générale, et espéraît-il !e Ktwt d'un Age d'or, qui ne pouvait tarder beaucoup. Ses espérucs s'appuyaient sur la renaissance des lettres latines, sur la présente des papes en Italie, sur l'intervention de la nation allemiDde. Mais il mourut complètement découragé, témoin de l'anarciiie tt des indicibles malheurs de son pays.^

Le Christophe Colomb de l'antiquité romaine n'avait poÎDt été étranger à la vraie piét^i. On dirait même que vers la fin de sa vie le maître et l'ami d'mi Boccace avait appris, au milieu d'une société païenne, à connaître, à aimer l'Evangile. Renonçant aui études classiques, il s'était voué à la théologie mystique. Son poème allégorique des Six Triomphes, peint, comme VEcclétiaOe, 1» vanité de toutes choses, si ce n'est de l'amour de Dieu.

Avant de quitter le moyen Age, récapitulons les vérités et les opinions qu'il lègue à l'historiosophie.

La méthode du Christ, qui était d'ailleurs pratiquée par lesm)|ïtiques et tous les vrais croyants, a été retrouvée par Anselme et H. Bacon sous la forme de l'expérience personnelle.

Thomas d'Aquin a résumé, avec les erreurs de Rome, la doctrine chrétienne, et expliqué la chute, la lot, la prophétie et l'alliance de grâce.

La conciliation du christianisme et de la philosophie a été tentée par Erlgène, Eckart et Raymond de Sabonde.

Raymond de Sabonde, après R. Bacon et Richard de Saint- Victor, a fait entier la nature dans la sphère de la philosophie.

L'idée du progrès individuel et humanitaire ne se retrouve que chez les mystiques.

Leur doctrine de la triple natm'e de l'homme était aussi celle d'Ebn-Tophaî!.

Seul, Joachim de Flora nous donne une division philosophique de l'histoire.

(^ peut reconstruire avec les idées éparses du Dante une histoire biblique de l'ancien monde et pi^testante de l'Eglise.

L'historiosophie du drame chrétien avorte.

Les Espagnols et les croisés, les romances du Cid et le ronw de Charlemagne opposent la cité du Christ k celle de Mahoindj — Otton de Freysingen, l'antique cité païenne à la nouvelle aH de l'Eglise; — Wolfram d'Eschenbach, la vie du chevalier clnt-

tien à la vie du chevalier mondain; — les sectaires et de nombreux franciscains l'Eglise invisible du Cbrist à la Babylone des papes.

Les quatre monarcliies de Daniel se retrouvent chez le moine de Saint-Gall, Otton de Freyùngen, Ottokar de Homeck, Dante, Enéas Silvio.

Harianuï Scotus et Ekkehard divisent les premiers l'histoire par ^'ëre chrétienne.

L'ftge de Charlemagne distingue dans la cité de Dieu deux puissances égales et amies : l'Etat et l'Eglise. — Grégoire Vn subordonne, d'après la théorie augustinienne, l'Etat à l'Eglise. — Thomas d'Aquin et son école tentent de concilier l'Etat de la théorie d^ papes et celui d'Aristote. — Dante, Occam, Marsiglî, soutien- ■ent Taulonomie de l'Etat.

Arnaud de Brescia a agité le premier la question de la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

A dater de Grégoire de Tours, l'historien fait marcher de front V'Stat et l'Eglise.

Les vices des temps sont censurés par Jean de Salisbury, saint Bemacd, Guillaume de Saint-Amour, les poètes allemancb, Dante, d'AiUy, Gerson, Nicolas de Cléroenges.

1' istoire devient politique aTec Commines.

Elle recueille par Villani et les historiens italiens les premiers matériaux de la statistique.

El''! se met avec Pétrarque à l'étude du monde latin.

FIN DU TOLUME PftEHIEB.

•BO. — PirU. Iip. d* Ck. tUjT—SM, nw Cqju, 1). - ttT4.

b,Got)gIc

Page 1