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règne de la lettre aura cessé; les fonctions de l'Eglise seront confiées à une race nouvelle, celle des moines, qui produira de bout fruits; alors surgiront des prédicateurs de l'Evangile, puissants per leur foi et par leur saine doctrine; alors s'ouvrira une en nouvelle où des sociétés pieuses renonceront aux biens de la terre et mèneront une vie toute contemplative. Les hommes de l'Esimt seront pleinement semblables k Zacharie, à Jean-Baptiste, à l'homme Jésus, aux douze apdtres et aux sept Eglises de l'Apoca* lypse. L'Evangile du règne de Dieu sera prêché sur toute la terre, et il brisera avec la puissance du tonnerre les cœurs de pierre des Juifs. Leur conversion et l'apparition d'Eue marqueront la consommation de l'Age de l'Esprit, i
Joachim fut pour le Dante un vrai prophète, pour Bonaventnre un hérétique et pour Baronius un prophète de mensonge. Sod historiosopbie aboutissait à faire de la Rome des papes la cité da l'Antichrist.
§ 7. — Les franciacains {treizième tiècle).
Joachim avait à peine quitté cette terre depuis six ans quand le {HOUX et extatique François d'Assise (1182-1236), nouveaa Valdo, prêcha par son exemple la pauvreté et l'amour des ftmes et fut l'instrument d'un immense réveil religieux. Aussi l'un de ses disciples, Gerhard, a-t-il pu dire de lui qu'il était l'homme de Dieu prédit par Joachim, et qu'il ouvrait le trobième ftge du monde. Hais ce grand prédicateur du renoncement -et de la vie spirituelle, s'étant mis au service d'une Eglise qui regorgeait de richesses (1) et favorisait de grossières superstitions, ne putinaia' tenir parmi sesdisàples l'unité de l'esprit. Plusieurs furent d'ido- Ifttres champions de l'immaculée conception de la Viei^e, taD& que les meilleurs d'entre eux conservèrent dans leur cœur, entretinrent dans l'Occident l'espérance d'une ère nouvelle de foi et de sainteté. Gerhard développa les pensées de Joachim dans son /ntroductorim in evangelium xlemum (1251), où il annonçtûtque l'économie du Nouveau Testament allait cesser et le règne de lierre flaire place à celui de Jean. Blessée au cœur, Rome mit en
(Ij Connd, tbbt iHtwgttf, qie rrfdérlr U tnit en bnla c>Un« poar no frailllM, ■■■■ iBdtqDvcn ilnii noti d(M n CAnmJfw la •nlHMdODrdr» trudiolu : • Ce fol pimrétm- • HT t I'EcUh da Trali paano, plu d JiunlUét it plu tonoili que («m it Ljea. qae it H ■ iiipnmi dut 11 imita llBMlntloD dai Frtra Nlimin n— — '
prison Gerhard et l'y retint dix-huit ans. Soa ami, qu'on Bonpcon-' naît être son comidice, Jean de Panne, échappa à grande peine SD même sort, et cependant il avut été le général de l'ordre des huGJBcains de 1347 à 1256. Hugues de Caro (mort 1261), dans son Proceitui m evangeiium xtemum, disait qu'en l'an 1200 l'Esprit-Saint s'était retirà de l'Eglise, que François d'Asùse était l'ange prédit par saint Jean (1), et que Tévan^e définitif était confié à l'ordre mi-lalque, mi-ecclésiastique des cordeliers. Après lui, Pierre d'Olive (mort 1297), accusant à son tour Rome d'être la Babylone, la prostituée de l'Apocalypse, attendait de Jëaus^hrist lui-même la fondation de l'Eglise nouvelle au temps de son avènement. Les fratricelles, débris du tiers-ordre supprimé, propageaient ces mêmes idées d'une radicale réforme. Dolcino, leur principal chef, qui datait de 1300 le règne de fEsprit, Alt brûlé vif en 1307, avec sa femme, par ordre du pape Clément V. L'auteur du Stal>at mater, Jacopone, de Todl [voùTl 1306), luica contre le dergé et Boniface vm une satire envers, le Combat de rAntichrigt, qu'il expia par la prison. U AU le précurseur du Dante et par son génie poétique et par son amour pour une Eglise dégénérée qui, par ses vices, excitait son indignatioD.
§ 8. — Les hérétiques de Rome au treizième siècle.
Tandis que l'esprit de la prophétie ou du témoignage (2) s'éveillait à demi au sein même de l'Eglise chez des moines mystiques, qu'elle réduisaitau silence, d'autres mendiants, les Pauvres de Lyon, les Vaudois, qu'elle avait excommuniés, les Béguins ou hommes de la prière, qui ont été les ^nétistes du moyen Âge, les Pénitentsaccusaientlesunsaprès les autres Rome défaire l'œuvre de l'AnUchrist. Ainsi se perpétuait d'&ge en &ge la lutte de la cité terrestre des papes et de la cité spirituelle du Christ; ainsi s'opposaient l'une h l'uitre l'histonosophie d'une E^ise plus qu'à demi pidenne et celle des vrus disciples de la Bible (p. AHi etiî6).
Mais Rome devut pour un temps triompher de tous ses ennemis.
Innocent SI, le plus puissant, le plus illustre des papes, étouffa
(Il tfot. m, •. - m ipn. m, m.
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(en 1S09) dans le sang de deux millions d^ommes, avec les &• reurs manichéennes des Albigeois et la joyeuse littérature do troubadours, tout ce que la Pruice du Sud recelait de aeine foi et de piété évangélique. Pour consonuner la niine de lliérém, l'ami de François d'Assise, l'espagnol Dominique (1170-1S90 fonda un nouvel ordre de moines mendiants, qui, par une amère ironie de Satan, devint l'ennemi acharné de toutes les Ames pauvres, humbles, avides de salut. Onlui donna le monopole de celle Inquisition qui dépassa en cruauté et en ruse toutes les im^in»tions des Antiochus et des Néron. Partout où elle voyait poindre la moindre semence de vraie foi (et rien n'échappait à sa vue de lynx), elle l'écrasait de son talon ensanglanté. Aussi parvintrelleà foire taire pour un temps les plaintes inopportuiies des hérétiques.
Dans ce même temps, enivrée par ses succès et poussée à l'eitréme par la logique de ses faux principes, l'Eglise romaine institua la fëte-Dieu qui popularisa le dogme antibiblîque de la transdubstaotiation, et la fête de l'immaculée conception, qui établissait Marie de Nazareth dans sa dignité de reine des deux et de déesse (dirétienne.
§ 9, — La Kolaslique au treizième iiècU.
Tout concourait au triomphe de l'Eglise. Taudis que par ses fêtes païennes, elle affermissait sa domination sur les foules ignorantes, les plus grands génies du temps consacraient leur vie à exposer,! défendre tous ses dogmes. 1a scolastique arrivait à son plus haut degré de gloire par Albert le Grand, Souabe d'origine, et par soo élève, l'italien Thomas d'Aquin. Ces docteurs et leurs contemporains nous ont lusse de nombreux in-folios : nous y chercherioat en vain un traité sur la philosophie de l'histoire. C'est qu^ils avaient pour unique méthode la dialectique, qui a aussi peu d'oreilles pour l'histoire que d'yeux pour la nature. La dialectique leur suffisait, parce que les doctrines qui faisaient l'umque objd de leurs méditations, n'étaient plus les pures et saines doclrinet de l'Evangile. Certes l'Evangile nous place en présence de mystères si merveilleux et si profonds que l'esprit humnin pouiiit fort bien, pendant un temps plus ou moins long, s'absorber, se perdre dans leur étude. Mais ces mystèi-es sont une série progressive d'actes divins qui sauvent les individus, qui conBommeot
lliuinaDité. Or, depuis le concile de Nicée, on avait transfonné cette histoire en un système philosophique de dogmes abstraits. Le sens historique avait été ainsi comme paralysé dans toute la chrétienté d'Occident et d'Orient.
Si du moins son système avait été la reproduction fidèle des vérités révélées, l'Eglise aurait pu à toute heure revenir des dogmes aux faits bibliques. Mais elle avait admis au nombre de ses divines croyances des traditions humaines, et accordé aux Pères mi crédit égal à l'autorité des saintes Ecritures. Les Ecritures étùent lussées dans un tel oubli que lorsque Robert, évéque de Uncoln, surnommé Grosse-Téte (1), voulut ramener son siècle à la source de la vérité, le siècle ne l'écouta point. Les plus grands docteurs eux-mêmes admettaient de con&ance, sans la moindre mtiqae, tous les enseignements d'une Eglise déchue qui se croyait infaillible.
Elle était intimement convaincue qu'à dat«r de Constantin Jésus-Christ était entré dans son règne. Sans doute, la prophétie, <[ue du reste elle ne lisait plus que d'un œil distrait, n'était point accomplie à la lettre ; mais la faute en était i l'impénitence des pécheurs. Si la paix ne régnait point entre les peuples chrétiens, au moins le clergé mettait-il un frein aux fureurs de la guerre par la trêve de Dieu. Si les souffrances surabondaient dans le royaume du Sauveur, les prêtres étaient là pour montrer du doigt aux malheureux le ciel et ses infinies félicités. D'ailleurs, les couvents étaient ouverts & tous les chrétiens, aux serfs comme aux seigneurs, et tous pouvaient y avoir déjà sur cette terre un avantgoAt des joies de la bienheureuse éternité. Les destinées futures des nations préoccupaient donc aussi peu l'Eglise que l^btoire des siècles passés (p. 400).
Mais le Christ qu'on disait régner ici-bas, était un monstre altéré de sang humain, et le millénium des papes celui de Satan (2) déguisé en ange de lumière. Or quelle est l'effroyable conséquence de cette effroyable erreur? Le désespoir s'est emparé des pauvres et des malheureux. Dieu lui-même avait mis au cœurdes hommes un besoin insatiable de bonheur, et si par leur chute ils étùent devenus ta proie de la douleur, il les avait consolés par les magnifiques promesses d'une ère terrestre de paix et de joie.
Cétaità l'EgUse à diriger constamment leB regards des peuples sa ce riant avenir, à h&ter leur marche vers ce but si ardemment dé- ^ré, à compter les étapes qui en séparaient encore les temps présenls. Mais comme elle se croyait arrivée au terme du voyage, elle n'a point rempli sa mission. Or, l'ascétisme antiprophétique et antiévangélique du moyen &ge a engendré l'iofern^ socialisme de notre dix-neuvième siècle. Les classes pauvres^ tourmentées d'un très-légitime besoin de bonheur et ignorant par la faute de l'Eglise les promesses divines, réclament leur place au banquet de la vie; mais, comme le faux dieu de Rome ne leur offre que les joies du del, elles se détournent de lui en le maudissant pour étancher leur ardente soif aux eaux empoisonnées de la débauche, pour assouvir leur haine dans le sang des heureux de ce monde. Cette inintelligence de la prophétie millénaire, qu'au reste la Réforme a héritée de la papauté, est dans le champ de l'historiosophie une faute énorme : elle hâtera la ruine de la chrétienté actuelle.
Cependant, vers l'an 1200, s'était opérée dans l'école une vraie révolution. L'Occident reçut à cette date de la Grèce chrétienne les écrits d'Aristote, des musulmans et des Juifs d'Espagne les commentateurs de ce philosophe. Cette invasion subite était pour l'école une bonne fortune; car, à tout bien considérer, elle était par sa faute assez pauvre d'idées. Non-seulement elle avait négligé l'étude de l'histoire s^nte; mais elle ne savait pas s'approprier les vérité:] révélées par le travail intime de la foi personnelle, et « tirer d ainsi, selon l'ordre du Christ ()), du fond du a cœur des choses nouvelles e à ajouter aux a anciennes, d Or voici que s'offraient tout à coup à elle d'immenses trésors de métaphysique, de morale, de politique et même de physique et d'histoire naturelle. Elle en fut comme éblouie; Aristote la pénétra d'un aveugle respect, et elle accorda à ce philosophe paien une autorité qui aurait semblé bien étrange à saint Augustin et à saint Paul.
Au premier moment les esprits droits et clairvoyants avaient été épouvantés. Vers 1309 un synode de Paris avait ordonné de détruire par le feu la Métaphysique d'Aristote. Mds Albert le Grand (mort 1280) et saint Thomas (122SM271) Brent triompher U cause de leur maître, et le péripatéUsme régna sans conteste dans l'école pendant plusieurs siècles.
Thomas de l'aveu de tous n'est point un génie original. II est le Jean Damascène de l'Occident. C'est lui qui a opéré la fusion de la théologie catholique et de la philosophie d'Aristote, ou versé l'or et le plomb de la première dans le creuset de la seconde (1). C'est lui qui dans sa Somme a résumé, coordonné, exposé, défendu le catholicisme avec le plus de talent, de clarté, de vigueur. Comme il n'a fait aucune distinction entre les erreurs de Rome et les vérités de la révélation, il passe aujourd'hui auprès de son Eglise reconnaissante pour avoir approché de plus près qu'aucun autre de l'infaillibilité (2).
La Somme de saint Thomas est un vrai chef-d'œuvre de dialectique, de sagacité, d'ordre systématique. Mab elle est aussi un pnM%e de dogmatisme théologique, et, malgré sa réputation, elle contient de graves erreurs. Thomas est disciple du faux Aréopagile : son Dieu, c'est l'être absolu, dont il accentue si fortement l'unité qu'on ne sait plus comment il peut y faire une place à la Trinité. nCet être absolu est esprit; mais l'esprit se définit par rintelligence sans la volonté ni l'amour. La volonté est une ^mple résultante de l'être qui la détermine pour ainsi dire aveuglément par son essence, s A la création libre Thomas substitue, sans se l'avouer à lui-même, une émanation nécessaire et éternelle. Le monde qui sort ainsi de Dieu, est le meilleur des mondes possible, le mal étant impliqué dans l'idée même du Soi : optimisme qui deviendra celui de Leibnitz et qui logiquement aboutit au déterminisme de Wolf.
D'ailleurs thomas, comme Abélard, ne voit dans le christia- Disme que le couronnement de la conscience primordiale (3). A la théologie naturelle qui fournit les preuves philosophiques de l'existence de Dieu, s'ajoute la théologie chrétienne de la Trinité. Les quatre vertus cardinales de Platon ou les vertus dviles, purgatoires et exemplaires des Alexandrins se complètent par les trois vertus théologales et mystiques de la révélation. La morale est d'ailleurs la discipline que Thomas a cultivée avec le plus de succès. Il serait difficile de dire qui de lui ou de Hugues de Saint- Victor a rendu les plus grands services à cette science, qui n'avait fait que bien peu de progrès depuis Arislote son fondateur.
Saint Thomas ne traite point dans sa Somme de l'histoire de la rédemption. Sou eschatologie, oîi le millénium ne figure pas, est d'une singulière pauvreté auprès de celles de Ijictance et d'Au-
gustin. Nulle mention non plus desquatre monarcbiea paSeniM de Daniel. Mais dans sa morale il explique avec beaucoup de son, après le paradis et la chute, la loi de Moïse(l) et la prophétie [1|. Il rend fort bien compta de la bonté relative de cette loi qui anit été appropriée à la capacité intellectuelle des Hébreux, et qm contenait la loi nouvelle comme la semence l'arbre. La prophétie a progressé ; c'est par elle que s'est accrue la connaissance arant la loi, sous la loi et après la lot. Puis il ajoute que dans le coun de chacune de ces trois périodes, les premières rëvélatioas sont supérieures à celles des temps subséquents : celles d'Abraham, de Moise, des apûtres, à celles d'Isaac et de Jacob, de* juges et des rois, de l'Eglise (3).
De tous les écrits de saint Thomas, le seul qui rentre tout entier dans le cercle de nos recherches est sa Politique (4). On a dit qu'elle était a )a meilleure introduction à l'étude des lois. ■
Thomas y tente la conciliation impossible d'Aristote et d'Augustin. D'une part, avec le premier il donne à l'Etat pour base b sociabilité, pour but le bien vivre; il en examine les différentes formes et les conditions matérielles d'existence. F^ son silence (5) il semble approuver l'esclavage, que son disciple jEgidius de Rome a érigé en théorie. D'autre part, l'Etat est la conséquence du péché; il a reçu de l'Eglise l'épée de la justice et sa mis^oD est de maintenir l'obéissance et la paix dans l'Eglise. La providence divine a confié l'empire du monde aux Romains à cause de leurs relatives vertus et après eux, par le mfime motif, aux Germains. Par l'empereur et par le pape Dieu gouverne la terre entière, qui doit un jour former une seule Eglise et une monarchie unique.
Cependant Thomas d'Aquin transportait de l'alliance défectueuw dTsraél dans celle de la grâce le principe de la persécution des hérétiques qui sont des foussaires, et la condamnation du prêt i intérêt. Il s'en faut de peu qu'il ne déclare le commerce mconàliahle avec la vertu.
Aces emprunts faits à Moïse s'en joutait un autre faîtaux institutions germaniques. La constitution que Thomas prél%re, c'est li royauté élective avec le contre-poids de la noblesse et de toute li nation.
Thomas et ses discifdes ou ses successeurs, MgiAiaa, Henri de Gaiid, BuridaQ, ne se bornent point b propager les doctrines de Grégoire Vil sur le pouvoir temporel des papes; ils ont fnyé la voie aux apologies du régicide (après Jean de Salisbury), au principe de la souveraineté populaire et à la théorie du contrat social de Rousseau. Ils dépouillaient malgré saint Paul l'autorité des princes de toute sanction divine et faisaient d'eux les simples mandataires du peuple. Le peuple par une espèce de contrat détermine les limites de la puissance qu'il accorde à son roi. Cette convention n'a d'ailleurs sa pleine valeur qu'après que l'Eglise l'a marquée de son sceau. Si les ordres d'un prince sont injustes, poarauivaKBt ces docteurs, le devoir des sujets est, d'abord, de leur adresser des reoiontrances; puis, s'il n'y a point d'amendement, ils le déposeront (Henri), le puniront (Buridan), se soulèveront contre le vnû séditieux qui les a déliés de leurs serments en résiliant le premier le pacte (Thomas).
Thomas, après sa mort, devint pour les dominicains le Docirar angéiigue de leur ordre. Le Leihnitz du moyen âge ne tarda pas à avoir son Kant. Un Tranciscain, Irlandais ou Ecossais de ûaissance, Duns Scot, le Docteur subtil (1), tout en restant fidèle, comme Abélard, à la méthode de l'école et docile aux enseignements de l'Eglise, soumit à une sévère critique les preuves et les arguments du dogmatisme régnant. Il restreignit de beaucoup te nombre des vérités que Thomas prétendait démcmtrer par la seule raison. 8a théologie ou sa philosophie se distingue d'ailleurs par son esprit pratique, par une certaine modestie en face des grands mystères de la révéUtion et par la prépondérance qu'il attribuée la volonté sur l'intelligence, à la liberté sur le déterminisme.
§ 10. — Let signa d'une ère nouvelle.
Cependant, d'autres docteurs, è l'exemple de Jean de Salisbury, sentaient vivement l'insuffisance et les défauts de la scolastîque, qu'ils attaquaient plus ou moins ouvertement. A Paris même, l'évéque Guillaume, natif d'Auvergne (mort 12i9), voulait une foi morale et pratique, dédaignait le syllogisme, censurait Aris-
Ul Mort ÉColotM «a ■*«,*■' da ireiil«.<[<ut(«. ai de «unntc-cliui « dculumlMniliaïu.
tôle et traitait avec soin la théologie naturelle. Dans cette m&K cité, et vers le milieu du siècle, l'ancieD recteur de lllniveràli, Guillaume de Saint-Amour, publiait contre les moines mendiaiA le livre des Périlt de» derniers temps, qui fut les Provintiales de cette époque. Plus tard, Benri de Gand (1230-129S), esprit indépendant, profond et vigoureux, élevait saint Augustin et PlatM bien au-dessus d'Aristote.
Hors de l'école, dans tes couvents, la mystique poursuivùt, »len(ûeuse et paisible, le cours de ses méditations. Elle est représentée, au milieu du treizième siècle, par Jean Pidanza, plu connu sous le nom de Bonaventure (mort lS7i), général de l'oi» dre des franciscains. Son crédit était presque égal à celui d'Albert le Grand. Le pieux Gerson le plaçait au-dessus de tous les scolastîques; Luther le nommait le plus saint des moines. Nous retroovons chez lui la distinction des trois éléments de la nature humaine. Il admettait quatre modes d'illumination, par tesqueli l'homme apprend successivement les arts mécaniques, les se' naturelles, les sciences morales et la science divine. L'a était pareillement pour lui une échelle à trois degrés qui c à Dieu. A chacun de ses degrés, l'homme dirige ses regards vers Meu, de bas en haut, au travers du miroir du monde, et de haut en bas dans le miroir où se réfléchit la Divimté. Nous devons ajovter que Bonaventure lui-même a subi la fftcheuse influoice du faux Denys.
Mais le plus grand génie et le chrétien le plus évangélique de ce siècle fut le dominicain Roger Bacon (1), disciple et amï de Robert Grosse-Tète. Comme Richard de Saint- Victor et Jean de Salisbury,etsurles traces de son maître, il fiit ramené par l'étude des saintes Ecritures dans la voie du droit sens et de la vérité. Quelque paradoxale que notre assertion puisse sembler à notre ^ëcle, nous n'hésiterons pas à le répéter (p. i31) : c'est à la puissance de la foi évangélique que l'Europe doit non - seulemait d'avoir par Luther brisé le joug de Rome, mais d'être revenue i l'étude de la nature, de l'&me,des classiques et de l'histoire. C'est R. Bacon qui a mis la hache à l'arbre vigoureux et malfaisant . de la scolastique, en démontrant la fausseté de la méthode dialectique, et c'est lui qui le premier a établi l'absolue nécessité dek
méthode d'expérience, qu'Anselme avut pluMt indiqaée qae démontrée. PÛ une vue prophétique dont aujourd^iui encore on n'a point reconnu la vérité et l'importance, Bacon prouva l'identité de cette méthode dans l'étude des choses sensihles et dans celle des choses spirituelles. Il déclarait même l'observation intime très-supérieure à l'autre : c elle s'exOTçaît k la lumière d'une inspiration (Ûvine, et cette illumination étendait son pouvoir jusque sur les connaissances physiques. •
Bacon, au nom des Ecritures, attaqua, outre la dialectique des docteurs de son temps, leur engouement pour les Pères de l'Eglise. Il voulait que, par luie judicieuse et impitoyable critique, mi fit le départ de la vérité et «le l'erreur chez eux comme chez Aristote. Ce travail était d'ailleurs impossible sans a la grammaire, • c'està-dire la philologie, qui était pour lui « la mère des sciences, a II connaissait non-seulement la littérature latine et grecque, mais l'arabe. Les anciens philosophes avaient attiré tout particulièrement son attention : avec Clément et Origène, il reconnaissait en eux a des précurseurs de l'Evangile que Dieu avait illuminés pour préparer les ftmes à la foi. > Toutefois, s'exagérant leurs lumières et leur responsabilité, il les excluait du ciel, s parce que, ayant connu Dieu, ils ne l'ont pas gloritié comme Dieu. »
Les études favorites de Bacon furent, en plein moyen Age et par une anticipation de trois siècles, les mathématiques et l'optique, n reçut d'aotmi, ou trouva par lui-même, ou prévit toutes les plus brillantes découvertes de la science moderne : la poudre k canon, 1etéle8cope,la pompe pneumatique, l'aérostat, la cloche du plongeur, les ponts suspendus, les Inleaux et les chemins à vapeur (1).
Ces découvertes, ces préviûons, lui donnèrent une confiance extrême en la puissance de l'esprit humain,et l'espoir d'immenses progrès. Il se sentait en possession d'une méthode qui produirait dans toutes les directions des résultats inespérés, o I^ vérité, disait-il, s'accroît toujours avec la grâce de Ûeu. L'homme va toujours se perfectionnant. ■ Homme tyiuque, il portut dans son cœur la Réforme, la science moderne de la nature et la philologie : filles de la même foi, elles vivaient en lui dans une sainte harmonie, et le temps viendra où les trois sœurs, qui se sont brouillées, se réconcilieront sous l'aile de leur mère.
On ne trouve dans les écrits de R. Bacon qu'un écrit historique
(tl t^ia RqHu.^'aprtiUBml.Stiidtt.t.VIll, p.u*>n.
e'ett ini «inple traité de cltroiuilo^e. Bbis on n« possède qtfai partie de se» ouvrages. Ses vives «ensures des mceundissotiutii cierge avaient soulevé contre lui les haines des donûnioains. Loi|temps après sa mort, ils n'ont pas permis l'impression de ses ntnusoritt. De son vivant ils l'avaient fait condamner à la prison. Ce noble témoin de la vérité religieuse et scientifique a passé dw m cachot la plus grande pctrtie de sa longue vie.
R.Baoon présageait une pacifique évolution de l'esprit hunuiii, qui allait s'élever de U foi autoritaire à la vie évangélique, et de li métbode dialectique à celle d'observation. Mais cette crise ne de> ysit pas s'opérer sans de violentes tempêtes qui se déchalneraieni de l'Allemiigne contre Rome.
L'Allemapie a été le foyer des protestations de U chrétienté contre la tyrannie politique et sfàrituelle de la papauté. L'Empire, aprèa avoir, au onaème àècle, retiré de la lange la tiare des papes, aTsit seul, depuis Grégoire Vil, défendu sans rel&che la cause de^ rois et des peuples contre une Eglise qui prétendait régner sur eux sans confie. Innocent in et ses successeurs réussirent i renverser les Hohenstaufen. Plongée dans l'anarchie, la patrie des Ottons céda le scepb^ de l'Occident aux n rois très-chrétiens » de France. Elle ne devait plus être qu'un corps aux cent têtes, bsos unité, ni force, ni gloire. Mais la papauté paya cher son triomphe. Elle BouJeva contre elle-même une oppoeition qui devait, après trois siècles de murmures, lui porter une blessure mortelle. Toutes les Ames pieuses et nobles de l'Allemagne étaient remplies d'indignation contre cette Rome corrompue qui, par son ambition, par SB politique déloyale, avait jeté leur chère patrie dans un abîme de maux. Le plus grand des mionesiogers, Walther von der Vogelweida, et après lui les Meitter exprimèrent ces sentiments de r^vobation dans des chants que répétait l'Allemagne entière. Cet postes dç l'bistoriosopbie anticatholique ont été les devanùers de Luther dont ils égalent et parfois même surpassent la rude ta»chise,
CdpepiJviW ^ ^^^ même époque, le spectacle des scandales da i elergé, des crimes des croisés, des vertus des SaUdins, pousstit j en secret ks esprits veiv la négation de toute révélation. C'est ce I que nous démontce le fameux livre Ikt trait iayfotUurt, Moïse, | Jésus-Cbrisit et Mahomet^ qui a, dit-on, pour auteur la plus illiis- i tre victime de la papauté, le grand empereur Frédéric II. Les Tenfiien Airent pareillement accusés de renier le Christ. Cet ordre |
de chevalière serait ainsi une des source» lOHitaines de ce dHtme que la frenc-iuaçonnerie a propage dans toute la chrétieat^.
Voilà comment, au temps môme de sa fleur, l'ËgliEe romaine portait dans son sein des germes de mort et d'iocrédulité, des germes de vie et de foi cbrétieane, qui devaient, les uns et les autres, amener sa décadence et sa injine par un lent travail intérimr. Mais le plus redoutable ennemi de cette Eglise fut la papauté ellemême, dont une aveugle présomption amena promptement la chute. Le treizième siècle, qui avait commencé par la glmre d'Innocent III et les prophétiques menaces de Joachim.se târroina par les humiliations de Boniface VIII et les tristesses du Dante.
§ U. — Dante Alighieri.
Dante (120S-l39i] fut pour les Italiens le régulateur de leur langue comme Lutherde l'allemand, et le créateur de leur poésie comme ses contemporains Cimabué et Giolto ont été les pères de la peinture moderne; pour l'Eglise un des témoins du Christ contre Rome et, avec son contemporain Wolfram d'Eschenbacb, le premier poète laïque qui ait puisé dans la foi chrétienne ses meilleures inspirations; pour nous un des rares historiosophee du moyen ftge et le père de la saine politique. Il doit à Dieu son génie et sa gloire, ses erreurs à son siècle, ses ventés àl'Evangile,
La foi de son enfance ne l'avait point protégé contre les aéductions des voluptés. 11 avait dû descendre en esprit au < séjour des âmes damnées» pour que la crainte rendit de nouveau stm cœur accessible aux attraits de la gr&ce divine (1). Sa conversion avait été si profonde que « sans miracles (extérieurs) elle était un miracle (intérieur) tel que les autres n'eu sont pas la centième, » et avait produit en lui « une conviction si subtile qu'auprès d'elle toute démonstration lui paraissait obtuse (3).» La méthode du Dante est donc bien celle de l'Evangile et des mystiques (p. 328 et 43ti). 11 estdigne de remarque que l'expérience était pour lui comme pour Roger Bacon la source de la science dans lea dioses de U terre (3).
Mais les Âmes les plus pieuses et les plus grands génies ne peuvent se soustraire à l'action de l'esprit de leur temps. Comme saint Bernard et Joachim de Flora, il admet toutes les croyances
lij PitrsMiAn, \W ut \1.\[. Enftr, i, - ni Paradii, I\IV, v. M mq. — (q l'or., U, t. El.
de l'Eglise romaine. De nature disciple de Platon par les aspînlions de son àme, il se montre plein de respect pour la philosophie toute dialectique de Thomas d'Aquin et d'Aristote. 11 y a dans l'ensemble de ses pensées ùnon des disparates, su moins des (assonances, et s'il embrasse son siècle tout entier, il ne le domine qu'à demi.
Toutefois, dans son livra de la Monarekie Dante s'est élevé jusqu'à la pure et complète vérité. On ne pourrait aujourd'hui mieux exposer les principes fondamentaux de la politique, qu'il ne l'a fut dans un temps où Boniface trûtait de manichéenne la doctrine de l'égale dignité de l'Etat et de If^lise.
ir L'unité [dans la diversité, l'unité organique) est la racine du bien; la diversité (sans l'unité) est la racine du mal.
a Le but de la vie pour l'homme comme pour l'humanité est la mise en œuvre, le développement harmonique de toutes ses facultés.
« Les facultés sont naturelles (psychiques) et surnaturelles (spirituelles] .
a Elles réclament pour se développer la pus, et la paix suppose l'ordre.
« Pour établir l'ordre, Dieu a institué l'Etat et l'Eglise. a La sphère de l'Etat est celle des facultés naturelles; la sphère de l'Eglise est celle des facultés spirituelles ou du salut.
f L'Eglise vient de Dieu; mais l'Etat, qui est plus ancien qu'elle, vient aussi de Dieu.
«Ces deux institutions sont donc indépendantes l'une de l'autre. Elles doivent travailler, chacune chez soi, à l'œuvre commune de l'unité. Leur confusion est la source de tous les maux.
« Cbaque Etat est on tout organique où les familles nobles ont leur fonction (1) et qui a pour chef et représentant le prince. • — Dante ne fait aucune estime ou du moins aucune mention des états généraux, et il ne voit dans la souveraineté de la bourgeoisie que le règne de l'amour de l'argent et du lucre, que le despotisme des démagogues et des tyrans. Comme tous les esprits supérieurs qui savent ce que sont les hommes, il insiste plus sur l'autorité que sur une liberté qui aboutit immédiatement à l'anarchie. « Les Etats sont appelés à former tous ensemble un Etat nni*
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relUtrMUttn
venelj une monarchie qiù, de moitié avec l'Eglise, donneraà l'humanité son imité. Le monarque n'est que le suprême organe de la loi; il est le ministre bien plus que le maître de ses sujets. Par son ministère cessera toute guerre et régneront l'ordre et la paix.»
Dante a découvert, sans s'en douter, la formule scientifique du règne de mille ans: l'unité organique de l'humanité. Il a surtout rendu à l'Etat sa dignité et sa liberté dont l'Eglise et l'Ecole le dépouilluent à l'envi. Elles l'ont puni desonaudace en coudamnantau feu son livre. Mais la vérité qu'elles voulaient étouffer, n'aurait pu périr qu'avec l'empire allemand, l'Etat et la civilisation. Elle trouva, bientôt après Dante, de nouveaux défenseurs en Occam et Marsigti, Elle a triomphé par Luther. Toutefois Luther et Calvin comprendront moins bien que Dante le principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat.
Politique dans son livre de la Monarchie, Vante est historiosophe dans la Divine Comédie. Ce poSme est bien moins une description de l'enfer, du pui^toire et du paradis qu'un tableau des trois classes d'hommes, les méchants, les repentants et les saints; qn'une histoire de l'Sme, qui de son état de péché et de tourment s^élève par la purification à la vie étemelle; qu'un jugement ptoaoncé sur les hommes célèbres de tous les siècles et sur les grands événements de l'histoire.
• L'univers est à l'image de Dieu. Cette image se manifeste dans l'espace par l'ordre immuable, dans le temps par les périodes des astres et par celles des nations. L'histoire nous miHitre les Etats grandissant, culminant et disparaissant. Les cieux ont leur échelle, leur hiérarchie bien ordonnée; la terre a sa providence qui en des temps déterminés transporte d'un peuple à l'au* Ire les vains biens de ce monde (1). » Au reste, Dante croyait avec son siècle que les choses humaines étaient dans une certùne limite régies par les astres et les mouvements des sphères célestes. Biais la liberté est aie plus grand don que Dieu nous a bit : il y B en nous une force supérieure qui affranchit l'esprit de l'action des astres {%). •
L'histoire de l'humanité est figurée par la statue de Daniel . < La tête d'or, c'est (d'après Richard de Swnt-Victor) le paiwtis; l'argent, l'airain, le fer marquent la dégénérescence des peuples (3). Ce colossal vieillard tourne le dos à l'Egypte et au paganisme, la bce vers Rome, la ville du salut et de la vérité. Chacune de ses
}lert[e8, ts tét« exceptée, est sillonnée d'une fente (les hlesmm du corps social) qui distille des larmes, et ces larmes réunin vont former dans l'intérieur de Is terre les quatre fleuves infer^ naax (1). »
Dante a résumé Itiistoire de l'Eglise dans une transparente allégorie {*} qu'Oïanam a passée complètement sous silence.
fi JésusJChrist apparaît sur la terre précédé de sept chandeliers, symboles de la plénitude de la vérité céleste, et entouré des sept vertus. Sa double nature est figuré par le griffon, mi-aigle, milion. Le griffon traînait le char triomphal de l'Eglise, qui était an milieu des quatre chérubins ou des puissances de la nature. De ce char, & la voix de Jésus-Christ et de son cortège, s'élevèrent cent messagers de la vie éternelle, qui bénirent Celui qui est venu au nom du Seigneur, et qui jetèrent autour d'eux à pleines mains des blancs lis sur la terre.
c L'Homme-Dieu (lors de son ascension) laissa le char de l'Eglise lié au pied de l'arbre de vie et sous la garde de Béatrice. (Béatrice est la foi vivante qui, «telle qu'un miroir, réfléchit dans toute leur pureté les formes diverses du Christ.»] L'arbre, semence de toute justice, avait été dépouillé de toutes ses fleurs et ses feuilles par Adam coupable; mais au contact de l'Eglise, il se ravira comme fait la nature au printemps.
« Cependant, plus prompt que la foudre, l'aigle des Nérom, et de tous les Césars qui ont persécuté l'Eglise, se précipite sur l'arbre qu'il dépouille de ses fleurs nouvelles, (ur le char qui plie comme un navire battu par la tempête. En même temps pénètrent dans l'Eglise les hérésies, renard décharné que la foi vivante met en fijlte.
« Puis (ft dater de Constantin) l'Eglise voulut avoir une part à h puissance temporelle et politique des empereurs. Il y eut à ce spectacle dans le ciel une grande douleur. Bientôt, des profondeurs de l'enfer sortit Satan ou le dragon, qui, par la puissance du péché, détruisit en partie l'Eglise (sans doute par Kfaliomet, le chef du plus grand schisme qui l'ait désolée) (3). Ce qui resta d'elle ne ^tplus qu'ambition, et l'on vit sortirde son sein les sept tètes des sept péchés mortels. Elle devint ainsi la demeure d'unr prostituée toute débraillée, la papauté, et du géant qui la protège, la royauté de France. Les Capétiens sont une mauvaise plante
iftii j«tt« une ombre nuisible sur toots la terre chrMeiUM, tetln-
ment qu'elle donne rarement de bons fruits [l].»
Dnate fait de Rome ft deux titres différents la centre dn monde. a Dès testemps d'Enée et de Pallas Diea l'avait prépara i devenir la capitale de la terre, de même qu'il avait fiùt choix d'IsraU pour Mre le berceau de l'Eglise. C'est de Rome que la montrehie finale doitétendre sa domination bénie Bur toutes lesnatknu. Boua Auguste cette cité possédait déjà le glaive quand elle a reçu par saint Pierre le bftton pastoral. Ravagée plus tard par les Rariwres, Justînien l'a relevée. Charlemagne l'a secourue contre les morsures des Lombards. Depuis la restauration du saint-empire romain, elle a deux soleils, celui de la papauté et celui de l'Etat temporel, qui montrent aux nations, l'un la voie de Dieu, l'autre la voie de l'ordre social (2). »
Cependant les décrets dinns sont comme annulés par le péohé de l'bomme. a Les empereurs d'Allemagne sont inâdèlet fc leur mi8aion(3). * cLItalie est pleine de tyrans; elle est une bAtellerie de douleur, un navire sans nocber dans une grande tempête, un lieu de prostitution (A). > a Les Gibelins aont ausù intéressés, égoïstes, injustes que les Guelfes : on ne sait leaquels sont le plus en fiiute(K).« Aussi Dante ne veut-U pas «confondre sa eause avec celle de oette race impie t il sera fa lui seul tout aon parti (6). •
C'est Ib la seule positionqui comment au témoin de Jésus-Cbiist. Seul avec IHeu contre tous, mais surtout contre l'Eglise radical»^ ment corrompue, Dante répète sur la terre ce que Béatrice lui a révélé dans le paradis (7). Il bifime, il censure, il tonne, et ses foa-> dres ne ménagent pas la papauté elle-même. Il a trouvé dans les enfers trois papes ses contemporains (8).
Dante n'est point dn fiolcino, qu'il a voué h l'étemelle condanvnation. 11 n'entend point réformer les croyances, le culte, la oonstitution de l'Eglise romaine. Mais plus il est persuadé qu'elle vient de Dieu, plus il déplore et condamne set infirmités, ses vices, ses forfaits. Il est prophète comme l'avaient été avant lui saint Bernard, ou ce Joachim que l'on accusait d'bérésle et qu'il plaçait dans le paradis. Que l'on se garde d'ailleurs d'établir la moindre parité entre les sérieuses censures du Dante et les la-
tires morcbiitea, frivoles, grosûères des troubadoiin provenc»
ou du Roman de ta Rote!
Duil« reproche à l'Eglise du Christ sa soif de l'or, l'orgueil de saa cteigé, le trafic de privilégea menteurs, les croisades contre les baptisés; aux moines, leur avidité, leurs prédications grotesques et bouifonnes, leurs indulgences qui accroissent sur ts tene û sottise de tous, et qui engraissent des êtres pires que des porci; aux papes et aux cardinaux, l'abandon de l'Srângile et des grands docteurs pour les Décrétales, de Nazareth pour le Vatican (I). Dante, comme les poètes allemands, ne le cède point en rudesse A Luther.
Hais le grand crime des papes, c'est d'avoir a réuni dans leurs mains le glaive de l'empereur à leur houlette, > c'est d'avoir « éteint l'un des soleils par l'autre, * en causant la ruine des Hobenstaufen. Pour cela, « Home et son sacerdoce sont tombés dans la fange. > t Boniface Vm a même usui^ la place de saint lierre, qui reste vide devant le Fils de Dieu, et a bit du cimetière de l'apdtre un cloaque de sang et de pourriture (%}. s
Dante n'attendait pas avec Joachim des ordres monastiques la réforme de l'Eglise. Voici comment i) juge les moines mendiants : • Dieu voulant amener à son Epoux l'Eglise plus ûdèle, plus aimante, plus sage, suscita deux princes, deux champions, aux paroles desquels se rallia le peuple égaré : l'un, ardent séraphin, fut François d'Assise, ou plutôt d'Orient, qui épousa la Pauvreté, veuve de son premier mari depuis mille et cent ans et plus; l'autre, prophète dès le sein de sa mère, fut Dominique, qui, Id qu'un torrent irrésistible, opposa sa volonté et sa doctrine à l'héréàe. Mais, dans notre race mortelle, ui^ bonne institution ne dure pas depuis la naissance du gland jusqu'à la formation du diéoe. L'ordre de Saint-François, comme celui de Saint-Benoît, c<Hame l'Eglise même de saint Pierre, a changé du blanc au noû*, et le troupeau d<> Dominique ne compte plus que quelques bretùs fidèles. Cependant le Jourdain reculant et la mer fuyant quand Dieu le voulut, furent plus merveilleux à voir que ne le serait le remède à cette corruption du bien [3). •
N'espérant rien des moines ni des papes, Dante phiça sa confiance dans Henri VU. Cet empereur serait l'héritier de cette a^le romaine qui, en donnant à l'Eglise une part de sa puissance temporelle, c était devenue d'abord un monstre, » en se confondaal
(i}^w.,iiiUU mu;izii. -w^tr., Hhnvn. - i»^„xi;uu.
avec la papauté eo la personne des Grégoire VII et des Innocent ni, et ensuite « lenr victime et leur prtûe. > Dante voyait Henri détruisant la prostituée et le géant, et réformant l'Italie ; mais Iltalie, abrutie par son aveugle cupidité, repousserait son bienhilenr (1).
Les espérances du poète n'étuent point d'aillears enchaînées à Henri VII. Elles reposaient sur les grandes lois du gouvernement divin et les promesses générales de Dieu, a L'espèce humaine, blanche fille du soleil, est devenue noire, elle dévie ; mais l'ordre des choses célestes tournera les poupes où sont les proues, et la flotte voguera droit. Le vru fruit viendra après la fleur (2). > c Jésus-Christ a disparu un peu de temps aux yeux de ses disciples dans le tombeau, mais ils n'ont pas tardé à le revoir : de même dans le cours des siècles, si pour un temps il ne se montre pins sur la terre et n'a phis de disciples, il ressoscîtera en son temps et rendra vie et force è l'Eglise (3). » Ce tempe-1& ne pouvait £tre très-éloigné ; au moins Béatrice, montrant à Dante la cité céleste, dit-elle : < Vois nos degrés si remplis que peu de gens désormais y sont appelés (4). >
Dante attendait le retour dn Sauveur, sans avoir présentes à l'esprit les prophéties tnbliques. Dante pressentait que l'Allemagne sauverait l'Eglise du Christ; mais il espérait d'un empereur ce que ferait un pauvre moine augustin. Dante attendaitde l'omnipotence de l'Etat une réforme qui ne devait s'opérer qu'avec les armes spirituelles de la parole évangélîque.